Mon paradis

20 Août

 

Ikay Bay C’est sur une plage isolée que mon esprit repose. Les tourments de Patong ont renversé ma position d’observateur. Je ne serais jamais objectif. Mais surtout, je suis impuissant. Les yeux rivé sur l’océan contrarié, je cherche un moyen de fuir ce monde dont je ne veux pas. J’ai pu aller au delà du premier regard, et maintenant ? Que puis-je faire de ce que j’ai vu sinon m’abandonner l’ivresse de la mélancolie ?

Soudain, une idée vertueuse surgit de mon esprit accablé. L’océan reflux devant moi les idées d’une morale bafouée, écrasée. Seule la fuite est possible, le combat est inégal. Alors n’écoutant que l’instinct de révolte et terrifié par ce que nous avons crée, je vais aller de l’avant. Droit devant. Je pars dans la jungle équipé d’une machette, et coupe des bambous que j’estime solide. Je les traine en plusieurs fois sur les rivages avant de les tailler. Je cours en ville pour récupérer des bidons et de la ficelle. Je travaille une nuit durant à l’élaboration de mon grand projet. L’ultime. Sciellant, piquant, coupant, harnachant sans relâche. Dans l’énergie des causes perdues. A l’aube, je suis prés. Je laisse derrière moi mes sacs, mes livres, mes espoirs déchus, et je prend la mer sur mon radeau de fortune, à la recherche d’une terre où l’homme n’aurait pas déversé son poison.

Le grand depart Les premiers moments sont libérateur. La brise marine flatte mon visage, l’horizon m’attire vers un indéfinissable frisson d’aventure. Là, seul au milieu de l’océan, je me sens libéré des immondices de mon âme. Mes sens n’ont jamais été si éveillés, si prompte a franchir les extrêmes. Ma volonté n’avait jamais auparavant eu cette force, s’immisçant dans tout mes gestes.

La liberté ! Passé l’euphorie du 1er jour, et malgré ma libération satisfaisante, je me confronte à la rigueur de ma condition. Mon fil de pêche n’obtient pas un grand succès auprès des poissons locaux, que je mange de toute façon cru. Mon embarcation flotte plutôt bien, mais le soleil tape si fort que je reste dans l’eau une grande partie de la journée. Les 10L d’eau potable s’amenuise a une vitesse effrayante. Seul la nuit est resplendissante, fraiche, calme et envoutante. Je suis seul au monde, entre ciel et mer, bercé par les courants. Je m’endors faible et déshydraté, à l’aube d’une mort précoce. Pour une idée.

Je divague, je rêve…Je me sens partir, mon corps est insensible. Je suis incapable de mouvement. Tout juste puis-je tourner la tête pour ne pas me bruler le visage. Je perds connaissance, après 4 jours…

ou suis je... Une culture inedite ? Je me réveille soudain. Un mal de tête a vomir. Je suis sur une plage déserte. Je me souviens d’une agitation autour de moi, des ombres qui virevoltent, des mots que je ne connais pas. On m’a donné a boire et des fruits sont éparpillés devant moi. Il y a une sorte de mausolée en noix de coco aussi. Je lève les yeux et j’aperçois à flan de colline, quelques bungalows essaimés, dans un calme monacale que seules de douces vagues viennent briser sur l’échine des cailloux. Sur une pancarte en bois je peux lire: “Bienvenue à Koh Tao, ile préservée des tourments.”

Un lieu isolé Evidemment, mon arrivé à Koh Tao ne s’est pas déroulée comme cela ! Ca aurait eu un certain cachet cela dit et le mérite des extrêmes. Mais si j’ai bel et bien été choqué par ma précédente expérience, mon chemin ne s’arrêtera pas la. Au contraire, la proximité avec une certaine réalité, aussi navrante soit-elle, renforce encore un peu mes idéaux. Je sais trop combien de nombreuses petites choses respectables se font à travers le monde pour me laisser étourdir par le désespoir.

J’ai donc pris 2 bus et un bateau de nuit avant d’arriver au port de Koh Tao. En chemin, je fais confiance aux Thaïs pour me guider. Je ne sais pas ou je dois changer de bus, ou trouver le bateau mais qu’importe. Ils le savent pour moi et ne parler de toute façon pas anglais ! Au crépuscule, je découvre une sorte de grande péniche, où 150 matelas d’école primaire sont amoncelés cote à cote.

definition de boite a sardinnes ! Après de multiples errances successives, j’arrive sous une chaleur étouffante dans la Yang Family, une petite crique isolée des sites touristiques, parsemée de quelques cabanes. Nous sommes une dizaine dont presque uniquement des français. Je suis accueilli comme si je connaissais tout ces gens, et c’est presque le cas. Je prend mes aises dans un bungalow isolé, en bord de jungle, où je vis avec Gimly et Capitaine Crochet, un gecko de 25 cm et une tarentule de la taille de ma main. J’imaginais rester 3 jours, je n’en suis parti que 2 semaines plus tard…

Capitaine crochet. Les choses ont été claires entre nous. Il restait dans la salle de bain, et je le laissais vivre ici. Il y a des étapes comme celle ci, qui marque un cap dans un voyage aussi long. Une pause dans l’irrésistible errance de mon année, un endroit où je me sens bien et où je peux consacrer tout mon temps a…prendre le temps. Physiquement, on pourrait dire que je n’ai pas fait grand chose mais en réalité, mon esprit fut rarement aussi prolifique qu’en ces instants. Dans un cadre protégé, je vis des journées humaines sans me soucier des heures. Je mange lorsque j’ai faim, j’écris si je veux m’exprimer, je me baigne lorsque j’ai chaud,  je parle si je veux rire, je lis quand je cherche du sens et je plonge lorsque je veux du silence en observant la danse des dizaines de poissons multicolores autour de moi qui s’ébattent sur les rivages. Rien de moins. Je pense que tout un chacun  devrait se donner l’opportunité de vivre comme cela au moins une fois dans sa vie, de se donner des perspectives, d’améliorer sa compréhension, de décortiquer chaque sentiment, seul face a soi même.

Un bord de mer sauvage Depuis quelques temps, une nouvelle perception dans mes déambulations me guide. J’ai la certitude de comprendre un peu mieux les engrenages qui me font avancer, je constate l’exactitude de cette pensée et profite des rencontres sur mon chemin pour me compléter ou m’éclaircir. Certaines énergies s’attirent et nous font  vivre des choses à un instant donné, rencontrer des gens a un moment précis, dans un but précis. Il n’est pas question de destin, mais d’état d’esprit. Tout ceci a une certaine logique, une suite continue qui répond a une question. En avoir conscience, c’est se mettre dans de bonnes dispositions pour avoir une partie de la réponse. “Tu ne peux pas emprunter le sentier avant d’être toi même le sentier” disait Gantama Bouddha. C’est à dire d’être quelqu’un a travers qui, transit quelque chose.

Petits bungalows pour 5euros/jour Après avoir diner sur les quais avant d’embarquer pour Koh Tao, je rencontre un couple de français d’une cinquantaine d’années. Ils sont sympathique, et ont les traits des gens qui ont vécu malgré leur style, plutôt décontracté. Ils me font penser aux babas cool de “Into the wild” de Sean Penn. Nous partons et alors que la nuit absorbe les dernières étincelles de la ville, je retrouve l’homme a l’arrière du bateau, que je nommerai Franck.

des gens de passage qui croisent notre route Je réfléchis a ce que j’ai vu a Patong, et alors que rien ne le présage, je prend le risque de confier a cet homme mes ressentiments personnels sur la question. Il m’écoute presque indifféremment avant de s’exclamer après une bouffée de tabac: “Nous, on les cassait les macs.” Mon étonnement fait place à la curiosité, et il s’empresse de m’expliquer. Franck fut marin un moment. Il arpenta les mers du globe pendant 5 ans. Il y a 40 ans me dit-il, Bali n’était qu’un village et Punta Arenas un troquet. Quelle époque merveilleuse pour voyager. Puis, il se fait braqueur avec sa bande de motard, et sillonne les villes d’Europe à la recherche de menu profit. “Une existence intense et insouciante, où le risque se mue en exaltation” me confie-t-il. C’est à ce moment là, qu’ils se faisaient “protecteur” des prostitués lorsque leurs macs devenaient injurieux. Tout comme Jacques Mesrine, qu’il rencontrera. Puis, un braquage qui tourne mal, 23 ans de prison sans mot dire, une rédemption. Le récit de sa vie me replace dans une juste proportion, un ordre de grandeur plus judicieux. Je fus surpris de voir, qu’effectivement, les rencontres arrivent a un moment précis, pour des raisons précises. Cet homme avait des choses a me révéler sur l’objet de mes pensées d’alors. Sans cette conscience, je n’aurais jamais osé lui parler d’une idée aussi personnelle.

Arrivée à Tanotee Bay

Comme lorsque je suis arrivé sur l’ile. J’hésitais entre plusieurs options, mal réveillé. Puis un café et une idée claire. Je désigne un point sur la carte: “J’irais là, c’est ici qu’il va se passer un truc dingue !” Je me sépare donc de Franck et de sa femme, et arrivé sur Tanotee Bay, je tombe sur Marjorie et sa bande, connu deux semaines plus tôt à Kuala Lumpur ! Une intuition…

Tanotee bay

Tout comme les livres qui viennent plus a moi que je ne les choisis. A chaque fois, ils justifient ou expliquent une sensation jusqu’alors ineffable. Il en va de même dans notre vie sédentaire quotidienne, mais les voyages révèlent ce mécanisme, le catalyse. Il est très rassurant de vivre cette expérience, alors de ce point de vu, il est plus facile de se perdre dans notre vie sédentaire usuelle qu’en voyage. C’est un formidable révélateur de pensée.

Lorsque tout est flou Plus concrètement, je suis entouré de Gilles, Anne, Yoann, Violette, Tom et Amandine. Noelia, Gregory et ses parents, avec l’intrépide petite Lili, 2 ans. Chacun sa provenance, chacun son but. Et nous nous sommes retrouvé ici, par bouche à oreille. Oui, parce que je suis venu sur les conseils de Julien, rencontré à Kuala Lumpur, qui connaissait donc Anne et Gilles. Tom aussi, le moniteur de plongée. Il y a donc une continuité et pour cette raison il n’y a pas eu d’intégration, juste une suite. Un séjour a un endroit peut conditionner plusieurs semaines de voyage.

A l'arriere d'un pick up, taxi local Nous partageons nos journées tranquilles, des soirées, des jeux. On m’appelle Clochette ou Robinson. Nous sortons en ville, parlons de divers sujets autour d’un feu sur la plage. Nous sommes partis à la découverte des planctons fluorescents en pleine nuit. Comme si vous nagiez dans une poussière d’étoiles. Puis, la Full Moon sur l’ile voisine, une fête sur la plage connue mondialement. Une bonne bande de copain quoi. Chacun apporte sa petite touche.

Full Moon PartyFeu sur la plage 

Cette ile est touristique mais c’est un endroit préservé. Il nous faut marcher une heure pour rejoindre la ville. Mama Yang veille a son petit monde sous un œil maternel, conservant une ambiance décontractée et bon marché. Un petit tourisme encore synonyme d’échange. Ickay bay demeure protégée, sans affluence. Pas de bruit sinon ceux de la jungle, pas de lumières a part celle des astres. Un bonheur. La nuit le croassement roque d’effrayantes grenouilles brisent le chant des grillons. Les poissons regorgent sur les rives, l’eau est parfaitement fraiche et claire, les jus de fruits sublimes, la nourriture exquise, dont le fameux massaman, dont je recherche vainement l’équivalent depuis.

Petite soirée entre pote... merou attitude Mon petit coin de paradis. Mais la réalité n’est pas loin. Dans les obscurités de la nuit, au loin, s’élance de trop nombreux bateaux de pèche, et sur les rives, des traces de goudrons envahissent selon les marées, notre délicieux coin de paix.

sympathique ! Après ces deux semaines vivifiante, je dois reprendre la route, inlassablement. j’ai soif d’aventures et de rencontres. Ces thaïlandais m’échappent encore, je veux aller vers eux. C’est donc vers le Nord que j’irais à la découverte de ces gens, qui n’utilisent pas de papier hygiénique !

Fin de journée sur Ickay bay

 

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2 Réponses to “Mon paradis”

  1. floriane 6 septembre 2011 à 19:33 #

    Rester des jours à vivre sans montre, à répondre aux besoins du corps seulement lorsqu’il réclame …. d’être seule face à moi même… difficile pour moi qui même en ayant voyagé à l’aventure, ne reussi pas à me laisser aller. A méditer pour mon prochain voyage en solitaire. Encore Merci pour tout ça, bonne continuation, bisous

  2. David 8 septembre 2011 à 13:14 #

    Merci pour cette visite en Thailande a travers tes aventures… keep up the great work!!

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