Archive | février, 2011

Parc Los Glaciares, le bruit du silence

27 Fév

Le Fitz Roy

Le parc du Torres marque un tournant dans mon voyage, un mois après le départ. J’ai pris des repères, je me situe mieux, le temps du rodage s’achève. Je monte dans un dernier bus pour repasser la frontière argentine mais ensuite j’abandonne le mode de vie auberges-bus pour celui de campings-stop.

stop dans les plaines patagonne

D’abord, pour mes finances car l’hébergement et les transports constituent les plus grosses dépenses et que je peux plus tenir le rythme. Mais surtout parce que je suis en manque de contact avec le pays: lassé des auberges communautaires pleines d’européens, ras le bol de ne faire que croiser les argentins sans pouvoir leur parler. Je ne veux plus traverser les plaines et villages derrière des vitres mais les arpenter. Je veux revenir de Patagonie avec une histoire, pas des souvenirs. En cela, le stop constitue le meilleur moyen de transport à mon sens.

photo prise a l'arrachée Je m’attaque maintenant au Parc national des glaciers, dernière étape patagonne, qui renferme de nombreux trésors. On y accède par deux villes différentes. Un samedi soir vers minuit, j’arrive à El Calafate, porte d’entrée de la zone Sud, vers le plus impressionnant glacier de la région, le Perito Moreno.

IMG_1598 C’est à ce stade que je rencontre trois françaises avec lesquelles je vais découvrir le parc durant 2 semaines. Elles ont le projet de suivre la cordillère des Andes durant deux ans, d’Ushuaia à Quito. De sensibilité écologique, elles se documentent sur la gestion des espaces naturels, complète la collection photographique des fleurs d’altitude pour un jardin botanique et vont à la rencontre de peuples autochtones. Mathilde, Sara et Cécile m’offrent une vision plus technique des parcs et des espaces protégés.(cf lien: incahuella)

Apero au mirador des condors Deux jours après mon arrivé, je me dirige vers le Perito Moreno, à 80km, en stop. Après 2h30 d’attente, une famille chilienne me propose de monter dans leur voiture. Nous sympathisons, et ils finirons aussi par me ramener avant que je comprennes qu’ils étaient mes voisins de tente !

Le Perito Moreno D’abord nuageux, le temps se découvre pour me laisser contempler ce colosse: 22 km de long, 4 de large et 60m de haut. Il est impressionnant par ses dimensions mais encore plus par son activité. En effet, c’est un des glaciers les plus stable du monde et son avancé constitue un spectacle incroyable. A seulement 200m, je peux observer les chutes de blocs de glaces et de tours entières dans l’eau laiteuse en contre bas dans un vacarme roque et cassant. Il en tombe plusieurs pas heure. Le son est plus marquant que la vue. La glace qui se rompt, les blocs qui dévalent les flans avant de tomber lourdement dans l’eau dans un raz de marrée. Une démonstration de puissance. Ceci étant dit, la facilité d’accès, l’aménagement des berges en grosses passerelles métalliques et l’affluence ne contribuent pas vraiment à l’émotion. Rien de semblable ici au glacier Grey, plus sauvage, plus authentique. Il fallait le voir, j’ai été content d’y aller mais le conditionnement sans liberté du touriste m’a quelques peu refroidi…

 

Le lendemain nous repartons sur la route. Nous constituons deux groupes de deux. Rendez vous à El Chalten, les derniers arrivés payent la bière ! Nous atteignions notre but après être monté dans un bus aménagé en boutique de matériel pour policiers et deux picks-up, en seulement 2heures de plus et 30 euros de moins que les transports en communs.

De la benne d'un pick-up Plus rien à voir avec le bus, c’est plus excitant ! Et je vous assure que voir défiler les paysages hypnotisant de Patagonie dans la benne d’un picks-up est une expérience aussi drôle que libératrice. Je me sens soudain vivant. Lors des derniers kilomètres, nous apercevons le majestueux  Fitz Roy, point culminant du massif donnant lieu à de nombreuses randonnées.

Le massif du Fitz Roy 8 jours plus tard, nous en avions fait le tour. De paysages variés en glaciers somptueux, nous avons vécu en pleine nature, au rythme du soleil, sans montre, sans notion de jours. Je me suis rapproché de ce coté authentique que je recherchais. Une petite centaine de kilomètres plus tard, j’ai pu observer de nombreux animaux: lamas, lapins ou aigles. Un couple de pic vert nous a laisser les observer à quelques mètres et au levé du soleil, lors d’un petit déjeuné bucolique, pas moins d’une demi douzaine de condors décollent au dessus de nos têtes. Magique…Seul le puma reste introuvable…

 

Les anecdotes sont nombreuses, notamment la fois où j’attache ma poubelle a un arbre pour la protéger des renards mais ce sont les aigles qui l’ont dépecée…par deux fois ! Et aussi, une certaine tendance a me faire dérober mes affaires par d’autres voyageurs. Au palmarès, un pot de succulent dulce de leche, un paquet de biscuit et ma lampe frontale ! Peu ennuyeux mais agaçant tout de même.

Nous avons marché sur des sentiers escarpés lors de montée éprouvante au bord de pentes glissantes, j’ai pu voir le glacier Viedma, le plus long des Andes, dans un panorama immaculé d’une étoffe blanche.

Le glacier Viedma et ses moraines Nous avons traversé une rivière glacée pied nu, contre le courant, et sans pouvoir marcher durant de longues minutes à cause de nos pieds insensibles. Grâce à la rencontre d’un guide qui nous indiqua un autre chemin, j’ai pu réaliser un rêve déchu: marcher sur un glacier. Sans guide, sans équipement, sans agence et sans danger. Nous nous baladions dans de douillets sous bois pour arriver à la mystérieuse Laguna Capri. Une étendue d’eau transparente, sans vent, sans bruit, sans interférence. Un silence impressionnant. Il prenait tellement d’importance que nous n’osions parler qu’a voix basse, de peur de profaner ce calme absolue. Et lorsque je tendis l’oreille, il m’a semblé, un instant, entendre le bruit du silence. Gouverné par El Chalten, la montagne qui fume, les dernières lumières de la journée, façonnent un étonnant effet miroir, un jeux de l’irréel, entre ciel et terre.

Effet mirroir

Si la météo a été plutôt favorable, les derniers jours à El Chalten sont pluvieux et froid. Il est tant de partir, vers le Nord. Mais je n’arrive pas à me détacher de ce rêve du nom de Patagonie. Il me reste 1200 km avant d’atteindre Bariloche et la région des lacs, avant de sortir ce cette région mythique. Mais en stop, tout est possible…

on avance comme on peut !

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Torres Del Paine, la révélation glacée

14 Fév

JEUDI 10 FEVRIER

Le massif du Torres del paine

Arrivé à Puerto Natales après une journée de bus et de nouveaux passages frontaliers, je m’octrois une journée de repos et d’organisation dans une auberge modeste et familiale tenue par des dames. Un bonheur de douceur et de tranquillité. Je sympathise avec Christophe un suisse et nous préparons ensemble la randonnée de 5 jours qui nous amènera dans le parc national Torres Del Paine, un autre domaine classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un havre de paix pour les guanacos (lamas), oies sauvages, pumas et autres condors. Ces deux derniers sont discrets et mes efforts furent vain pour en approcher, tout juste apercevoir la silhouette du plus grand des rapaces, au loin.

les vents faconnent la végétation C’est un endroit fabuleux battus par des vents violents. De prestigieuses montagnes et glaciers entourés d’immenses plaines à l’herbe verdoyante où paissent tranquillement les guanacos. Arrivé en bus, il nous a fallu ensuite prendre un bateau pour rejoindre le point de départ du trek. On pouvait déjà imaginer ce qui nous attendait la bas. Le parcours effectue un W entre les rochers, chapotés de neiges éternelles. 

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L’eau est d’un vert-bleu irréelle dut à la fonte des glaciers et les vents d’une force incroyable. Il faut beaucoup d’attention pour ne pas se faire déséquilibrer. Il faut le vivre pour le croire, lors d’une journée calme, ils se situent autour de 100km/h. Les conditions climatiques sont difficiles ici et camper n’est pas une toujours aisé mais la chance nous sourit et ce fut 5 jours exceptionnels que nous a offert dame nature.

Nous nous séparons assez rapidement avec mon petit suisse mais la marche est surprenante. Je longe un lac dans de petites collines aux sous bois dégagés et bucoliques jusqu’à apercevoir au loin, une merveille: aujourd’hui, je vous offre le glacier Grey ! 

Le glacier Grey

Durant plus de 3 heures je marchais avec ce mastodonte de face, chaque pas m’en rapproché un peu plus. Le campement juste au dessus donne un point de vue incomparable, une chance. Je me suis alors posé de longues heures en observant cette immense étendue de glace qui avance perpétuellement, en écoutant ses craquements et restant ébahie lorsque les blocs se détachent et tombent lourdement dans l’eau gelée dans un bruit assourdissant. Le couché de soleil n’a fait que compléter un peu plus la poésie et la force brute de la nature, un moment inoubliable à seulement 200m d’altitudecouché de soleil sur le glacier

Peut être manquait- il une certaine personne auprès de moi à cet instant. Je ne pensais pas voir ce genre de spectacle ici, je suis stupéfait. Il est difficile, même après plusieurs jours de définir les émotions à contempler un tel spectacle. Les mots qui viennent sont sagesse, beauté, simplicité, force, limpidité, nature, tranquillité, pureté, humilité. Il y a un ordre naturel, une cause a ce qui nous apparait. Il ne nous appartient pas d’en définir les contours, juste de s’adapter et de respecter. C’est un endroit où le songe se mut en rêve et il est facile de se perdre dans l’imaginaire d’une vue aussi inspirante.

le glacier Grey

 

Ce fut le premier jour, et le plus marquant. Ceux qui suivirent m’ amenèrent entre les montagnes, aux sommets de miradors d’où l’on peut contempler la baie. Au plus prés de torrents puissants, qui déversent des tonnes de glace fondue à vive allure. Proche des cascades, il fut agréable de se rincer le visage dans une eau limpide et froide ou de remplir sa gourde de ce nectar si pur et naturel.

 

Après 80 km parcouru, je clos cette aventure en me levant à une heure indécente pour arpenter de nuit les flans des fameuses trois tours et de contempler le levé du soleil. Un temps s’achève sur les plus belles couleurs. Cet endroit me repose et m’inspire. J’ai été aspiré. Déjà prompte à l’introspection, je trouve ici une force et une diversité qui m’encourage à continuer, encore.

Les 3 tours

Ushuaia, l’orgueil d’un homme

12 Fév

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Il s’avère que le rêve d’Ushuaia est bel et bien français ! Et l’émission du même nom y est pour beaucoup. De même que le gel douche, mais le rêve était plus…masculin dirons nous!  Cela dit, bercé dans mon enfance par ces reportages, émerveillé par tant de découverte, je ne pouvais pas faire l’impasse sur cet endroit mythique. Raccrocher un peu d’expérience à ce nom, empreinte de liberté sauvage et d’extrêmes de tout horizon. IMG_0665Nous sommes en Terre de Feu, au delà de la Patagonie, tout au bout de l’Amérique Latine, à quelques kilomètres du Cap Horn, si redouté. Savez vous pourquoi ce nom ? Il y a quelques décennies de cela, vivait en ces terres un peuple de l’eau, les Yagans.   Dans une organisation proche des éléments depuis des millénaires, ils arpentaient ces immenses étendues au climat extrêmement rude, nus, avec pour seule protection de la graisse animal. montage_1Lorsque les colons arrivèrent en ces lieux mythiques, ils distinguèrent en premier lieu les feux autour desquels les Yagans se réchauffaient. Ils l’appelèrent naturellement, Terre de Feu….Un nom qui fait honneur à ce peuple respectueux et organisé dont la fin fut, comme presque à chaque fois, tragique. Il ne reste actuellement qu’une vieille femme sur ces terres, dernière représentante d’une ethnie décimée.2627365954_def580a257 Brève d’histoire mise à part, Ushuaia est une ville à taille humaine reposante et calme. L’air y est frais, les rues paisibles. IMG_0670 Il fait bon vivre ici. Je m’y suis senti bien tout de suite. Sur les rives du canal de Beagle, de petites maisons en bois font face aux impressionnantes montagnes où repose les neiges éternelles. Une plénitude, une sérénité, nous sommes au bout du monde, dans la ville la plus au sud des continents, avant l’ innaxecible Terre d’Adelie.

Notre arrivé tardive ne nous empêcha pas de finir notre journée sur une nouvelle chance, celle de trouver une chambre de libre, pour nous 5. Cette étape venait de seller un groupe qui durera 5 jours avec Yves et Josiane les québécois, et JB et Jérôme les parisiens. IMG_0714 Nous sommes partis ensemble durant deux jours dans le parc nationale “Tierra Del Fuego”. Première randonnée, premier contact. Les paysages sont reposants, de tranquilles rivières coulent au rythme des vents, même s’ils nous épargnent pour l’instant. IMG_0792 Tout ici est modelés par ces souffles souvent puissant. Je retrouve une simplicité recherché depuis mon arrivé même si le parc est très aménagé.

Puis, après le départ de mes camarades, je suis monté au glacier Martial, à 8km d’Ushuaia. Là, des français m’avait indiqué une cabane perdue dans la foret qu’ils avaient construit. J’y suis resté une nuit, perdu. A cet instant je me dis: ” Personne ne sait où je suis…” IMG_0916 Mais au lieu de m’effrayer, cette pensée me libère et me ravie.  La marche, autour du glacier qui s’en suivit fut décevante. Je redescends en stop le lendemain et le réceptionniste de nuit de l’hostel où j’étais me prend, IMG_0941

 

ce qui me permet d’y rester la nuit, sans payer, avant le bus de 4h30, pour Punta Arenas au Chili. Je me dirige alors vers ma première vraie randonnée, sur les pentes du Torres Del Paine.

J’ai du mal à quitter Ushuaia. Parce que j’avais un gout d’inachevé dans la bouche. Je voulais me perdre en pleine nature mais je n’ai pu que me balader sur des allées organisées. Les autres sentiers sont peu connus des touristes et les agences les gardent précieusement pour leurs clients. Si je n’ai rien trouvé de fabuleux ou d’exceptionnel en ces lieux, ils ont cependant en eux la puissance, la beauté et la sérénité des endroits emprunt d’émotions. Ils m’ont inspirés le respect et l’humilité que chacun doit avoir envers la force des éléments. Et il ont forgés l’orgueil d’un homme qui est allé, tout au bout du monde.

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Jusqu’au bout du monde

2 Fév

Samedi 29 janvier

En Route ! Je pars de Buenos Aires mercredi. J’aspire a plus de tranquillité. Je voulais gouter aux joies des soirées argentines mais mon budget ne me le permet pas.  On économisera en Bolivie !

Mon objectif est d’atteindre Ushuaia. Mais la route est longue, et dans un premier temps je vais m’arrêter à Puerto Madryn. A Mi-chemin, aux abords de la penisula valdes. Une réserve classée au patrimoine mondial de l’UNESCO grâce à sa faune très riche. Elle accueille de nombreuses baleines durant une moitié de l’année. Si elles sont parties en décembre, il y a beaucoup autres choses à voir. Vers 12h, je monte dans le bus pour 22h de trajet.

Ils sont très confortables, spacieux et climatisés. les supers bus Rien à voir avec une cage à poules ! Le trajet passe plutôt vite entre les repas, la rédaction de mon carnet de voyages, des articles du blog, quelques cours d’espagnols et l’organisation de la suite du programme. Baroudeur, c’est un boulot à plein temps ! Les paysages sont désertiques et monotomnes.   Durant le trajet, je ne vois…rien. Des plainesLa pampa jusqu’a perte de vu et tout juste un village ou deux. Vers 8h30 le lendemain, j’arrive à destination. Le temps d’un petit café, et je repars pour Puerto Piramides, plus petit et au centre du parc national. 1h de plus.

Puerto Piramides Arrivé là-bas, c’est un dépaysement totale.  Je passe d’une agglomération de 13 millions d’habitants a 250 ! Je m’installe dans un petit camping familiale. ma maison Fini l’ambiance backpacker, ici il n’y a que des familles argentines, ce sont les grandes vacances d’été ici. Apres quelques glanages d’informations, je me cantonne vite à un périmètre très restreins étant donné que je ne fais pas dans les excursions, que je suis seul et que les distances ne m’offrent pas la possibilité de louer un vélo.  Tant pis pour les pingouins et les éléphants de mer. J’en trouverai plus tard sur ma route. Je me pose au bord de l’océan. Je rêve. au bord de l'ocean Et dire que c’est ma même eau qu’a Biarritz ! Le problème principal d’être seul, en dehors de se parler à soi-même, c’est que personne ne garde ton sac quand tu vas aux toilettes ou te baigner ! Au loin, grâce aux jumelles,  j’aperçois des formes sur la plages, je décide d’aller voir de plus prés. Sac au dos, je pars dans la pampa aride. Je tourne et retourne un moment, sous un soleil qui brule la peau. Puis, j’aperçois enfin ce que je suis venu voir.

Magnifique. Non pas un mais une colonie entière de lions de mer. Les Lions de Mer Je reste un moment a les observer au milieu de cette ambiance rugissante. Je me sens comme un gamin. Je rentre finalement au camping sans avoir parlé a grand monde mais heureux. J’échange quelques mots avec un gallois puis une argentine anglophone avant de dormir, à quelques mètres de la plage.

Du coup, je ne reste qu’une journée et des le lendemain je reviens sur mes pas et trouve un bus 3h plus tard pour Rio Galleros, plus de milles kilomètres plus bas, à la limite de la frontière chilienne.

Arrivé samedi matin, avec des amis français et québécois, nous  trouvons a l’arraché des places pour le dernier bus de la journée en partance pour Ushuaia, en comptant sur les annulations et les retards de correspondances. Une chance ! Mais nous n’avons aucune réservations dans un endroit très prisé des touristes. Nous sommes 5 et personne ne sait où il va dormir…

C’est ainsi qu’en 4 jours, a 3040km au sud de Buenos aires, après avoir traversé le chili, passée plus de 50h dans 6 bus différents, avoir franchi le détroit de Magellan en bateau et m’être fait contrôlé 7 fois mon passeport, que j’arrive a Ushuaia sans notion de temps, tout au bout du monde. En Terre de Feu…

Au bout du monde