Le jongleur sans boussole

20 Oct

Au dessus de Muang Sing, au Nord du Laos.

Je traverse une nouvelle frontière terrestre. Me voila au Laos sans sortir du bus pour le contrôle, tout en payant un petit bonus à ces messieurs militaires, monnaie courante ici. Les 12h de bus ont ainsi défilée que je n’ai pas sorti le nez de mon bouquin. Mon esprit errait du coté du passage Kleber au Pakistan alors que mon corps se dirigeait vers Pakse, dans le sud du pays.

quelqu un a dit brochette ? 1, 2…..3 et je me lance sous des trombes d’eau par une nuit sans lune, dans une ville sans phare. Je nage jusqu’aux chevilles et cherche mon chemin en soulevant ma capuche, aussitôt remplie d’eau. Enfin je m’abrite, il est 21h, tout est noir, humide et vide. Première vision du Laos. Bienvenue.

Un ravitaillement a domicile lorsque le bus s'arrete quelques instants brochettes de poulet, d'oeufs, de patates mais aussi de petits oiseaux et de chauves souris Finalement, tout se passe beaucoup mieux. C’est une étape intermédiaire, histoire de couper le trajet, prendre un peu de temps. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues, tout est beaucoup plus calme qu’au Cambodge. L’avenue principale est bien large pour contenir le maigre flot de moto. Un petit marché peu animé, des rues implacablement sombres et sans vie. Je me détend néanmoins et trouve le temps d’écrire. Seul, a nouveau.

Puis la grande remontée vers le Nord. Formidable bus couchette jusqu’a Vientiane, puis 14h acrobatique dans un bus local pour arriver a Luang Prabang, a 4h du matin, après avoir crevé deux fois et ramasser plus de personnes au bord des routes qu’un car scolaire. J’ai appris a dormir la tête droite cette fois-la, mais je n’arrive toujours pas a fermer la bouche…

Luang Prabang Le petit paradis des montagnes du Nord Laos aurait pour charmante base cette citadelle. Mais je ne m’y sens pas très a l’aise. On dirait un village des Alpes, tout y est très chère, les gens moins agréable. Je me renseigne pour une randonnée, du kayak ou une location de moto. Jusqu’a 60 dollars par jour ! Trop cher pour moi. Après deux jours, je passe ma route, toujours plus haut. Jusqu’a  Muang Sing.

Paysage de jungle au debut de la route Je préfère de loin cet endroit et m’y installe avec un couple d’allemand, compagnons d’une recherche de lits. Le marché de nuit offre toute une diversité de nourriture succulente, comme la salade de Papaya, le poulet rôti ou des brioches.

Une soupe de noodles pour le dejeuner (1euros) sur un marché, avec un remarquable choix de sauces. Adoucis par des prix plus raisonnable, je loue un scooter pour deux jours, sans trop savoir où aller, un baluchon sous le bras. A vrai dire, pour l’instant, le Laos m’ennui. Je n’y trouve pas mon rythme, mon intérêt. Je reste toujours seul. J’espère que cette excursion  va changer la donne. Je déboule sur les routes goudronnées et montagneuses, une fois n’est pas coutume. Je me rappelle mes jeunes années d’aiglons de la route ardéchoise. Je passe un col dans la brume, puis la vallée s’offre a moi. Des cultures a perte de vue, quelques collines…des hectares jaunes et vert qu’un ciel menaçant vient contraster.

IMG_0755

J’arrive enfin au village, a 10 km de la frontière chinoise. Je profite du marché, je trouve une chambre au dessus du restaurant de la mamie rigolote et j’enjambe mon bolide vers la campagne, a l’instinct. Sans savoir quoi chercher

petits lac au dessus des montagnesun coin charmant et coloré

La route n’est pas facile, je tourne au grés de mes envies, m’arrête prendre des photos. Et d’un coup, je débarque dans un hameau de bout du monde: chez les Akhas, une minorité ethnique de cette région frontalière enclavée. Je ralenti, je vois des enfants qui jouent sur la place a gauche. Après un bosquet a droite, je tombe sur 3 dames se toilettant seins nues dans la fontaine. Je coupe les gaz prudemment au milieu du village. Des centaines d’yeux m’observent. Des mamans donnant le sein, des enfants en haillons, des chasseurs en machettes. Mes saluts ne trouvent pas de réponses sinon une intensité de regard difficile a comprendre. Méfiance, peur, reproche….La tension est palpable, les sourcils se froncent, j’hésite a repartir.

Le village Akhas, photo prise furtivement et sans personne Finalement, je m’assoie contre un arbre et consulte une brochure, comme pour retrouver ma route. Petit a petit, comme des oiseaux prudent, tout ce petit monde s’approche, se tortille, et finalement, ose se tenir face a moi. Un jeune d’environ 13 ans semble moins effrayé, je lui tend ma brochure. Et grâce a ce bout de papier, alors qu’aucun langage ne pouvait nous rapprocher, cette publicité devint le catalyseur qui nous permit de communiquer durant 20 petites minutes a travers quelques mimiques. Les enfants étaient captivés par les photos vantant leur région, cherchant le nom de tel ou tel endroit. J’étais fasciné moi aussi. Ces gens vivent loin de tous ce qui ressemble a notre monde. Les gosses sont de vrais morveux a moitiés nus, les femmes mal fagotées mâchent des brindilles semblable a du blé, les hommes sévères, restent en retrait. Les adolescents sont les plus  facile d’accès. Je me sens à la fois curieux et gêné, d’autant plus que malgré notre proximité d’alors, aucun de ces enfants ne m’a jamais sourit. Une fois le temps de la brochure usé, tout ce petit monde se dispersa, et me laissa seul au milieu, le casque en bandoulière, sans qu’a aucun moment la barrière n’eut rompu.

Scene du marché de Muang Sing Infranchissable tradition ! Il y a comme cela, des expériences que l’on considère comme difficile mais qui redonnent une épaisseur à la réalité. Se fracasser ainsi sur les murs d’une culture sans aucune arme pour la détourner, procure une sensation désagréable mais au plus prés du réel. C’est la première fois où je me sens impuissant a ce point. Certains de ces villages ne connaissent la vie “mondialisée” que depuis les années 2000. Et a bien y réfléchir, il est certainement plus judicieux pour eux de se méfier des blancs qui déboulent en scooter sur leur pelouse.

balots de paille et barriere en bois

Après ces deux jours de vagabondage, j’entame le très  très long chemin jusqu’a Bangkok, où je dois y faire mon visa indien et prendre un avion: dans 11 jours. J’ai toutefois le temps de recroiser une connaissance du Cambodge avant de partir, qui passe la frontière chinoise, pour rejoindre le Népal par le Tibet, a travers le Yunnan. Un vieux projet, une chouette idée…un prochain voyage.

Ou méne cette route ?

En fait, je le sens déjà, a ce moment j’erre plus que je ne me dirige. J’ai perdu cette intensité, ce relief qui transforme chaque sortie, chaque repas comme une porte ouverte sur un échange. Non, les jours s’écoulent lentement et je profite de ceux ci à la manière d’un crustacé, ouvrant tout juste sa coquille pour voir sans être accessible complètement. Je rêve de montagnes dorénavant. Je sens que mon temps est révolu en Asie du Sud. Je me prépare a arriver au Népal avec une grande impatience. Je sais dorénavant que rien n’égal les splendeurs des cimes enneigées, surtout lorsqu’il s’agit des sommets les plus hauts du monde. L’Himalaya m’obsède…

étale de pates, prés de la frontiere chinoise Pimentez donc vos plats ! n ayez pas peur.... Une soirée a Vientiane accompagnée d’une mexicaine me marque par son bazar en pleine rue. Une sorte de kermesse. Une foire des années 80 avec shampoing familiale ou lessive a bas prix scander par les speakers et fête foraine !

Une frontière sombre, une attente de plusieurs heures, un voyage de somnambule et une arrivé à Bangkok, vers 5h du matin. Encore. Je me débrouille mieux que la 1ère fois et trouve une petite chambre sans fenêtre pour pas trop cher dans le ghetto touristique. Sans rire, le “Ghetto”! Ca fait rêver…  Je fais ma demande de visa, j’ai 5 jours de rab. Je saute dans un bus.

Une des rares photos de Bangkok Je les passe au vert, dans le Kanchanaburi, a 3h a l’Ouest. Je me détend et reste dans mon monde. Je passe mes journées a lire, me faire masser, manger et surfer sur le net. Je m’approche du pont de la rivière Kwai tout de même, site stratégique de la seconde guerre mondiale, histoire de voir. Sans conviction particulière.

un acceuil trés western version Disney Land LE fameux pont de la riviére Kwai Le rythme de mes journées est lent, je prend le temps de tout faire, tout a fait détendu. Et je me fais plaisir en restant au calme, m’alimentant correctement, prendre le soleil. Rien d’extraordinaire, des choses simples. Et puis, un massage Thai par jour aussi, histoire de se tonifier. On est plus prés des prises de lutte que du massage en douceur, mais ce qui est sur c’est que l’on ne s’endort jamais ! Dans l’heure qui suit on se sent bien, mais les pressions sur les points énergétiques n’est pas a proprement parler “agréable” !

 Des massages dans tous les coins de rues, n'importe ou. Ici au Canbodge

Beaucoup de kilomètres sans grande intensité ces 3 dernières semaines. Finalement, j’ai sauté de ville en ville sans trop savoir quoi chercher. A dire vrai, j’étais déconnecté de la réalité. Je restais dans mon monde, dans mes livres, sans m’approprier le réel. Je préférais façonner mon univers plutôt que de me nourrir de ce monde. Il était le décor d’un mouvement de pensée intérieur. Peut être aussi, faudrait-il avouer une certaine lassitude, une fatigue chronique du mouvement, une usure du sublime. Je suis allé très loin dans la solitude, au point même, de ne plus pouvoir rechercher qu’elle.

De retour à Bangkok, je récupère mon visa indien. Je peux alors organiser la suite de mon voyage, sceller mes dernières étapes. J’hésite entre plusieurs destinations, je n’ose pas prendre cette décision qui me ramènera en France. Le temps d’un vertige, je me revois acheter mon 1er billet vers Buenos Aires … et je décide de me rendre la où tout a commencé, jusqu’au berceau de l’humanité, pour clore ce chapitre de ma vie. Le royaume de la reine de Sabbat, de Lucy le premier hominidé et de l’Arche de l’Alliance sera mon dernier pays. Mon Afrique sera éthiopienne. Je sais alors que j’atterris à Paris le 20 janvier 2012. J’ai une date de retour. C’est le tournant des 3 derniers mois.

Ma maison aéroport silouhette  portative, Bangkok

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