La porte bolivienne, royaume du surréel

5 Avr

Vallée de las Rocas L’extrême Nord de l’Argentine ressemble de plus en plus à la Bolivie au fur et a mesure que l’on se rapproche de la frontière. Une transition en douceur. La Quiaca respire la poussière et l’agitation des villes frontalières. Chaque pas est un peu plus dépaysant. Je découvre un autre monde, de l’autre coté du pont. Je lève les yeux sur le panneau frontalier en disant au revoir à l’Argentine, et je fais le pas suivant, celui qui ouvre une autre page. Je ne me retournerai pas. Je suis bien trop fasciné par ce qu’il y a devant. Après de longues mais faciles formalités d’entrées, je remonte l’avenue principale en direction du terminal. Je change mon argent dans un kiosque, sur le trottoir, comme j’achèterai une glace. Les passages sont étroits tant les rues sont pavés de marchands, de stands, de passants. Il y a cette ambiance, ce type indien, cette crasse, ce doux parfum d’Amérique Latine colorée. Ces premiers moments de découverte sont toujours marquant. Et j’arrive au terminal un sourire béat sur le visage.

Un homme heureux La encore, plus rien à voir. Le terminal est un hangars, les compagnies de bus ont des stands de bois au milieu des vendeuses de glaces, de saltenas, jus de fruits, briquets ou peignes. Et que sais-je encore. Une braderie permanente a ciel ouvert. Les employés scandent les destinations de bus à la crié et viennent m’aborder, ou plutôt se ruer sur moi. Dans cette merveilleuse ambiance chaotique, je monte dans un bus vieillissant, avec une cargaison de 500 kg de riz en soute et une secte de dame au chapeau melon sur les genoux.

Palette de couleurs au dessous d'une lagune 2h plus tard, j’arrive à Tupiza, un gros village. Je pose mes valises dans un alojamiento en face de la station et je découvre les joies de la Bolivie pour le voyageur européen que je suis. Dans ce genre de motel, je loue une petite chambre pour 2,5 euros la nuit. Pour la première fois depuis mon départ, je vais dormir seul dans un hôtel, pour deux fois moins chers qu’un camping en Patagonie ! Je sors rapidement pour ressentir un peu l’atmosphère de ce nouvel horizon. Premières flâneries, premiers marchés…premières impressions.

Kollpani, à 4250m Je m’apprête à visiter la région du Sud-Ouest de la Bolivie renfermant de merveilleux secrets, et pour cela, au risque de me trahir, je suis obligé de passer par une agence et d’acheter une excursion. Il n’y a pas d’autre alternative. Loin de m’enchanter, j’appréhende au contraire énormément. Mais je me renseigne auprès d’autres touristes, je vais voir plusieurs agences, je prend le temps de réfléchir avant de me décider, le plus tard possible.

Jeep dans le salar d'Uyuni J’embarque le lendemain avec trois autres français. Et les lieux que je m’apprêtais a voir nécessité ma langue maternelle pour les partager. Il y a Guylaine du Finistère, une petite bonne femme au caractère bien trempée d’une cinquantaine d’années, partie pour un an renouvelable. Anne et Adrien quand a eux, forment un joli couple de Parisiens et arpentent les routes des cinq continents en vélo couché. Un capital sympathie comme ils disent ! (cf lien) Sans oublier Martin notre guide jovial et attentif, et Joana, la cuisinière. Un groupe idéal, ou nous avons pu partager nos sentiments, et philosopher sur notre responsabilité de touriste envers ces peuples captivants.

2011-04-03 Jeu sur le salar (1) Merveilleuse Bolivie aux joyaux exceptionnels. Chaque moment nous apportait son lot de cadeaux. 4 jours de déambulation en Jeep au confins du Sud Lipez. Indescriptible. Les pistes malmènent le véhicule, traversant rivières et pentes douloureuses et nos logements de fortunes se contentent du minimum, sans chauffage ni eau chaude. Mais en a ton besoin lorsqu’on se nourrit de contemplation ?

Laguna Colorada Comment vous décrire ce que je n’avais pu imaginer ? Cette “aventura” fut une révélation. Depuis plus de deux mois, j’ai eu l’occasion de voir des lieux exceptionnels, de me laisser porter par un sentiment admiratif ou de me sentir inspiré par des endroits envoutant. Mais ici, c’est encore autre chose. J’avais l’idée d’une cascade avant d’aller à Iguazu, j’imaginais à peu prés que qu’était un glacier avant de me balader à El Chalten et j’avais anticipé l’aridité des plaines Patagonne avant d’en manger la poussière.

Montagnes nuancées Mais je n’avais jamais été préparé aux montagnes de multiples couleurs sur des centaines de kilomètres, aux bans de sables rissolant d’infinis nuances. Au bout de l’horizon, de prestigieux volcans écrasent de leurs majestés les déserts de gravas, déjà à 4500 mètres d’altitude. Ni les lagunes blanche, jaune, verte ou rouge n’étaient venues à mon esprit, ni les geysers aux vapeurs de souffre.

Laguna Colorada Laguna verde lac d'eaux chaudes Geysers Pas plus que la sculpture naturelle de l’arbre de pierre ou du désert de Dali. Voila un personnage tout trouvé pour décrire ce lieu. Regardez un de ses tableaux et vous écumerez un peu l’univers du Sud Lipez.

Lagune aux cimes enneigées colline à la roche rose Desert de Dali L'arbre de pierre 

Alors au dessus du niveau du Mont Blanc, nous nous sommes prélassés dans une source d’eau chaude naturelle. Une baignoire à température idéale, devant un paysage a couper le souffle.

Agua Thermales Incroyablement diversifié et très riche, on dirait que la nature s’est éprise d’un délirant artiste créatif mégalomane. Etonnamment, ce lieux préservé ne fait pas naturel tant il est unique. Les animaux qui y résident, ne font que renforcer ce sentiment: sous le flegme nonchalant des Flamands Rose, les vigognes élancées coursent élégamment les Nandous qui leur rendent le change.

Renard des sables Vigognes Flamands rose sur la laguna colorada Nandous Lors de ce doux rêve, alors que la nuit entreprit sa conquête, je fus absorbé par les plus beaux ciels étoilés de ma vie. Incomparable. La pénombre laisse place a des millions de points scintillant jusqu’à l’horizon. Comme sous un dôme arrondi. Ici, au royaume du surréel, il n’y a plus de place pour l’obscurité, la nuit n’est que lumière…

Apercu du ciel étoilé Durant l’expédition, nous avons traversé des villages perdus, ou les gens vivent simplement de l’élevage de Lama ou de la culture de Kinoa. Les maisons en torchis donnent un peu d’humanité en ces lieux parmi les plus difficile de la planète.

San Pablo de Lipez Ici, entre 3500 et 5000 mètres, impossible de cultiver quelconque végétal ou d’élever vaches ou moutons. Le moindre changement climatique, et le village tout entier est en péril. Comme il y a deux ans, où l’abondante neige fit dépérir bon nombre de Lama sans pâturage. J’aperçois aussi les premiers ravages de la colonisation espagnole.

ruines de village ruines de village

Un village mort, en ruine depuis des siècles après que ses habitants furent empoissonnés dans la mine d’or voisine. Ici sont mort les derniers Incas, exploités jusqu’à la faim. Consternant.

Levé de soleil sur le salar Les noms d’El Sillar, Licancabur, Arbol de Piedras ou Laguna Colorada nous amenèrent au spectacle final: le salar d’Uyuni. En lieu et demeure de cette ancienne mer intérieure, il n’y a qu’une étendue de sel de 12 106 km carré. La plus grande du monde.

exploitation de sel Avant de dormir dans notre hôtel de sel, notre charmant guide nous amena jusqu’à ce lieu mythique, pour le couché et le levé de soleil. Même l’affluence de touristes bruyants n’a pu dérobée la magie symétrique du salar.

Couché de soleil sur le salar Recouvert alors d’une fine couche d’eau, il reflète parfaitement le ciel, nous laissant contempler un spectacle sans horizon. L’absence  de repère donne presque le vertige. Depuis des jours, il est incroyable de voir comment les paysages changent radicalement en quelques heures et nous en prenons toute la mesure devant le salar.

Un camoin passe... Comme si une force aspirait l’horizon, le Ciel et la Terre se marient inconsciemment jusqu’à ne faire plus qu’un. L’impossible union de deux mondes se réalise sous nos yeux. Un moment qui n’a pas d’égal.

 Sel sechant en tas et leurs reflets Couché de soleil sur le Salar Aux dernieres lueurs du jour Aube Levé de soleil Un pique nique, ca vous dit ?

un instant

Je manque de mot pour vous le faire partager tant l’émotion fut percutante, mais je peux avouer secrètement, qu’aux derniers rayons de soleil,  je n’ai pu retenir une larme. Que le monde est beau !

 Jeu sur le salar

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3 Réponses to “La porte bolivienne, royaume du surréel”

  1. laetitia 27 avril 2011 à 06:23 #

    rewaouh waou waou, que de souvenirs encore en lisant tes textes, alors ce lever de soleil sur le salar?? il n’y a pas de mots effectivement….je me souviens aussi d’un pique nique sur le salar le dernier jour, c’etait merveilleux et toutes ces photos delirs….bref ce n’est que le debut de ce merveilleux monde bolivien!!!!! encore une fois, eclate toi, ouvre grand les yeux et ton coeur mais d’apres ce que je lis et vois tu le fais deja alors continue…..besotes

  2. Thesou 27 avril 2011 à 07:32 #

    Salam Willy
    A te lire de bon matin avant de commencer la journée donne des frissons tellement c’est beau, incroyable tes photos, pas besoin de rajouter des mots, tu sais très bien faire passer l’émotion, moi aussi je verse une larme et ok avec toi, le monde est beau…..
    j’ai vu récemment avec Christine le film « la Nostalgie de la Lumière » tourné dans le désert d’Atacama au Chili,sur la beauté du ciel et de l’au-delà….
    Merci de ce partage. Bisous. Thésou.

  3. STRUBI 27 avril 2011 à 14:31 #

    Que de beauté l’ami mais aussi quelles tragédies, de savoir ces villageois empoissonés dans une mine d’or, cette vision d’écaillage humain me laisse pantois, ces images horrifique me glace l’échine.
    Allez vieux taquin poursuis ta route jusqu’aux merveilleuses cités d’or, vers la tanière du soleil, là où les océans tombent, au bout du monde…etc

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