Archive | mai, 2011

La valse des passants

20 Mai

Des colonnes de voyageurs Le désert d’Atacama… Je le regarde depuis des heures a travers la vitre poussiéreuse du bus et je ne vois qu’une gigantesque étendue sans fin. Il n’y a que rocailles et désolation. Au loin, les véhicules soulèvent des nuages de sable sur des kilomètres, étrillant le ciel azur d’un voile pale et volatile. Tel un paysage lunaire, aride et infini.

Plage a Arica, au Chili Il est 10h. Je suis dans des bus depuis 14h déjà. Je vais vers le sud. Je ne peux m’arrêter en chemin alors des journées entière défilent sans que je n’y puisse rien. On attend les changements, on lit des panneaux, on cherche des bus. On se fait fouiller ses bagages par des mains touche-tout qui examinent une casserole avec suspicion comme la voiture formule draxter de 2 trafiquants mexicains à la frontière américaine. Si Pablo a de la poudre sur le nez c’est parce qu’il est plâtrier unijambiste au cirque de Santa Carla et si l’essieux du véhicule frotte le sol c’est a cause de la dilatation des métaux sous l’effet de la fluctuation de la pression atmosphérique dut aux caractéristiques imprévisible du courant El Nino. Alors vraiment, pourquoi être suspicieux ? Ce délire me traversant l’esprit l’espace d’une seconde face au visage austère de ce représentant de la loi, ne m’a éclairé que d’un sourire dissimulé mais jamais sur le caractère mystérieux de mon objet culinaire. Les uniformes de douaniers succèdent a ceux des compagnies de bus Cruz del Norte, Andesmar, Via Bariloche et autre Turbus avant de se mélanger a ceux des caissières, des boutiquaires, des militaires, des visionnaires. Des agents d’entretiens, des femmes qui tiennent leurs chiens et du papy malin. Des vendeurs, des contrôleurs, des chauffeurs, des serveurs et bien sur  des baratineurs. Tous ensemble et tous seul. On enchaine des terminaux identique sans en connaitre le nom, on montre son passeport a un agent a monocle qui cligne d’un œil pour comparer la ride nouvelle, on passe une frontière en taxi, on dors sans avoir d’heure, on mange sans avoir faim. Pour tuer le temps. Au bout de plus de 20h de trajet, la réalité devient flou. Comme un insomniaque. Jamais tout a fait réveillé, jamais complètement endormi. Je suis hypnotisé par les films américains qui sont bombardés à la chaine sans les regarder vraiment. Les minutes d’après ne sont que la copie de celles d’avant.

L'ocean Pacifique 2 jours et 3 nuits, c’est le temps qu’il m’a fallut pour rejoindre Cusco à Santiago du Chili. En chemin, j’ai fait une rencontre a laquelle je ne m’attendais plus: l’Océan Pacifique. Aucune grande déferlante mais un air marin vivifiant. Arrivé en ville, je suis un peu déboussolé. Les dernières semaines furent riches mais fatigante. Pas de temps mort, pas de repos, pas de longue nuit. Un enchainement dont les rouages s’encrassent aujourd’hui, achevé par 50h de bus. Je tombe malade.

Depuis des mois, il est prévu que je m’arrête chez l’ami français d’un ami. Mais nous ne nous trouverons jamais. Alors je me calfeutre dans une excellente auberge, et je prend du repos. Mes 17 premières heures de sommeil ne me requinqueront pas. Le mal est ailleurs.

Si la première journée dans la capitale ressemblait a une matinée de printemps, les jours qui suivirent furent ceux d’un hiver parisien. Frais, terne et gris. Je vaque a quelques occupations quotidienne sans grand succès. Je n’ai pas envie de parler alors je vogue sur le flot de mes pensées. Certains souvenirs. Je retrace ces mois de voyage en Amérique Latine. J’ai l’impression que je me suis plus attaché a ces pays que je n’aurais pu l’imaginer. Alors bien sur, le voyage est loin d’être fini mais je repense a ces dernières découvertes, ces derniers paysages, ces ultimes impressions. J’ai une malicieuse affection pour ce continent qui ne me quitte plus, au moment même ou je m’en vais. De quoi me suis-je nourri ? Je prend pour la première fois un peu de recul sur mes aspirations nomades en me posant notamment cette question: Vais-je emporter un peu de ces gens avec moi ou au contraire, ai-je laissé un peu de moi en ces lieux?

Hall d'aeroport 4 mois jour pour jour après avoir décollé de Paris, je m’envole une première fois de Santiago a Buenos Aires. J’attend. Vivre dans les aéroports, c’est une activité tout a fait captivante. Tout y est aseptisé, cher, orienté mais cette fourmilière s’active sans cesse, mêlant de jeunes hippies nostalgique d’un monde arc-en-ciel a des émirs en soutane et leur cour, roi de l’or noir. On y parle toutes les langues dans tout les accents, on y voit toute les marques dans tout les styles. On découvre qu’il y a des lunettes aimantés qui s’ouvrent par devant, des zones de Free-Wifi payante ou que mettre des bottes en fourrure avec un tee-shirt Greenpeace, ce n’est pas un paradoxe mais de la provocation militante. Tout ce petit monde s’agite, se remue, se bouscule ou s’endors, comme un camps de refugiés au milieu du hall d’un hôtel de luxe, sous le tableau d’un obscur maitre moustachu qui distord les notions certaines, comme l’on pétrie de la guimauve. Le cadre s’achève par le grand souverain de ces lieux qui dicte sans faillir la conduite de ces pions: la montre, grande prêtresse d’un temps qui coure sans qu’on puisse le rattraper. Et ca n’est pas faute d’essayer.

Thé ou café ? Ayant trop prit d’avance, c’est sans doute pour cette raison que nous avons décollés avec 3h de retard, au petit matin du jour suivant qui devait être le lendemain . Je m’endors avant d’avoir senti le décollage de ce territoire conquis, avec la satisfaction nostalgique d’avoir franchi une étape et d’emporter avec moi un peu de ce nouveau monde sur lequel je peux dorénavant poser un visage.

Tag dans les rues de Buenos Aires

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Le cœur des mémoires, un voyage dans le temps

14 Mai

Voyager a travers les yeux d'un enfant Nous passons la frontière péruvienne au crépuscule. Immédiatement, je tombe malade à la douane. La première maladie de mon voyage est le rhum. Ca aurait pu être pire ! Nous arrivons à Cusco au petit matin, cité maitresse des empereurs Incas. Un haut lieu de la culture andine. Mon dernier arrêt majeur sur ce continent captivant.

Jardins et cathedrale à Cusco A peine réveillé, après une nuit légère et sentant ma gorge prise, nous nous faisons assaillir de tout les cotés devant la porte de sortie du terminal. Accueillis tel des célébrités, une foule de personnes vient nous aborder, jusqu’a nous prendre l’épaule ou nous barrer le passage pour nous proposer un hostel. Puis une deuxième vague, pour un taxi. Au moins, les services ne sont pas difficile a trouver mais ce réveil est un peu brutal. Nous glissons habilement entre les mailles du filet en rabrouant les plus insistant avec vigueur. Libérés, nous parcourons la ville aux premières lueurs du jour.

Place des armes, Cusco J’avais hâte d’y être. Cette cité fut le cœur de l’Amérique d’un temps de légendes et de contes, elle est aujourd’hui une gigantesque machine à touristes bien huilée. C’est alors une magnifique ville coloniale qui s’ouvre a nous. Tout les bâtiments sont beaux, les rues sont propres, les jardins entretenus à la manière d’un château. Une première depuis des mois: pas de chiens errants. Un centre ville vitrine qui cache une réalité moins glorieuse. Nous ne sommes plus vraiment au Pérou ici, et plus du tout chez les Incas.

Cusco Nous passons une journée sans temps mort, nous nourrissons un grand projet, en dehors des itinéraires touristiques. Alors, je dois régler des problèmes de paiements capitaux pour mes prochains avions, anticiper comment repartir vers Santiago. Mon avion décolle dans 14 jours. Nous devons aussi recueillir de précieux renseignements pour notre expédition: nous voulons faire une randonnée de 8 jours par des chemins presque secrets, entre 2000 et 5200m d’altitude, de Cachora au Machu Picchu, en passant par l’une des 5 citées perdues Inca, le temple de Choquequirao, peu visité car difficile d’accès. A mon sens, il est essentiel de voir une autre cité Inca avant le conventionnel Machu Picchu et ses 5000 touristes/jour.

Petits chemins, sur des itinéraires mystiques Nous tenons ce parcours de 2 français, rencontrés au Huyana Potosi, c’est donc possible. Par contre, les offices que nous questionnons nous prennent plus pour des ahuris que pour des marcheurs. Ils sont obligé d’appeler leur chef, plus âgé, pour qu’il nous explique la route. Il essai plus de nous décourager que de nous informer, parle de marche difficile, de cols venteux, parfois enneigés, souvent dangereux. Nous, nous ne rêvons que d’évasion, de nature et d’authenticité. Confiant après notre ascension bolivienne mais réaliste tout de même, j’aurais aimé partir avec une carte précise de la région, une carte IGN, une carte de randonneurs. Mais, pour seul plan, nous partons avec un croquis sommaire sur un post hit ! Aucune carte ne couvre cette zone. Bien…nous ne pouvons compter que sur les populations locales pour nous guider dans ce cas. Il n’y a qu’un seul chemin d’après les rumeurs mais au moindre croisement nous sommes perdus. Nous faisons les provisions pour 8 jours de complète autonomie à la va vite, avant de se perdre, sans moyen de communications, sans secours et sans carte.

Notre carte IGN ! Alors en taxi de nuit, j’aperçois deux blousons que je connais. Je fais stopper le véhicule sur le champs et cours retrouver sur le parvis de l’église….Les veloptimistes ! Plus d’un mois après le Sud Lipez bolivien, nous nous retrouvons à Cusco, des milliers de kilomètres plus au Nord ! Nous n’en croyons pas nos yeux ! Nous passons évidemment la soirée ensemble devant tant de hasards, avant le grand départ, demain.

Les barbus en pause. Comment expliquer les gens qui croisent notre route. Destin ou hasard ? A ce titre, je révise quelques théories sur le destin depuis mon départ. J’ai toujours aimé a penser que nous sommes maitre de nos actions, que la chance se provoque, qu’il n’y a pas de fatalité, que nous en sommes là où nous voulons en être. Mais que penser de ces rencontres dans ce cas ? Tout se joue a presque rien. Si je passe là 5 min avant, si je marche de l’autre coté de la place, si je lis un plan. Tout peut changer.  Trop de coïncidences pour que ce ne soit que des hasards. Il y a quelque chose qui nous lis, d’une façon ou d’une autre. Je n’en ai pas de définition mais le hasard n’explique pas tout. Sinon comment interpréter les rencontres avec ce couple de français: à Ushuaia, à El Chalten en Patagonie, à Sucre en Bolivie et une dernière fois sur les flans du Wayna Picchu ? Nous n’avons partagé que peu de chose, mais nous nous sommes vu 4 fois, en 4 mois et sur des milliers de kilomètres. Alors, certes, il y a un “itinéraire type” du touriste, mais il est aussi facile de perdre quelqu’un au Machu Picchu, alors comment en rencontrer un que nous ne cherchons pas ? De plus, nous avons rencontré les même personnes….jusqu’à avoir des ragots en voyage ! Incroyable. Zobair dit que c’est un signe, que sans savoir pourquoi, une volonté mystérieuse nous rapproche parce que nous avons des choses a faire ensemble. La suite nous le dira. Notre liberté est peut être seulement réduite a faire un choix lors d’une situation donnée mais pas choisir cette situation. Il y a surement un juste milieu. Moi, ca me travaille…

Cachora, village de depart Epicerie tenu par un petit garcon Il s’avère que se rendre dans le petit village de Cachora n’est pas simple mais après maintes informations contradictoires, nous y arrivons vers 14h. Là, commence une merveilleuse aventure dont nous prenons la mesure tout de suite, en mangeant le déjeuné dans une brouette, lors d’une fête écolière.  Nous observons et jouons avec les enfants curieux. Je vois vite que les mentalités sont différentes ici. On nous parle, on nous sourit, on nous questionne. J’y vois autant de traditions qu’en Bolivie mais avec des gens accessibles. Formidable.

 Notre dejeuné ! Meilleur qu'il n'y parait Dame en tenue traditionnelle assistant a un spectacle d'école un vendredi apres midi Enfants jouant dans la rue Le debut du parcours

Et nous partons, sans trop savoir a quoi nous attendre. Et nous n’allons pas être déçu ! Le chemin est large mais c’est la marche la plus dure que j’ai eu a faire. Même mon très cher GR20 Corse est détrôné. Nos organismes éprouvés ont du faire face aux dénivelés important, aux sacs pesant, aux cotes presque verticales et aux amplitudes de températures impressionnantes. Nous marchions entre 9 et 11h par jour. Nous passions notre temps a gravir une montagne, pour redescendre jusqu’au fond de la vallée, et en remonter une autre. Il y a eu ce jour où la cote était tellement raide que nous ne pouvions faire plus de 30m sans nous arrêter. Une montée de 5h, sans plat, sans aucun signe encourageant. Ou bien cette journée difficile où nous sommes arrivés de nuit, vers 23h, après avoir fait plus de 3000m de dénivelé cumulé, sous des températures allant de 0 à 40°. Il va de soi que nous n’étions que l’ombre de nous même le soir venu, surtout avec mon rhum couvant. Un matin, nous subissons une attaque foudroyante de moustiques, semblable a des moucherons. Silencieux et légers, ils nous mitraillèrent sans relâche, une heure durant. Seulement. Malicieuses petites bêtes qui passent sous les vêtements. Mais le constat est affligeant. Impuissant, j’en dénombre 62 sur le tibia le moins touché. Impossible de toutes les compter: 300, 400, peut être plus. Mon corps n’est que pustules. Un parcours éreintant donc, dans de beaux paysages certes, mais peu variés et nuageux.

Le debut du chemin a travers les cultures Rayon de soleil sur les montagnes  Le chemin a travers la jungle est parfois sinueux Paysage plus caillouteux, au fond d'une vallée étouffanteIl y a des endroits qui se passent de commentaires delicieuse vallée verdoyante

La montée de la mort Une superbe vallée, surplombée de glaciers

Et le 3ème jour, s’étend devant nous, dans la brise légère d’une matinée d’automne, le temple du Choquequirao. Un endroit secret au sommet des montagnes où vivait prés de 2000 incas.

Temples et maisons encore debout, 500 ans aprés La ville Inca Choquequirao Les ruines sont bien conservés, le site entretenu. Mais surtout, nous n’étions que 2 pour nous laisser envahir par la puissance de l’histoire. Personne d’autre. 2 hommes privilégiés qui lors d’un petit déjeuné bucolique ont pu prendre la mesure des peuples anciens. Ce jour là, nous avions rendez vous avec l’histoire. Un moment inoubliable bien que simple, intime bien que grandiose, de ces instants où l’on sait pourquoi l’on se donne autant de mal a y parvenir. Et la quête n’en est que plus belle.

L'équipe des Barbus et une mére et sa fille a Maizal La petite fille prend la pose Mais le principal intérêt de cette marche, c’est la découverte des péruviens. Une expérience immanquable. Ces gens vivent dans les montagnes, isolés ou regroupés en petits villages sans route, sans électricité, sans eau courante. La aussi, un voyage dans le temps. Les gens nous ont accueillis chez eux, dans des chaumières en adobe et en paille, où les habitants vivent avec les animaux autour du feu. Nous avons profité de délicieux plats en famille a Yanama, alors que les cochons d’inde couraient entre nos pieds sur le sol de terre. Où échangés d’exquis moments avec une mère et sa fille a Maizal. Je repense aussi avec affection a Mario, petit garçon muletier de 13 ans, qui nous a guidé durant la première journée. Au cœur des mémoires d’un autre temps.

 Avec Mario, bien plus utile que notre plan Dame attentive au campement de Santa Rosa Echange de sourires a Maizal  Une petite fille decidement trés curieuse Négociation sur les tarifs a 6h30 avec un chauffeur de taxi sympathiqueZobair surpris dans un petit moment de complicité

J’ai vécu cela avec émotion et sensibilité. C’est percutant. Il y a ici une simplicité limpide, naturelle, proche de la terre. Les jours s’écoulent a échelle humaine. La pauvreté ne fait pas pitié dans les montagnes mais elle se mut en simplicité enviable. Ces gens n’ont presque rien mais de quoi auraient-ils besoin ? La jeune enfant joue avec les porcs, les chiens et les chevaux sous l’œil bienveillant de la mère, filant la laine. Pas de télévision, pas de jeux vidéos, pas de téléphone cellulaire, pas de perversion d’aucune sorte. Juste une vie authentique dans un cadre mystique, sur la terre de leurs aïeux. Et si c’était cela la richesse ? Je vous raconte ceci avec émotion, une émotion qui ne me quittera plus désormais. Car on ne reviens pas intact de ces montagnes, on en ressort grandi et touché. Je ne pensais pas avoir accès a cela alors même que c’était précisément mon but.

Chaumiéres dans les fumées du matinNotre chambre, une cave humide ! La piece principale, la seule chauffée  Maisons typiques

Finalement, c’est au bout de 6 jours que nous arrivons à Agua Caliente, au pied du Machu Picchu. Nous avons pu écourté notre marche fatigante, ce qui m’angoisse moins quand aux délais de mon avion. Arriver dans cette ville après ces villages médiévaux, c’est un peu comme découvrir Las Vegas pour un berger du Larzac. Une ville construite pour les touristes, foisonnante de restaurants, de pancartes, de lumières, de cafés, de services, de souvenirs. L’accès au Machu Picchu est cher, rien n’est laissé au hasard dans la course a l’argent facile.

Agua Caliente Quand on arrive en ville aprés 6 jours de rando !

Nous nous levons a 2h30 pour prendre un des premiers bus pour le site car nous voulons gravir le Wayna Picchu, restreint à 400 personnes par jour.  Durant notre randonnée nous avons croisé 5 touristes en 6 jours et là, nous sommes des centaines a faire la queue. Nous repensons avec nostalgie à la quiétude du Choquequirao. Comme nous avons eu raison d’y aller. Finalement, après un suspense de longue haleine, nous avons nos places.

Le Matchu Picchu au levé du jourLe temple du soleil  Alors que le soleil fait une timide percée a travers la brume, nous découvrons la citée préhispanique la plus connue au monde. Indescriptible. Et ce n’est pas l’affluence presque offensante qui gâchera notre plaisir. Impossible de ne pas tomber sous le charme de cette cité. Mais plus que les ruines, plus que les prodiges technologiques, il y a le cadre. Je ne cesse d’imaginer le premier chef ou empereur inca qui découvrant cette crête s’écria: “Ici, nous allons bâtir une cité.” Aussi probable que d’affirmer que la Terre est ronde ! Nous flânons des heures durant, laissant l’inspiration prendre part à la visite. Il est de ces lieux où l’on sait pourquoi ils sont incontournables. Personne ne peut contredire cela: cet endroit est merveilleux.

 dans les ruines Le Wayna Picchu Vu d'ensemble du site Des images peu connues de la cité Parc central quelles brumes pour le mystere La suite s’énonce comme une fin. Je ne serais resté que peu de temps au Pérou mais j’ai réussi a en voir un bon aperçu. Très contrasté du moins. Nous rentrons sur Cusco et le soir même, j’embarque pour Arequipa. Je quitte Zobair avec affection. Nous avons vécu tellement de choses en si peu de temps. Celui qui n’était qu’un parfait étranger il y a quelques semaines et devenu l’homme de tout les défis. Le type associé a ces souvenirs si particulier. C’est ca aussi les voyages, vivre des choses exceptionnelles avec des inconnus qui sont liés a jamais a vos souvenirs. Une page se tourne, nous avons fait notre temps ensemble. Une bière à la main, nous trinquons a nos deux semaines d’aventures communes avant de nous séparer. Je ne sais pas si je le reverrai un jour mais on ne peut plus s’oublier dorénavant. Me revoilà seul face à un très long trajet, qui m’amènera jusqu’à Santiago du Chili, avant de m’envoler vers un autre continent…

Un maté, seul, au Choquequirao. Que demander de plus ? Un temps fort de notre amitier

Au dessus du monde

5 Mai

Bateau traditionnel sur le lac Titicaca Etonnamment, le trajet en bus entre Rurrenamarque et La Paz se déroule sans surprise. Nous y sommes en 18h comme prévus. A ceci prés que nous avons attendus le bus 6h. Quand même ! Depuis lors, je suis avec Marie, une québécoise joviale, comme tout ses compatriotes du reste. Rien que leur accent me fait rire. Nous arrivons à La Paz vers 12h et nous filons dans un petit minibus collectif bondé, déboulant a toute vitesse dans les rues pentues de la plus haute capitale du monde, à 3660m.

La Paz Il me reste 3 choses a faire avant de quitter le pays. Ici, nous ne sommes plus qu’a 100km de la frontière péruvienne. Tout d’abord, acheter quelques objets traditionnels et les envoyer en France. Nous excellons rapidement dans cette tache plaisante. Dans les petites ruelles pavées, à flan de colline, se cache des trésors d’artisanats.

La Paz Qu’il est bon de flâner dans cette ville chaotique. Il y règne une confusion et de nombreux paradoxes que seule une capitale donne a voir. On m’en avait vanté les dangers mais je n’y ai rien trouvé susceptible d’attiser la moindre méfiance. Jus de fruits pressés, empaladas, saltenas, cuisine traditionnelle pour des sommes modiques…Jusqu’au soir où nous nous rendons dans un bistrot, lors d’un concert andin presque caché. Une ambiance intime et amicale. Un joyaux d’inspiration.

Stand jus de fruit frais dans un marché. 1/2L de pur bonheur pour 0,70euros La Paz a flan de colline Puis la seconde mission s’annonce comme mon plus grand défi d’Amérique du Sud: l’ascension d’un sommet de plus de 6000m. C’est à ce moment que je rencontre mon premier véritable compagnon de voyage: Zobair, un garçon afghan avec qui j’ai eu immédiatement une grande complicité. Que de richesse, de compréhension, et de sérénité a son contact. Un type ouvert d’esprit malgré ses traditions, curieux, tolérant. De ceux que l’on pourrait montrer en exemple pour dire enfin: voila un afghan comme vous n’en avez jamais entendu parlé, voila un autre visage de ce peuple captivant à la culture millénaire, victime aujourd’hui d’une stigmatisation systématique. Je suis heureux, et honoré, d’avoir pu partager un bout de mon chemin avec cet homme attachant qui m’aura ouvert l’esprit et le cœur.

Zobair J’embarque Zobair dans mon expédition de 3 jours. Réussir n’est pas garantie, mais de notre duo ainsi formé, émane une force et un courage a toute épreuve. A ce niveau, l’altitude joue un rôle capital, déjà des 3000m. Elle altère nos capacités physiques, pulmonaires notamment, mais surtout mentale. Il fatigue, décourage, transforme vos nuits en courtes siestes successives, rendant tout mouvement pénible dans un froid sibérien. Mais nous nous sommes lancé ce challenge pour tester notre capacité de résistance et de détermination. 80% des chances de succès réside dans notre mental. Alors notre duo s’est transformé en une équipe soudée.

1ere vu sur le Huyana Potosi Derrière les vitres du minibus défilent les rues et les marchés de La Paz puis de El Alto. Le calme règne a l’intérieur, la pression monte. Apres un moment, notre guide s’arrête et nous découvrons la majesté de notre maitre, culminant a 6088m: le Huyana Potosi, recouvert d’un drap blanc immaculé. Je le défi du regard, mon esprit est partagé entre un profond respect pour ce sanctuaire et une volonté encore renforcé d’en arriver au sommet, si difficile soi son ascension. La première journée est dite “d’acclimatation”. A 4700m, nous nous baladons sur un glacier, apprendre les techniques de marche crampons aux pieds et tester notre résistance physique en nous initiant à l’escalade sur glace. C’est ludique et physiquement éprouvant. L’essoufflement n’est jamais loin.

Dans une position délicate, suspendu par la dragonne du piolé les flans de la montagne

Le lendemain nos allons au campement de base à 5200m, par un chemin facile de 3h. Le froid pique déjà. Apres une après midi tranquille, nous nous couchons vers 18h avant le début de l’ascension prévu vers 1h cette nuit. Nous dormons en réalité très peu, je me prépare a vivre une expérience décisive. La suite de mes aventures sera liée a cette réussite, ou a cet échec.

le glacier Notre objectif Alors que la nuit est sombre et froide, nous enfilons nos combinaisons. Concentrés. Lampe frontale visée sur le casque, nous fixons nos crampons. Je lève les yeux au ciel une dernière fois pour chercher une force céleste, et nous nous élançons vers les 1000m de dénivelé qui nous sépare du sommet. Nous sommes encordés, les pentes sont raides, le chemin est long. Ne penser a rien, rester concentré. Ne pas anticiper l’arrivé, ne pas vouloir aller trop vite. Juste se focaliser sur ses pas: un pied après l’autre, tranquillement. Le rythme imposé par notre guide est volontairement très, très lent. Ne pas s’essouffler, trouver sa respiration. Garder en mémoire tout ce qui peut donner du courage, tout ce qui est susceptible d’amener au dépassement de soi.  J’avoue ne pas avoir beaucoup de souvenirs de ce moment, juste des sensations. J’étais dans un état mental second où les mots victoire, détermination et volonté se démenaient sans cesse. Nous apercevons les lumières des autres groupes en file indienne, nous dépassons parfois des hommes à genoux cherchant un second souffle ou bien des gens vomissant le manque d’oxygène.

A chaque pause, nous nous fixons du regard avec Zobair, sans dire mot. Un regard profond, calme, déterminé. Puis une poignée à 4 mains chaleureuse tête contre tête, pour se transmettre nos énergies. L’échec n’est pas envisageable. Les muscles de nos jambes se tétanisent, nos yeux, nos bouches, nos pieds et nos mains gèlent, par -25°, 5 jours après avoir quitté la chaleur des forets tropicales. Les premières personnes commencent a redescendre, a bout de force, engorgées de déception.

A 80m du sommet, mes mains me font atrocement souffrir. J’en crie de rage. A partir d’ici, nous sommes sur une crête de 20cm de large, au dessus du vide. Aucune erreur n’est toléré. Ne pas glisser. La montagne ne sanctionne pas a demi mesure. Chacun de nos pas met notre vie en jeux. Le mal me gagne, mes organes se contractent, je sens que la panique s’empare de moi. Je dois stopper, au milieu de la corniche. L’altitude affecte mes capacités de jugement, ma vision se trouble un instant. Je veux redescendre. Cette idée me traverse l’esprit une fraction de seconde, comme une balle qui fuserait a travers mon crane. NON. Je me ressaisis, me concentre et pense aux gens qui comptent pour moi. Je ne peux pas échouer, pas si prés. Alors je relève la tête, je fais signe à Zobair que je suis prés a aller au bout. Il me mets la main sur l’épaule et je sens l’intensité de son soutien a travers l’épaisse combinaison. Chaque pas est une victoire…

Ainsi, après 5h d’ascension, nous arrivons au sommet du Huyana Potosi, à 6088m.

Notre victoire ! Il est 6h et il fait encore nuit. Nous nous écroulons, sans réaliser tout a fait. Puis dans le vent glacier qui balaie l’un des 6 sommets culminant du pays, les premiers rayons de soleil apparaissent. Immédiatement, il fait plus chaud et nous assistons a un levé de soleil unique, au dessus des nuages. Comme au dessus du monde.

 Une mer de nuage L'aube

Alors les yeux remplis d’étoiles, je retrousse ma barbe gelée pour esquisser un sourire satisfait alors que mes lèvres craquent. J’hume l’air comme pour emprisonner cet instant, au dessus d’une voluptueuse mer de nuage. Quelques secondes aspirés par ce spectacle, je me rend alors compte de ce que nous venons de réaliser et avec mon équipier, nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre. La victoire a une délicieuse saveur si prés des cieux. Nous sommes allés tout au bout de nous même. Nous avons gagné.

Cascade gelée En rentrant à La Paz, nous sommes exténués. Un mois après, je n’ai pas encore retrouvé totalement la sensibilité de mes orteils ! Nous reprenons des forces a l’occasion de jours féries.  Nous décidons alors de poursuivre notre route ensemble, jusqu’au Machu Picchu au Pérou. Je passerai mes derniers jour en Amérique avec Zobair, où nous avons tissé des liens forts durant notre ascension. Des moments intenses. Et c’est ainsi, alors que nous prenions un café, que nous apprenons ensemble, la mort d’Oussama Ben Laden. Une nouvelle occasion de partager nos idées.

Le lac Titicaca est une de ses nombreuses iles Et enfin, un dernier lieu a visiter, berceau des civilisations préhispaniques: le lac Titicaca, l’un des plus haut lac navigable du monde. Beaucoup de mythes et de légendes entoure ce lieu connu. A partir de ce moment, mes jours sont comptés et le rythme de mon voyage s’accélère. Plus le temps de s’attarder si nous voulons mettre a l’œuvre nos projets.

Copacabana Dans le bus qui nous y amène, nous faisons la connaissance d’une vieille dame étonnamment sympathique pour son âge. Agréable et rigolote, elle nous invitera a dormir chez elle, à Copacabana, et me fera mentir avec bonheur sur l’inhospitalité locale. Une meilleure impression. Les gens savent vivre avec peu de choses ici, cette rencontre est poignante, criante de vérité.

Isla del Sol Isla del Sol Des le lendemain, nous prenons un bateau pour l’Isla del Sol, un endroit sacré pour bon nombre d’amérindiens. En effet, le soleil naquit ici, de même que le premier empereur Inca, selon certaines légendes. Et dans une moindre mesure, c’est ici que finie l’histoire d’Estéban dans “Les mystérieuses citées d’or”. Je m’inspire de tout ceci lors de notre traversée. Un endroit que je connais depuis les films sur Marcel Pagnol, il y a fort longtemps, maintenant a ma portée.

des criques plaisantes des lumieres légendaires des collines verdoyantes des villages pitoresques Nous randonnons deux jours, du Nord au Sud. Le temps est clément et frais. Nous traversons de petits hameaux pittoresques aux allures de Sicile, de vastes collines et de jolies plages. Tout est si calme, si paisible. Il y a cette magie propre aux iles, ces mélanges surprenant. Le lac d’une eau bleu profonde s’étend a perte de vu. Il n’ a rien de spectaculaire ici mais l’on comprend aisément pourquoi il y a tant de mystères autour de ce site, tant l’ambiance qui y règne est apaisante. Il y a dans l’air une nostalgie ancienne, un quelque chose de vénérable. Et camper au sommet d’une colline abritée nous a permis de contempler un beau ciel étoilé. Une expérience sereine et salvatrice.

camping sauvage Rentré sur le continent, nous embarquons dans l’heure pour Puno, au Pérou. Dans quelques instants, nous allons passer la frontière. Je me suis attaché a ce pays malgré certaines difficultés sociales. Impossible de ne pas céder à la magie de ce charme andin, haut en couleur, et de ces paysages diverses à couper le souffle. On ne peut jamais tout voir, mais ici plus qu’ailleurs, j’ai cette frustration malicieuse d’avoir raté des choses. L’avenir est un long passé…

terre de superstitions