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Au dessus du monde

5 Mai

Bateau traditionnel sur le lac Titicaca Etonnamment, le trajet en bus entre Rurrenamarque et La Paz se déroule sans surprise. Nous y sommes en 18h comme prévus. A ceci prés que nous avons attendus le bus 6h. Quand même ! Depuis lors, je suis avec Marie, une québécoise joviale, comme tout ses compatriotes du reste. Rien que leur accent me fait rire. Nous arrivons à La Paz vers 12h et nous filons dans un petit minibus collectif bondé, déboulant a toute vitesse dans les rues pentues de la plus haute capitale du monde, à 3660m.

La Paz Il me reste 3 choses a faire avant de quitter le pays. Ici, nous ne sommes plus qu’a 100km de la frontière péruvienne. Tout d’abord, acheter quelques objets traditionnels et les envoyer en France. Nous excellons rapidement dans cette tache plaisante. Dans les petites ruelles pavées, à flan de colline, se cache des trésors d’artisanats.

La Paz Qu’il est bon de flâner dans cette ville chaotique. Il y règne une confusion et de nombreux paradoxes que seule une capitale donne a voir. On m’en avait vanté les dangers mais je n’y ai rien trouvé susceptible d’attiser la moindre méfiance. Jus de fruits pressés, empaladas, saltenas, cuisine traditionnelle pour des sommes modiques…Jusqu’au soir où nous nous rendons dans un bistrot, lors d’un concert andin presque caché. Une ambiance intime et amicale. Un joyaux d’inspiration.

Stand jus de fruit frais dans un marché. 1/2L de pur bonheur pour 0,70euros La Paz a flan de colline Puis la seconde mission s’annonce comme mon plus grand défi d’Amérique du Sud: l’ascension d’un sommet de plus de 6000m. C’est à ce moment que je rencontre mon premier véritable compagnon de voyage: Zobair, un garçon afghan avec qui j’ai eu immédiatement une grande complicité. Que de richesse, de compréhension, et de sérénité a son contact. Un type ouvert d’esprit malgré ses traditions, curieux, tolérant. De ceux que l’on pourrait montrer en exemple pour dire enfin: voila un afghan comme vous n’en avez jamais entendu parlé, voila un autre visage de ce peuple captivant à la culture millénaire, victime aujourd’hui d’une stigmatisation systématique. Je suis heureux, et honoré, d’avoir pu partager un bout de mon chemin avec cet homme attachant qui m’aura ouvert l’esprit et le cœur.

Zobair J’embarque Zobair dans mon expédition de 3 jours. Réussir n’est pas garantie, mais de notre duo ainsi formé, émane une force et un courage a toute épreuve. A ce niveau, l’altitude joue un rôle capital, déjà des 3000m. Elle altère nos capacités physiques, pulmonaires notamment, mais surtout mentale. Il fatigue, décourage, transforme vos nuits en courtes siestes successives, rendant tout mouvement pénible dans un froid sibérien. Mais nous nous sommes lancé ce challenge pour tester notre capacité de résistance et de détermination. 80% des chances de succès réside dans notre mental. Alors notre duo s’est transformé en une équipe soudée.

1ere vu sur le Huyana Potosi Derrière les vitres du minibus défilent les rues et les marchés de La Paz puis de El Alto. Le calme règne a l’intérieur, la pression monte. Apres un moment, notre guide s’arrête et nous découvrons la majesté de notre maitre, culminant a 6088m: le Huyana Potosi, recouvert d’un drap blanc immaculé. Je le défi du regard, mon esprit est partagé entre un profond respect pour ce sanctuaire et une volonté encore renforcé d’en arriver au sommet, si difficile soi son ascension. La première journée est dite “d’acclimatation”. A 4700m, nous nous baladons sur un glacier, apprendre les techniques de marche crampons aux pieds et tester notre résistance physique en nous initiant à l’escalade sur glace. C’est ludique et physiquement éprouvant. L’essoufflement n’est jamais loin.

Dans une position délicate, suspendu par la dragonne du piolé les flans de la montagne

Le lendemain nos allons au campement de base à 5200m, par un chemin facile de 3h. Le froid pique déjà. Apres une après midi tranquille, nous nous couchons vers 18h avant le début de l’ascension prévu vers 1h cette nuit. Nous dormons en réalité très peu, je me prépare a vivre une expérience décisive. La suite de mes aventures sera liée a cette réussite, ou a cet échec.

le glacier Notre objectif Alors que la nuit est sombre et froide, nous enfilons nos combinaisons. Concentrés. Lampe frontale visée sur le casque, nous fixons nos crampons. Je lève les yeux au ciel une dernière fois pour chercher une force céleste, et nous nous élançons vers les 1000m de dénivelé qui nous sépare du sommet. Nous sommes encordés, les pentes sont raides, le chemin est long. Ne penser a rien, rester concentré. Ne pas anticiper l’arrivé, ne pas vouloir aller trop vite. Juste se focaliser sur ses pas: un pied après l’autre, tranquillement. Le rythme imposé par notre guide est volontairement très, très lent. Ne pas s’essouffler, trouver sa respiration. Garder en mémoire tout ce qui peut donner du courage, tout ce qui est susceptible d’amener au dépassement de soi.  J’avoue ne pas avoir beaucoup de souvenirs de ce moment, juste des sensations. J’étais dans un état mental second où les mots victoire, détermination et volonté se démenaient sans cesse. Nous apercevons les lumières des autres groupes en file indienne, nous dépassons parfois des hommes à genoux cherchant un second souffle ou bien des gens vomissant le manque d’oxygène.

A chaque pause, nous nous fixons du regard avec Zobair, sans dire mot. Un regard profond, calme, déterminé. Puis une poignée à 4 mains chaleureuse tête contre tête, pour se transmettre nos énergies. L’échec n’est pas envisageable. Les muscles de nos jambes se tétanisent, nos yeux, nos bouches, nos pieds et nos mains gèlent, par -25°, 5 jours après avoir quitté la chaleur des forets tropicales. Les premières personnes commencent a redescendre, a bout de force, engorgées de déception.

A 80m du sommet, mes mains me font atrocement souffrir. J’en crie de rage. A partir d’ici, nous sommes sur une crête de 20cm de large, au dessus du vide. Aucune erreur n’est toléré. Ne pas glisser. La montagne ne sanctionne pas a demi mesure. Chacun de nos pas met notre vie en jeux. Le mal me gagne, mes organes se contractent, je sens que la panique s’empare de moi. Je dois stopper, au milieu de la corniche. L’altitude affecte mes capacités de jugement, ma vision se trouble un instant. Je veux redescendre. Cette idée me traverse l’esprit une fraction de seconde, comme une balle qui fuserait a travers mon crane. NON. Je me ressaisis, me concentre et pense aux gens qui comptent pour moi. Je ne peux pas échouer, pas si prés. Alors je relève la tête, je fais signe à Zobair que je suis prés a aller au bout. Il me mets la main sur l’épaule et je sens l’intensité de son soutien a travers l’épaisse combinaison. Chaque pas est une victoire…

Ainsi, après 5h d’ascension, nous arrivons au sommet du Huyana Potosi, à 6088m.

Notre victoire ! Il est 6h et il fait encore nuit. Nous nous écroulons, sans réaliser tout a fait. Puis dans le vent glacier qui balaie l’un des 6 sommets culminant du pays, les premiers rayons de soleil apparaissent. Immédiatement, il fait plus chaud et nous assistons a un levé de soleil unique, au dessus des nuages. Comme au dessus du monde.

 Une mer de nuage L'aube

Alors les yeux remplis d’étoiles, je retrousse ma barbe gelée pour esquisser un sourire satisfait alors que mes lèvres craquent. J’hume l’air comme pour emprisonner cet instant, au dessus d’une voluptueuse mer de nuage. Quelques secondes aspirés par ce spectacle, je me rend alors compte de ce que nous venons de réaliser et avec mon équipier, nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre. La victoire a une délicieuse saveur si prés des cieux. Nous sommes allés tout au bout de nous même. Nous avons gagné.

Cascade gelée En rentrant à La Paz, nous sommes exténués. Un mois après, je n’ai pas encore retrouvé totalement la sensibilité de mes orteils ! Nous reprenons des forces a l’occasion de jours féries.  Nous décidons alors de poursuivre notre route ensemble, jusqu’au Machu Picchu au Pérou. Je passerai mes derniers jour en Amérique avec Zobair, où nous avons tissé des liens forts durant notre ascension. Des moments intenses. Et c’est ainsi, alors que nous prenions un café, que nous apprenons ensemble, la mort d’Oussama Ben Laden. Une nouvelle occasion de partager nos idées.

Le lac Titicaca est une de ses nombreuses iles Et enfin, un dernier lieu a visiter, berceau des civilisations préhispaniques: le lac Titicaca, l’un des plus haut lac navigable du monde. Beaucoup de mythes et de légendes entoure ce lieu connu. A partir de ce moment, mes jours sont comptés et le rythme de mon voyage s’accélère. Plus le temps de s’attarder si nous voulons mettre a l’œuvre nos projets.

Copacabana Dans le bus qui nous y amène, nous faisons la connaissance d’une vieille dame étonnamment sympathique pour son âge. Agréable et rigolote, elle nous invitera a dormir chez elle, à Copacabana, et me fera mentir avec bonheur sur l’inhospitalité locale. Une meilleure impression. Les gens savent vivre avec peu de choses ici, cette rencontre est poignante, criante de vérité.

Isla del Sol Isla del Sol Des le lendemain, nous prenons un bateau pour l’Isla del Sol, un endroit sacré pour bon nombre d’amérindiens. En effet, le soleil naquit ici, de même que le premier empereur Inca, selon certaines légendes. Et dans une moindre mesure, c’est ici que finie l’histoire d’Estéban dans “Les mystérieuses citées d’or”. Je m’inspire de tout ceci lors de notre traversée. Un endroit que je connais depuis les films sur Marcel Pagnol, il y a fort longtemps, maintenant a ma portée.

des criques plaisantes des lumieres légendaires des collines verdoyantes des villages pitoresques Nous randonnons deux jours, du Nord au Sud. Le temps est clément et frais. Nous traversons de petits hameaux pittoresques aux allures de Sicile, de vastes collines et de jolies plages. Tout est si calme, si paisible. Il y a cette magie propre aux iles, ces mélanges surprenant. Le lac d’une eau bleu profonde s’étend a perte de vu. Il n’ a rien de spectaculaire ici mais l’on comprend aisément pourquoi il y a tant de mystères autour de ce site, tant l’ambiance qui y règne est apaisante. Il y a dans l’air une nostalgie ancienne, un quelque chose de vénérable. Et camper au sommet d’une colline abritée nous a permis de contempler un beau ciel étoilé. Une expérience sereine et salvatrice.

camping sauvage Rentré sur le continent, nous embarquons dans l’heure pour Puno, au Pérou. Dans quelques instants, nous allons passer la frontière. Je me suis attaché a ce pays malgré certaines difficultés sociales. Impossible de ne pas céder à la magie de ce charme andin, haut en couleur, et de ces paysages diverses à couper le souffle. On ne peut jamais tout voir, mais ici plus qu’ailleurs, j’ai cette frustration malicieuse d’avoir raté des choses. L’avenir est un long passé…

terre de superstitions

 

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Mon aventure amazonienne, exploration

25 Avr

Un endroit mysterieux Une fois à Trinidad, je fonce dans un hôtel. Je trouve une chambre sombre au rez de chaussée, sans vue. Mais allez savoir pourquoi, je m’y sens bien. Comme un cocon. J’ai besoin de me faire un petit quotidien, comme à la maison, de m’étendre sur un vrai lit. Ce voyage m’a fatigué. Je sens que je n’ai plus de rythme. Mais la perspective d’une liberté retrouvé me redonne un peu de vigueur.

Eglise de Trinidad Je passe trois jours dans cette bourgade tropicale où je me sens bien. Je suis solitaire de fait. Je ne rencontre pas de touristes ce qui n’est pas pour me déplaire mais les contacts avec la population se font rare également. Alors je me promène, je me pose aux terrasses des restaurants, sur les places, dans les parcs. J’observe les gens et je m’invente des histoires. Tout le monde se déplace à moto ici, un charme local. Il n’est pas rare de voir des familles entière sur une pétrolette. Et je crois que l’industrie du casque n’a jamais trouvée Trinidad. Je souris en décryptant des attitudes, des gestes, des regards. Il y a quelque chose d’universel dans la nature humaine, dans sa sociabilité. Dans une atmosphère inédite, une foule personnages défile devant moi, comme dans le métro parisien a une époque. Je trouve ça passionnant.

Petits stands le long de la place centrale J’écris beaucoup encore une fois. Je me ressource en vérité, dans un rythme tranquille, tropical. Je me recrée un chez moi dans cette chambre isolée, je parle longuement avec Sarah, je regarde des films, je paresse. Je profite de l’incroyable opportunité d’avoir internet dans mon lit….une merveille.

Puis viens l’heure du départ. Je voulais m’arrêter en chemin dans la réserve biosphérique du Beni mais l’accès me semble trop hasardeux et le temps me manque. La suite me donnera raison. Je file donc tout droit vers Rurrenamarque. Mais dans un premier temps je ne trouve pas la gare. En fait, quelques stands se cachent dans un marché couvert…. évident. Mais tout est fermé. Je prospecte et l’on m’apprend que toutes les routes sont fermées aux bus a cause de la crue saisonnière des rivières. Je trépigne de bonheur. Il ne me reste que l’avion. Je suis dépité. Je sors la tête basse et je tente ma chance dans une dernière agence qui se vante d’aller à Rurre. Bingo ! J’achète aussitôt un billet onéreux pour le lendemain. Nous devons nous y rendre avec une “camionetta”, ce que je suppose être un 4×4, en 12h. J’ai trouvé ma porte de sortie mais je saluerai au passage quelques comportements boliviens qui ne se sont sentis concernés par mon problème en aucun cas et qui ne m’ont aidés en rien.

Au petit matin, j’attend devant la compagnie. Devant la foule qui s’y presse, j’imagine plutôt un trajet en minibus. Nous sommes 17 et je crois que quelques personnes déménagent vu le volume de la cargaison. J’observe autour de moi, la camionetta a du retard. Je me sens comme le premier européen au milieu d’un transport rural bolivien. Puis le transporteur arrive. A cet instant, je suis partagé entre une stupéfaction bien légitime et la douce émotion de gouter au véritable transport bolivien. Comme un préjugé d’avant qui rejaillit. Car le véhicule qui vient de se garer, n’est rien d’autre qu’une camionnette à bétail ou à légumes, au choix. Je rigole dans ma barbe en me demandant comment les gens et les marchandises pourront rentrer…Et la magie bolivienne opère. En quelques minutes, les sacs sont entassés sur le planché, les chaises, les tables et les bouteilles de gaz sur la bâche du toit et les gens assis sur les cabas, en tas. Dans cette animation pittoresque, un nuage de fumé noire s’échappe de l’arrière, et nous valdinguons à travers la ville. Je suis collé contre la cabine, les jambes pliées, un arceau en métal dans l’épaule, assis en équilibre sur une casserole, face au dos velus d’un homme gras, ayant trouvé refuge sur un pied de table pointu. Mes frères bovins de l’instant sont tranquilles mais se questionnent  tout comme moi. Comment tenir 12h dans ces conditions ?

La camionetta ! La question ne se posa pas longtemps, car quelques minutes plus tard le moteur de la carriole tousse, crache et s’étouffe. Nous sommes planté là, en plein milieu de la route, devant mon bateau ! J’hurle de rire devant le comique de la situation. Réalisant dans quoi je me suis fourré, je prend à la dérision cette nouvelle aventure déambulatoire. Je comprend que nous n’irons pas a destination en 12h et que tout le monde s’est fait duper.

Il serait bien trop long de vous énoncer tout les rebondissements de cette affaire. Mais sachez que nous sommes arrivé à Rurrenamarque en deux jours après avoir utilisé 3 camionnettes, 4 barques, 3 voitures, un minibus et une moto. Rien que cela. Voila le sort des gens qui veulent emprunter une route coupée ! Mais il fallait le faire. L’entreprise nous a vendue un trajet qu’elle ne pouvait pas assurer et cette supercherie souda les passagers. Unis comme un syndicat derrière deux bonnes femmes revendicatrices, j’ai alors fait partie d’une bande, si opprimée soit-elle. Les gens me parlaient, m‘expliquaient ce qui se passait et me demandaient mon avis. J’étais le Gringo de la camionnette au milieu des femmes qui allaitées, des paysans en affaires et des locaux vivants dans les bois.

Quelqu'uns de mes compagnons, en attendant une barque...  La sécurité ne fut jamais une préoccupation, et les barques rasaient les flots dans ces forets noyées alors que je priais pour ne pas tomber à l’eau. La solidarité était une excuse toute indiqué pour aider ces braves gens si chargé. Et voila le gringo a l’arrière d’une moto tape cul avec mes sacs, une bouteille de gaz et un enfant sous le bras, sur une route qui n’en était plus une. Ou bien,  de la boue collante jusqu’aux genoux, en traversant des rivières pied nus chargés comme des lamas, essayant de ne pas déraper la où les 4×4 s’enlisaient. L’Amazonie se révèle être surtout une aventure de transport. Mais c’est la tout le charme !

La route et ses taxis motos une des barques, avec la route au premier plan ce qu'il reste de la route Toujours la route ! Je me revois, planté au milieu de la réception d’un hostel à Rurre, couvert de boue, pied nus, mes chaussures autour du coup demandant hospitalité et lavoir. Cette image me fait encore sourire aujourd’hui. Pas de voyage ennuyeux ici, on avance à la sueur de son front. Je fini la soirée avec le chauffeur de mon taxi a faire la tournée les bars a karaokés, heureux de pouvoir passer une soirée a chanter “La cancion del mariachi” comme des boliviens, avec eux. J’ai pu les approcher un peu, et j’ai gouter au charme de cette nature maitresse, au détour de centaines de marécages, surveillés par de discrets caïmans et de nombreux volatiles.

La jungle se rapproche... Dans la très touristique Rurrenamarque, je ne reste que le temps d’organiser une excursion dans la jungle. Enfin. Je pars pour trois jours de randonnée dans la forêt, avec deux anglais pour compagnons. Apres 3 heures de bateau, nous arrivons au campement sauvage, au beau milieu de nul part. Déjà, les sons et la végétation luxuriante m’enchante.

Le campement Il y a tellement longtemps que j’en rêvais, il a fallut se donner du mal pour y arriver. Durant ces trois jours, nous avons randonnée autour du campement avec notre guide Eriberto, un homme née dans un tronc d’arbre. Capable de discerner un son parmi 100 autres et de dire de quel animal il s’agit, où il est et ce qu’il fait. Nous avons traqué les phacochères jusqu’à les approcher a moins de 3 mètres, sans les voir. Tarentules, aras, singes, insectes, serpents et fourmis étaient notre quotidien. Notre guide nous a appris beaucoup de choses sur ces petites bêtes, dangereuses dans la plupart des cas, voir mortelles. Les immenses colonnes de fourmis passent au milieu des arbres a curare dont on peut encore apercevoir les marques des indigènes sur le tronc. Les lianes nous ont servit de balançoire et nous ont donné une eau pure et fraiche. Nous avons découvert les vertus médicinales de quelques végétaux ou bien ceux qui servent à faire la peinture. Et pour finir, nous avons péché le piranhas au poulet, au bord d’un rio tranquille, où tortues et caïmans nous guettaient furtivement.

L'arbre qui marche Notre guide perdu dans la foret Autour du campement Un arbre a curare pas si petit que ca !  Jungle, un des rare endroit un peu dégagé Sous les 30m de canopée, une végétation trés dense

Dans cet oasis verdoyant, il y a une profusion de faune et de flore unique au monde. Il est incroyable de réaliser que toutes les espèces vivantes ont inventés de multiples stratégies pour survivre: épines, venins, couleurs, strangulations, camouflages. Certains poissons sont venimeux, les fourmis donnent de la fièvre et les arbres parasites s’attaquent aux autres espèces jusqu’à la mort. Ce qui prouve bien, que nous sommes dans un des milieux les plus hostiles du monde. Tant de films, tant de documentaires ont façonnés ce désir de nature insoumise. Un rêve depuis tout jeune que je réalise ici, avec prudence.  Ne jamais marcher pied nus, ne jamais se découvrir, ne pas s’accouder aux arbres, toujours regarder avant de poser le pied ou de s’assoir. Une vigilance de tout les instants. Et la nuit venue, sous la moustiquaire, la chanson de la foret prenait toute la place, une intensité incroyable, un foisonnement de vie.

La lumiere peine a entrer  un maré boueu petite clairiere Le riviere a piranhas Un arbre et son parasite Un parsite devenu arbre apres avoir tuer son hote

De plus, cette configuration m’a mis dans une position incongrue. Mes amis anglais ne parlaient pas espagnol et le guide ne parlait pas anglais. Alors me voici, durant trois jours a faire le traducteur ! J’ai ici une pensée pour tout mes professeurs de langues depuis toujours, dépressifs et souvent rompu à mes barbarismes et autres inventions  linguistiques. Je ne crois pas que l’un d’eux lisent ces lignes mais il est probable qu’ils ne me croiraient pas ! Je n’y croyais pas moi non plus ! La jungle a réussie la où l’éducation nationale a échouée !

De retour en ville, je saute dans un bus sous une pluie tropicale, après une bonne soirée festive, en direction de La Paz, plus haute capitale du monde.

Petit dejeuné dans une paillotte traditonnelle sur la route de La Paz

Mon aventure amazonienne, introduction

16 Avr

 

Berge du Rio Ichilo L’Amazonie, la jungle verdoyante, l’incroyable diversité de faune et de flore auréolée par de mystérieuses citées d’or perdues, ont toujours fascinés les aventuriers téméraires. Beaucoup ont d’ailleurs sous estimés les nombreux dangers de ces contrés passionnantes. C’est donc à mon tour d’aller chercher mon aventure en Amazonie, avec beaucoup plus de modestie et de bien meilleures intentions. C’est l’endroit où je décide de me perdre en Bolivie, loin des sentiers battus, et de rencontrer, enfin, ces boliviens si timides et réservés. Du moins, je l’espère…

Tout commence à Sucre, lorsque je décide de mon parcours. Je prévois de rejoindre un petit port dans le centre du pays afin de monter à bord d’un bateau de marchandise. Puis en quelques jours, de rejoindre Trinidad, la plus grande ville du Beni.  Ensuite de me rendre à Rurrenamarque à l’ouest pour découvrir la jungle, puis de rejoindre La Paz. Le tout en 10 jours. Voila le plan.

A l'aube sur la riviere Je vais donc à l’office du tourisme de Sucre pour recueillir quelques informations mais mon interlocuteur reste sans voix, et sans solution. Il ne connait pas ce port et ne sait pas comment s’y rendre. Il ne m’apprend rien, je devrais me débrouiller seul. J’ai alors le sentiment d’être sur la bonne voie,  le parfum d’un nouveau défi m’enivre d’une douce euphorie.

Le lendemain, je prend un bus de nuit. 12h plus tard, j’arrive à Cochabamba au levé du jour, somnolent après une nuit difficile. J’ère dans les rues de cette ville moribonde, je me perd, je suis amorphe, englué dans des pensées désespérantes. Je ne sais comment faire. Qu’il est dur de sortir des sentiers battus ! Puis un taxi me dépose dans une rue remplie de petits autocars, reliant des destinations locales. Apres avoir longuement réfléchi et déambulé, je monte dans un bus en milieu de matinée pour une destination inconnue. En effet, les bus ne vont pas à Puerto Villaroel directement mais la dame me dit que le chauffeur me fera signe de descendre à un moment donné, puis je pourrais prendre un autre moyen de transport pour ma destination finale. Sans comprendre tout les ressorts de mon trajet, je monte dans ce vieux bus inconfortable pour 8h de voyage. Sans le savoir, je viens d’apercevoir les derniers touristes pour les deux prochaines semaines.

Je somnole aux sons des marchands qui vendent quelques potions miracles, et des paroles échangées avec un vieux monsieur rachitique me parlant espagnol et aymara. Les paysages changent. Des hauts sommets arides, nous descendons progressivement. Les montagnes sont recouvertes d’une épaisse végétation, entourée de brume, les plantes deviennent plus grasses, la terre rouge et boueuse, l’atmosphère chaude et étouffante. Je repense au film “Gorilles dans la brume”…

Montagnes tropicales Stop ! Le chauffeur me dit de descendre au milieu d’une rue chaotique et me parle de taxi un peu plus loin. Je suis là, seul, planté avec mes sacs au milieu de ce marché gigantesque, sous une chaleur écrasante. Je regarde filer le bus, mon dernier repaire.  La rue est remplie de voitures à l’arrêt klaxonnant sans discontinuer. Les motos essayent de se frayer un chemin au milieu des passants désordonnés. L’ambiance est bruyante, oppressante. Les stands sont posés sans organisations particulière, il y a de tout, partout.

Une rue bolivienne, La Paz Toute cette excitation ne me rassure guère. Je suis partagé  entre un sentiment euphorique, me disant, surement à tord, “là, je jour vraiment à l’aventurier”, et un sentiment d’étouffement et de doute. Est-ce que je ne prend pas trop de risque ? Difficile à évaluer. J’avance prudemment. Je me surprend à chercher des touristes, quelques chose auquel me raccrocher. Mais rien. Les stands défilent, les gens me dévisagent. J’aperçois un petit singe en laisse sur l’un d’eux. Si la Bolivie de manière générale est dépaysante, ce qui m’entoure alors est un monde inconnu. Pas de doute, je suis seul au milieu du Chapare, une zone où un occidental n’est pas forcement bien vu en raison des campagnes anti-coca mené par les Etats-Unis, dans cette région mère du trafic de cocaïne. Je monte dans un taxi et je file à travers de nouveaux paysages, où les maisons en bois côtoient palmiers et fougères.

Etendage tropical L’air chaud et poussiéreux bat mon visage, je me détend. Je repense avec amusement a mon instant de panique. Bientôt, le chauffeur sympathique me dépose à la capitainerie de Puerto Villaroel. Je suis arrivé. C’est en fait une base militaire. Je rencontre un homme qui m’informe qu’un bateau militaire transportant 30 000L d’essence part après demain. Parfait, je prend rendez vous avec le capitaine le lendemain. Soulagé, je m’installe et profite de la chaleur tropicale un moment. Deux hommes viennent m’aborder coup sur coup. je parle avec chacun d’entre eux. Les gens m’ont l’air plus accécible. Ces contacts m’enchantent. Je suis exactement là où je voulais être. Je profite tranquillement de cette fin de journée dans ce petit port bolivien. Les prochains jours s’annoncent prometteurs.

Puerto Villaroel J’en profite ici pour faire une parenthèse et vous faire partager une constatation surprenante. Le premier des hommes était un paysan ivre. Amical, il n’en restait pas moins saoul, lourd et susceptible. En de nombreuses reprises, et particulièrement celle-ci,  l’ expérience accumulée derrière un comptoir  m’a servie. Je sais trop comment ces situations peuvent vite dégénérer et je les connais. Beaucoup de moment où ces mois de travaille me permettent aujourd’hui de sentir les atmosphères, d’essayer de juger les personnes de confiance ou non, d’appréhender au mieux chaque problématique. A 18 ans, lors de mon premier jour de travail au bar “Les Colonnes”, Christophe, le patron d’alors, m’averti d’une chose:  “Le bar, c’est l’école de la vie. Tu verras. Tu vas découvrir beaucoup de la nature humaine”. Je ne saurais vous dire combien il avait raison et je vérifie tout les jours cette affirmation et les années suivantes n’ont fait que renforcer ce sentiment.  Grâce à Criquet aussi à “Ardech’Café”. Fort de cette expérience de serveur, plus utile qu’il n’y parait, je me sens aujourd’hui confiant pour gérer une certains nombre de situation et limiter les risques et les pièges. Comme quoi…

Le Boldito  Finalement, après moultes rebondissements, je pars le surlendemain avec un bateau de marchandise privé. Le “Boldito”. Nous sommes 6 à bord et nous devons mettre 24h pour atteindre Trinidad. Mais en raison du niveau bas de la rivière Ichilo, il n’en sera rien. Il nous faudra trois jours plein pour en apercevoir les berges. Un voyage éprouvant psychologiquement. Les paisibles rivières Ichilo puis Mamoré ressemblent plus à nos fleuves qu’a nos rivières à truites. A bord, le confort est sommaire: je dors dans une cabine sans vitres, sur une paillasse de foin recouverte d’une bâche plastique. Sans douche, sans eau potable.

Ma demeure Pont supérieur Avant arriere bannanier

L’ambiance est pesante. Il y a le capitaine au visage agréablement rond et typique, sa femme, le second, le jeune matelot à l’œil vairon et l’infâme cuisinière cannibale, aux traits de vieux catcheur tombé du ring. Les gens n’apprécient guère ma présence et ne me parlent pas. Ils répondent a mes questions par de brèves phrases. J’ai d’abord mis cela sur le compte de la barrière culturelle, j’espérai qu’aux fils des jours les choses changeraient. Mais en 3 jours, personne ne me demandera mon prénom. L’annonce des repas  résonne jusque dans les entrailles, par les coups atroces de manche à balai sur la carlingue. Le petit déjeuner regorge de délicieux foie en sauce ou, encore plus alléchant, de la soupe de tête de poisson. Apprécier la gastronomie locale a sa juste valeur…

Le capitaine Je me sens mal. Indésirable. Je pensais avoir un contact privilégié avec ces gens mais je me suis heurté a un mur infranchissable. Plus tard, je conclus que je suis simplement mal tombé.

Fin de journée Moskitos 26 /Willy 43. Tant que le bateau navigue, la brise brulante éloigne les insectes. Mais la nuit venue, alors que nous sommes amarré, impossible de résister à l’invasion. Donc, après le diner de 17h, je me retrouve sous ma providentielle moustiquaire française, vers 18h30.  Les soirées sont longues et moites. J’imaginais pouvoir écouter les sons nocturnes envoutant de la jungle, mais c’était sans compter sur le générateur à pétrole, sonnant comme une pétrolette au pot d’échappement rouillé. Alors recroquevillé sur ma paillasse, je dors d’un œil, surveillé par un essein de moustiques avide de sang tournant au dessus de moi. Je décrète l’état de siège et la guerre fut terrible mais je m’étais juré d’en faire tomber plus que le nombre de piqures de ces vampires assoiffés.

L'invasion peut commencer... Je suis un peu mélancolique. Il n’y a pas grand chose a faire à bord d’un bateau et les jours se ressemblent. Le lendemain est semblable à la veille. Alors j’écris jusqu’à m’en faire mal à la main, je scrute le paysage monotone et lointain. Je reste perdu dans mes pensées de longues heures en mâchant de la coca.

3 jours sur un bateau...  J’apprend la patience, l’introspection. J’imagine de folles histoires dans cette jungle que je ne peux approcher. Anacondas, caïmans, singes, serpents, mygales, jaguars….Je rêves de ces rencontres mythiques, les yeux perdus dans les méandres de cette eau marron. J’ai hâte d’y pénétrer mais pour l’heure, je me contente d’en observer les contours. Il y a de nombreux oiseaux aux cris parfois stridents. Ils vont et viennent comme un ballet volatil.

raie d'eau douce. Et oui ! Barbecue de poisson chat Je me nourris de petits instants, essayant de savourer la chance d’être en Amazonie: la pèche d’une raie, une grillade de poisson au bord de l’eau. Parfois, quelques lueurs prenaient place dans le ciel en fin de journée avant l’invasion frénétique d’insectes volants.

Crepuscule Et le dernier soir, comme pour conclure ce voyage et me montrer une meilleure facette, un couché de soleil inspirant. Alors dans un endroit plus dégagé, je peux admirer les couleurs chaudes du ciel, changeant lentement. Nous sommes amarré et le lancinant moteur de bétonnière laisse place au calme, qui prend de l’ importance, tranquillement. Je contemple ce paysage, j’engrange l’instant éphémère lorsque trois dauphins de l’Amazone viennent jouer autour du bateau. Les souffles de leurs évents rythme ce chant naturel enchanteur. Haut dans le ciel, des perroquets passent en jacassant bruyamment. Un spectacle reposant. Voila ce que je suis venu chercher. Quelques secondes de quiétude.

Un moment calme Le soir du troisième jour, je pars en soirée avec le second en moto pour rejoindre la ville mais au bout d’un quart d’heure, plus de route ! Le passage se fait par une passerelle navigable, mais le chauffeur ne répondra jamais à nos klaxons. Je peux entendre la ville, j’en aperçois les lumières, je flaire la fête qui s’y déroule. Mais nous faisons demi tour. Une nuit de plus enfermé sur ce rafiau. Le lendemain, un ami du capitaine venu déjeuner me dépose en moto à Trinidad. Enfin. Je suis sale, collant, désorienté, fatigué de rien faire et seul.

solito

La porte bolivienne, royaume du surréel

5 Avr

Vallée de las Rocas L’extrême Nord de l’Argentine ressemble de plus en plus à la Bolivie au fur et a mesure que l’on se rapproche de la frontière. Une transition en douceur. La Quiaca respire la poussière et l’agitation des villes frontalières. Chaque pas est un peu plus dépaysant. Je découvre un autre monde, de l’autre coté du pont. Je lève les yeux sur le panneau frontalier en disant au revoir à l’Argentine, et je fais le pas suivant, celui qui ouvre une autre page. Je ne me retournerai pas. Je suis bien trop fasciné par ce qu’il y a devant. Après de longues mais faciles formalités d’entrées, je remonte l’avenue principale en direction du terminal. Je change mon argent dans un kiosque, sur le trottoir, comme j’achèterai une glace. Les passages sont étroits tant les rues sont pavés de marchands, de stands, de passants. Il y a cette ambiance, ce type indien, cette crasse, ce doux parfum d’Amérique Latine colorée. Ces premiers moments de découverte sont toujours marquant. Et j’arrive au terminal un sourire béat sur le visage.

Un homme heureux La encore, plus rien à voir. Le terminal est un hangars, les compagnies de bus ont des stands de bois au milieu des vendeuses de glaces, de saltenas, jus de fruits, briquets ou peignes. Et que sais-je encore. Une braderie permanente a ciel ouvert. Les employés scandent les destinations de bus à la crié et viennent m’aborder, ou plutôt se ruer sur moi. Dans cette merveilleuse ambiance chaotique, je monte dans un bus vieillissant, avec une cargaison de 500 kg de riz en soute et une secte de dame au chapeau melon sur les genoux.

Palette de couleurs au dessous d'une lagune 2h plus tard, j’arrive à Tupiza, un gros village. Je pose mes valises dans un alojamiento en face de la station et je découvre les joies de la Bolivie pour le voyageur européen que je suis. Dans ce genre de motel, je loue une petite chambre pour 2,5 euros la nuit. Pour la première fois depuis mon départ, je vais dormir seul dans un hôtel, pour deux fois moins chers qu’un camping en Patagonie ! Je sors rapidement pour ressentir un peu l’atmosphère de ce nouvel horizon. Premières flâneries, premiers marchés…premières impressions.

Kollpani, à 4250m Je m’apprête à visiter la région du Sud-Ouest de la Bolivie renfermant de merveilleux secrets, et pour cela, au risque de me trahir, je suis obligé de passer par une agence et d’acheter une excursion. Il n’y a pas d’autre alternative. Loin de m’enchanter, j’appréhende au contraire énormément. Mais je me renseigne auprès d’autres touristes, je vais voir plusieurs agences, je prend le temps de réfléchir avant de me décider, le plus tard possible.

Jeep dans le salar d'Uyuni J’embarque le lendemain avec trois autres français. Et les lieux que je m’apprêtais a voir nécessité ma langue maternelle pour les partager. Il y a Guylaine du Finistère, une petite bonne femme au caractère bien trempée d’une cinquantaine d’années, partie pour un an renouvelable. Anne et Adrien quand a eux, forment un joli couple de Parisiens et arpentent les routes des cinq continents en vélo couché. Un capital sympathie comme ils disent ! (cf lien) Sans oublier Martin notre guide jovial et attentif, et Joana, la cuisinière. Un groupe idéal, ou nous avons pu partager nos sentiments, et philosopher sur notre responsabilité de touriste envers ces peuples captivants.

2011-04-03 Jeu sur le salar (1) Merveilleuse Bolivie aux joyaux exceptionnels. Chaque moment nous apportait son lot de cadeaux. 4 jours de déambulation en Jeep au confins du Sud Lipez. Indescriptible. Les pistes malmènent le véhicule, traversant rivières et pentes douloureuses et nos logements de fortunes se contentent du minimum, sans chauffage ni eau chaude. Mais en a ton besoin lorsqu’on se nourrit de contemplation ?

Laguna Colorada Comment vous décrire ce que je n’avais pu imaginer ? Cette “aventura” fut une révélation. Depuis plus de deux mois, j’ai eu l’occasion de voir des lieux exceptionnels, de me laisser porter par un sentiment admiratif ou de me sentir inspiré par des endroits envoutant. Mais ici, c’est encore autre chose. J’avais l’idée d’une cascade avant d’aller à Iguazu, j’imaginais à peu prés que qu’était un glacier avant de me balader à El Chalten et j’avais anticipé l’aridité des plaines Patagonne avant d’en manger la poussière.

Montagnes nuancées Mais je n’avais jamais été préparé aux montagnes de multiples couleurs sur des centaines de kilomètres, aux bans de sables rissolant d’infinis nuances. Au bout de l’horizon, de prestigieux volcans écrasent de leurs majestés les déserts de gravas, déjà à 4500 mètres d’altitude. Ni les lagunes blanche, jaune, verte ou rouge n’étaient venues à mon esprit, ni les geysers aux vapeurs de souffre.

Laguna Colorada Laguna verde lac d'eaux chaudes Geysers Pas plus que la sculpture naturelle de l’arbre de pierre ou du désert de Dali. Voila un personnage tout trouvé pour décrire ce lieu. Regardez un de ses tableaux et vous écumerez un peu l’univers du Sud Lipez.

Lagune aux cimes enneigées colline à la roche rose Desert de Dali L'arbre de pierre 

Alors au dessus du niveau du Mont Blanc, nous nous sommes prélassés dans une source d’eau chaude naturelle. Une baignoire à température idéale, devant un paysage a couper le souffle.

Agua Thermales Incroyablement diversifié et très riche, on dirait que la nature s’est éprise d’un délirant artiste créatif mégalomane. Etonnamment, ce lieux préservé ne fait pas naturel tant il est unique. Les animaux qui y résident, ne font que renforcer ce sentiment: sous le flegme nonchalant des Flamands Rose, les vigognes élancées coursent élégamment les Nandous qui leur rendent le change.

Renard des sables Vigognes Flamands rose sur la laguna colorada Nandous Lors de ce doux rêve, alors que la nuit entreprit sa conquête, je fus absorbé par les plus beaux ciels étoilés de ma vie. Incomparable. La pénombre laisse place a des millions de points scintillant jusqu’à l’horizon. Comme sous un dôme arrondi. Ici, au royaume du surréel, il n’y a plus de place pour l’obscurité, la nuit n’est que lumière…

Apercu du ciel étoilé Durant l’expédition, nous avons traversé des villages perdus, ou les gens vivent simplement de l’élevage de Lama ou de la culture de Kinoa. Les maisons en torchis donnent un peu d’humanité en ces lieux parmi les plus difficile de la planète.

San Pablo de Lipez Ici, entre 3500 et 5000 mètres, impossible de cultiver quelconque végétal ou d’élever vaches ou moutons. Le moindre changement climatique, et le village tout entier est en péril. Comme il y a deux ans, où l’abondante neige fit dépérir bon nombre de Lama sans pâturage. J’aperçois aussi les premiers ravages de la colonisation espagnole.

ruines de village ruines de village

Un village mort, en ruine depuis des siècles après que ses habitants furent empoissonnés dans la mine d’or voisine. Ici sont mort les derniers Incas, exploités jusqu’à la faim. Consternant.

Levé de soleil sur le salar Les noms d’El Sillar, Licancabur, Arbol de Piedras ou Laguna Colorada nous amenèrent au spectacle final: le salar d’Uyuni. En lieu et demeure de cette ancienne mer intérieure, il n’y a qu’une étendue de sel de 12 106 km carré. La plus grande du monde.

exploitation de sel Avant de dormir dans notre hôtel de sel, notre charmant guide nous amena jusqu’à ce lieu mythique, pour le couché et le levé de soleil. Même l’affluence de touristes bruyants n’a pu dérobée la magie symétrique du salar.

Couché de soleil sur le salar Recouvert alors d’une fine couche d’eau, il reflète parfaitement le ciel, nous laissant contempler un spectacle sans horizon. L’absence  de repère donne presque le vertige. Depuis des jours, il est incroyable de voir comment les paysages changent radicalement en quelques heures et nous en prenons toute la mesure devant le salar.

Un camoin passe... Comme si une force aspirait l’horizon, le Ciel et la Terre se marient inconsciemment jusqu’à ne faire plus qu’un. L’impossible union de deux mondes se réalise sous nos yeux. Un moment qui n’a pas d’égal.

 Sel sechant en tas et leurs reflets Couché de soleil sur le Salar Aux dernieres lueurs du jour Aube Levé de soleil Un pique nique, ca vous dit ?

un instant

Je manque de mot pour vous le faire partager tant l’émotion fut percutante, mais je peux avouer secrètement, qu’aux derniers rayons de soleil,  je n’ai pu retenir une larme. Que le monde est beau !

 Jeu sur le salar

Sur la route de la Bolivie, l’esprit des Andes

29 Mar

Un symbole de l'independance Je me prépare a effectuer mon plus long trajet de bus pour rejoindre le Nord Ouest de l’Argentine. 32 h.  Au final, je serais resté trois jours à Puerto Iguazu, pour trois jours de bus. On ne peut pas dire que les cascades étaient vraiment sur mon chemin. Mais c’était inoubliable.

Formation rocheuse comme le facteur Cheval en Drome, Purmamarca Après avoir vu une demi douzaine de films americains, avoir mangé des repas enrubannés de cellophane, compter les 87 points rouges sur le siège de devant et dormi aussi bien qu’un veilleur de nuit, c’est les pieds boudinés que j’arrive à Salta.

Il est difficile de se loger ici car c’est un weekend de 4 jours et il y a un concert d’un artiste très populaire, Indio. Malgré tout j’ai de la chance, je dégotte une auberge pas chère, même si c’est le pire dans laquelle j’ai pu mettre les pieds. Le concert amène une population de jeunes sauvageons déchainés. Je passe une première nuit agitée. Il apparait alors clairement l’inversement proportionnel entre la grandeur des villes dans lesquelles je me trouve et les relations humaines que je parviens a me créer. Autrement dit, je me sens bien seul entouré de gens.

Ceci dit, la ville est agréable et possède un fabuleux musée. Retraçant une coutume inca capitale, il expose deux momies d’enfants offerts à la montagne.

En effet, les incas vénéraient la nature et leurs dieux représentaient certains de ces éléments. La Cordillère des Andes était donc un lieu tout trouvé pour s’attirer les faveurs du Dieu de la montagne. Au printemps, ils vénéraient la Pachamama, déesse de la fertilité. Unifiant les peuples conquis par l’empire, chaque provinces amenées des enfants choisis avec soin à Cuzco, centre des cérémonies.  Après un rituel convenu, chacun rentré dans son village natal mais en ligne droite. Le trajet pouvait durer des mois. Les multiples obstacles augmentés encore l’importance symbolique du rituel. Une fête s’en suivait au terme de laquelle les enfants, enivrés d’alcool de maïs, étaient enterrés dans leur sommeil, pour ne jamais se réveiller, offert à la montagne. C’était un honneur d’être ainsi sacrifié. Dans l’esprit des Incas, les enfants ne mourraient pas vraiment mais rejoignaient leurs ancêtres, assurant bienveillance et prospérité, depuis les cimes.

environ de Tilcara Ainsi, une expédition en 1999 découvra 3 enfants prés du pic de Llullaillaco, un volcan de 6739 m à la frontière chilienne, en faisant le site archéologique le plus haut du monde. Le froid, la faible pression atmosphérique, l’absence d’oxygène et de bactéries contribuèrent à une conservation presque parfaite des corps, pour nous donner un aperçu sans égal de la religion et de la culture inca, 500 ans plus tard. J’ai été émerveillé et touché. Une soudaine proximité temporelle, entre deux mondes.

Vestige précolombien, Pucara Je reprend malgré tout la route avant l’aube. Je commence a grimper l’altiplano, qui m’amènera jusqu’à La Paz, entre 2500 et 6000 m d’altitude. Je m’arrête une après midi à Purmamarca, un petit village d’artisans tisseurs, au pied d’une curiosité d’Argentine, la montagne aux sept couleurs.

Montagne aux sept couleurs Montagne aux sept couleurs Montagne aux sept couleurs Montagne aux sept couleurs

Très interloqué par les paysages que je parcours, je laisse mon imagination divaguée, au grés de ce délire sédimentaire. Je n’avais jamais imaginé qu’il existait de pareil paysages. Puis je flâne sur la marché artisanal.

 

Les gens sont plus tipés, plus timides aussi. Les villes sont moins structurées, les bâtiments moins hauts. Des marchands ambulants vendent tout et n’importe quoi, il y a des stands partout sur les trottoirs, aux multiples couleurs.

Marchands Ici, règne les penas, des restaurants musicaux, non pas sans rappeler les pubs irlandais, dans un style néanmoins très différent. Des villages plus authentiques émane un parfum andin encré dans des traditions ancestrales. L’ambiance a changée, bercé par des croyances mystiques.

Protection de la garganta del diablo, Tilcara En fin de journée, je rejoins Tilcara où je déniche un dortoir dans une maison de famille, pour 4 euros la nuit.

Tilcara Encore une fois, l’accueil argentin prend tout son sens ici. Il y a bien sur les ruines de la forteresse de Pucara, vestige précolombien, ou bien les champs de cactus dominés par des montagnes déchirées aux couleurs changeantes, ou ses canyons…mais je retiendrais bien plus encore ces instants chaleureux passés autour des asados, à partager avec argentins, chiliens et péruviens des histoires de nos pays, nos idées, nos préjugés. Parmi les plus conviviaux.

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Après avoir dégusté de la viande de lama, René le maitre de maison, joue un air de flute dans un silence respectueux.

René a la flute andine Alors, à 3000 mètre plus prés des étoiles, je me laisse imbibé par cette culture que je crois entrevoir. Je suis ailleurs. Un autre univers m’ouvre ses portes.

Quartier de Humamarca Un air de Bolivie flotte déjà ici. Je me rapproche de ce que Dany, à Iguazu, m’a décrit comme “El corazon de la America del Sol”. Demain, je passerai la frontière à La Quiaca, au confins de l’Argentine, à 5171 km d’Ushuaia…

Cactus geants

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Les chutes d’Iguazu, la volonté céleste

22 Mar

Les chutes d'Iguazu De Bariloche, je rallie les 500km qui me séparaient de Neuquen en une journée de stop. Les paysages changent, les moyens de transports défilent. Quatre véhicules plus tard, je me retrouve dans une position délicate.

Sur la route de Neuquen Ce brave routier m’a laissé au bord d’un rond point, en pleine zone industrielle, devant un concessionnaire BMW, gardé par deux caniches nains. (!) Il est 23h. Respirer un grand coup et évaluer la situation. Je vais grappiller quelques informations auprès de la station service. Quelles sont mes options ?

1. Camper au bord de la route: c’est une zone industrielle au bord du périphériques d’une ville comme Lyon, il n’y a pas d’herbes et beaucoup trop de passage. Et, le type de la station s’inquiète quand à ma sécurité.

2. Marcher jusqu’à trouver un endroit caché ou refaire du stop au petit jour: encore une fois, mon ami le pompiste me prévient du danger de marcher seul, de nuit, avec tous mes sacs, dans cette zone.

Bien bien…il ne me reste qu’à trouver un camping…mais il n’y en a pas ici. D’après mon guide, il n’y a qu’une auberge de jeunesse dans cette ville peu touristique mais à plusieurs kilomètres. A cours d’alternative, je prend  un taxi, pour la première fois. Arrivé devant l’adresse de l’hostel, une pancarte annonce que l’auberge n’est plus ici. Il est minuit, je suis fatigué et incertain quand a mon avenir immédiat. J’ai besoin d’aide. J’aborde alors un voisin, qui m’informe de la nouvelle adresse de l’auberge, à l’autre bout de la ville. Encore une fois, il me parle de danger et m’indique une route plus longue mais plus sur. J’avance alors sur mes gardes dans cette ville décidemment si dangereuse. 30 min après, je trouve enfin l’hostel,et l’unique lit de libre. Fin de la journée. Ouf.

Peu avant Neuquen Fidele a l’enseignement d’un grand maitre chinois dont le nom m’échappe, je prouve par cette anecdote qu’il y a toujours du bien dans le mal. En effet, je rencontre immédiatement Daniel qui me prend sous le bras. C’est un argentin vivant comme beaucoup, en tant que résident permanent à l’auberge, rempli d’hispaniques. Neuquen qui devait être simplement l’étape d’une nuit, se transforme le lendemain en asado convivial typique argentin. Seul au milieu de ce cercle presque familiale, au bord d’une rivière, dans un parc, nous passons la journée du dimanche à manger de la bonne viande grillée, vidant quelques chopines de bière, vin et Fernet-Branca en jouant au volley. Sirotant un maté, je me sens encore une fois privilégié: une journée au cœur de l’Argentine. Aucune tradition n’est plus universelle ici que le barbecue.

Cordoba vu des toits Mais le routard ne peut s’éterniser, et je roule jusqu’à Cordoba, la plus belle ville coloniale du pays, plus de 1000 km au Nord. 15h de bus après, je découvre cette cité finalement décevante, au centre du pays. La ville est jolie sans être belle, l’auberge est remplie d’anglophones, en cercle fermé. Ils ont eux aussi cette tendance très british et méprisante, de ne parler que dans leur langue. Je reste en retrait de ces gens, sympathique par ailleurs, qui survolent le pays sans s’attacher à le comprendre. Me semble-t-il. Seul le musée de la mémoire, en hommage aux disparus lors des dictatures des années 70, la discussion sur un banc avec le “papy pigeons” et la sortie nocturne avec deux argentines, parvient a relever l’intérêt de ces trois jours.

avenue San Martin, Cordoba De là, je prend un nouveau bus sans regrets, à destination de Puerto Iguazu. Les 25h de trajet sont longues, très longues…J’ai sympathisé avec un couple d’italo-argentin vivant en Espagne. Ils sont artisans, et voyagent en travaillant sur les marchés. Une fois a destination, nous louons un appartement. J’évite donc les auberges aux nombreux services mais plus chère et loin du pays. Une pause dans la petite guerre que je mène depuis quelques temps à l’anglais. Je refuse de le parler.  Selon moi, il est trop difficile de pratiquer, et d’apprendre, deux langues en même temps, et puisque je parlerai la langue de Shakespeare tout le reste de mon voyage, il est bien normal de s’attacher au castillan pour l’heure.

avec Stefania et Dany Ici, ce n’est déjà presque plus l’Argentine. La terre est rouge et poussiéreuse, l’air humide et chaud, les villages sont construits de taules et les forets denses sculptent des paysages radicalement différents de ce que j’ai pu voir jusqu’alors.

Comptant parmi les sites les plus époustouflant de la planète, les chutes d’Iguazu s’inscrivent dans un cadre fascinant, a cheval entre le Brésil et l’Argentine: deux parcs nationaux composés de forets tropicales humides, abritant une faune et une flore très diverses. Leurs puissances, leurs tailles et le bruit qu’elles émettent en fond un spectacle inoubliable.

Les chutes d'Iguazu Selon la légende guarani, celles-ci furent crée par un dieu de la foret en colère. Caroba, un guerrier indien, avait enlevé une jeune fille du nom de Naipur, dont la divinité s’était épris. S’échappant à bord d’un canoë, le dieu fou de rage fit s’effondrer le lit de la rivière devant les amoureux, en formant les chutes abruptes ou Naipur tomba, s’immortalisant en rocher. Caroba survécu sous la forme d’un arbre, au pied de sa douce pétrifiée.

Naipur et Caroba   Je compte me rendre des deux cotés des chutes en commençant par le Brésil. Un énorme complexe touristiques très cadré m’attend. Si je me suis senti à l’étroit au Perito Moreno, j’ai carrément suffoqué ici avec une affluence incroyable. Mais le spectacle est au rendez vous. Sur plus de deux kilomètres, le lit du fleuve Rio Iguazu se rompt brutalement avant de confluer avec le Rio Parama, un des fleuves des plus puissant de la planète, L’énorme rivière au cours tranquille se transforme soudain en une déferlante d’eau. 80 mètres plus bas, le Rio s’écrase sur les rochers dans un bruit sourd, soulevant d’énormes nuages de pluie fine agrémentés, au grés du soleil, par de délicat arc-en-ciel. Le Brésil offre des vues panoramiques mais reste du coup assez loin des chutes en elle même. Sans aucune possibilité de randonnée.

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       Profitant d’une panne de réveil, je me rend le lendemain au jardin des colibris lors d’une journée tranquille. Fascinante petites bêtes, peu farouches et joyeuses.

Un Picaflores En Argentine, le parc est bien plus intéressant. Plus vaste, il offre des chemins de randonnées tranquilles au sein de la canopée tropicale, s’élevant jusqu’a 30 mètres de haut, Cette jungle presque impénétrable fourmilles d’insectes, de reptiles et de mammifères comme le charmant coatis, cousin du raton-laveur. Les nombreux oiseaux font vivre la foret au mille et un sons de leurs chants.

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Tantôt, les parcours surplombent les chutes, tantôt ils déroulent juste au pied de celles-ci,  que l’on peut effleurer du bout des doigts, dans un nuage de gouttelettes. Puis, un petit train serpente jusqu’au chef d’œuvre de la nature, la gorge du diable. Sur 1 kilomètre, des passerelles enjambent le cours d’eau pour déboucher sur un gigantesque gouffre, où je jette une bonne partie des eaux. Il est impossible d’en voir le fond, tant les millions de litres d’eau forment d’énormes nuages.

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Je reste un long moment devant la puissance inouïe de la nature, tétanisé a l’idée que ce spectacle perdure depuis des temps ancestraux. Mais d’ou vient toute cette eau ? Il est incroyable d’imaginer que le débit de ce flot s’étale depuis des millénaires. Ce lieu n’a pu existé que par la volonté d’un Dieu ancien, tellement il allie beauté, délicatesse et puissance. De même, la différence est frappante entre le cours d’eau si paisible en amont et la colère rugissante de la Garganta del Diablo.  Je me suis resté sans voix à la vue de cette cascade qui se jetait sous mes pieds. Un vertige dans le monde tropical.

La Garganta del Diablo Je repars de ce lieu céleste avec des images impérissables. Seul l’affluence touristiques et l’exploitation qui en découle m’ont privé de liberté. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

Un sentiment touristique Ceci dit, comme pour rappeler que malgré tout, l’homme ne pourra jamais dompter la nature, lors de mon passage aux Cataratas d’Iguazu, deux touristes ont péris lors d’une excursion en bateau, happés, sans doute, par le Diable lui même. Ce tragique accident restaure un peu d’humilité face à notre éternelle arrogance.

Une derive

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Parc Los Glaciares, le bruit du silence

27 Fév

Le Fitz Roy

Le parc du Torres marque un tournant dans mon voyage, un mois après le départ. J’ai pris des repères, je me situe mieux, le temps du rodage s’achève. Je monte dans un dernier bus pour repasser la frontière argentine mais ensuite j’abandonne le mode de vie auberges-bus pour celui de campings-stop.

stop dans les plaines patagonne

D’abord, pour mes finances car l’hébergement et les transports constituent les plus grosses dépenses et que je peux plus tenir le rythme. Mais surtout parce que je suis en manque de contact avec le pays: lassé des auberges communautaires pleines d’européens, ras le bol de ne faire que croiser les argentins sans pouvoir leur parler. Je ne veux plus traverser les plaines et villages derrière des vitres mais les arpenter. Je veux revenir de Patagonie avec une histoire, pas des souvenirs. En cela, le stop constitue le meilleur moyen de transport à mon sens.

photo prise a l'arrachée Je m’attaque maintenant au Parc national des glaciers, dernière étape patagonne, qui renferme de nombreux trésors. On y accède par deux villes différentes. Un samedi soir vers minuit, j’arrive à El Calafate, porte d’entrée de la zone Sud, vers le plus impressionnant glacier de la région, le Perito Moreno.

IMG_1598 C’est à ce stade que je rencontre trois françaises avec lesquelles je vais découvrir le parc durant 2 semaines. Elles ont le projet de suivre la cordillère des Andes durant deux ans, d’Ushuaia à Quito. De sensibilité écologique, elles se documentent sur la gestion des espaces naturels, complète la collection photographique des fleurs d’altitude pour un jardin botanique et vont à la rencontre de peuples autochtones. Mathilde, Sara et Cécile m’offrent une vision plus technique des parcs et des espaces protégés.(cf lien: incahuella)

Apero au mirador des condors Deux jours après mon arrivé, je me dirige vers le Perito Moreno, à 80km, en stop. Après 2h30 d’attente, une famille chilienne me propose de monter dans leur voiture. Nous sympathisons, et ils finirons aussi par me ramener avant que je comprennes qu’ils étaient mes voisins de tente !

Le Perito Moreno D’abord nuageux, le temps se découvre pour me laisser contempler ce colosse: 22 km de long, 4 de large et 60m de haut. Il est impressionnant par ses dimensions mais encore plus par son activité. En effet, c’est un des glaciers les plus stable du monde et son avancé constitue un spectacle incroyable. A seulement 200m, je peux observer les chutes de blocs de glaces et de tours entières dans l’eau laiteuse en contre bas dans un vacarme roque et cassant. Il en tombe plusieurs pas heure. Le son est plus marquant que la vue. La glace qui se rompt, les blocs qui dévalent les flans avant de tomber lourdement dans l’eau dans un raz de marrée. Une démonstration de puissance. Ceci étant dit, la facilité d’accès, l’aménagement des berges en grosses passerelles métalliques et l’affluence ne contribuent pas vraiment à l’émotion. Rien de semblable ici au glacier Grey, plus sauvage, plus authentique. Il fallait le voir, j’ai été content d’y aller mais le conditionnement sans liberté du touriste m’a quelques peu refroidi…

 

Le lendemain nous repartons sur la route. Nous constituons deux groupes de deux. Rendez vous à El Chalten, les derniers arrivés payent la bière ! Nous atteignions notre but après être monté dans un bus aménagé en boutique de matériel pour policiers et deux picks-up, en seulement 2heures de plus et 30 euros de moins que les transports en communs.

De la benne d'un pick-up Plus rien à voir avec le bus, c’est plus excitant ! Et je vous assure que voir défiler les paysages hypnotisant de Patagonie dans la benne d’un picks-up est une expérience aussi drôle que libératrice. Je me sens soudain vivant. Lors des derniers kilomètres, nous apercevons le majestueux  Fitz Roy, point culminant du massif donnant lieu à de nombreuses randonnées.

Le massif du Fitz Roy 8 jours plus tard, nous en avions fait le tour. De paysages variés en glaciers somptueux, nous avons vécu en pleine nature, au rythme du soleil, sans montre, sans notion de jours. Je me suis rapproché de ce coté authentique que je recherchais. Une petite centaine de kilomètres plus tard, j’ai pu observer de nombreux animaux: lamas, lapins ou aigles. Un couple de pic vert nous a laisser les observer à quelques mètres et au levé du soleil, lors d’un petit déjeuné bucolique, pas moins d’une demi douzaine de condors décollent au dessus de nos têtes. Magique…Seul le puma reste introuvable…

 

Les anecdotes sont nombreuses, notamment la fois où j’attache ma poubelle a un arbre pour la protéger des renards mais ce sont les aigles qui l’ont dépecée…par deux fois ! Et aussi, une certaine tendance a me faire dérober mes affaires par d’autres voyageurs. Au palmarès, un pot de succulent dulce de leche, un paquet de biscuit et ma lampe frontale ! Peu ennuyeux mais agaçant tout de même.

Nous avons marché sur des sentiers escarpés lors de montée éprouvante au bord de pentes glissantes, j’ai pu voir le glacier Viedma, le plus long des Andes, dans un panorama immaculé d’une étoffe blanche.

Le glacier Viedma et ses moraines Nous avons traversé une rivière glacée pied nu, contre le courant, et sans pouvoir marcher durant de longues minutes à cause de nos pieds insensibles. Grâce à la rencontre d’un guide qui nous indiqua un autre chemin, j’ai pu réaliser un rêve déchu: marcher sur un glacier. Sans guide, sans équipement, sans agence et sans danger. Nous nous baladions dans de douillets sous bois pour arriver à la mystérieuse Laguna Capri. Une étendue d’eau transparente, sans vent, sans bruit, sans interférence. Un silence impressionnant. Il prenait tellement d’importance que nous n’osions parler qu’a voix basse, de peur de profaner ce calme absolue. Et lorsque je tendis l’oreille, il m’a semblé, un instant, entendre le bruit du silence. Gouverné par El Chalten, la montagne qui fume, les dernières lumières de la journée, façonnent un étonnant effet miroir, un jeux de l’irréel, entre ciel et terre.

Effet mirroir

Si la météo a été plutôt favorable, les derniers jours à El Chalten sont pluvieux et froid. Il est tant de partir, vers le Nord. Mais je n’arrive pas à me détacher de ce rêve du nom de Patagonie. Il me reste 1200 km avant d’atteindre Bariloche et la région des lacs, avant de sortir ce cette région mythique. Mais en stop, tout est possible…

on avance comme on peut !