Himalaya…mon amour

2 Nov

La chaine des Annapurna, Entre croyances et nature Une excitation, une effervescence et une certaine urgence me pousse a m’assoir dans cette mini voiture, un sac sur les genoux, un autre sur le toit et un compagnon allemand sur le siège arrière. Le jeune gitan porte un masque sur le nez et la bouche. Après une pétarade de noire fumée et des mots avec divers personnages, nous nous éloignons de l’aéroport, à l’embrasure du dédale de ruelles de Katmandou, 1350 m au dessus de la mer.

Tamel, quartier...touristique A chaque nouvelle arrivée c’est la même émotion qui surgit, a chaque nouveau pays, les premières minutes sont les plus riches de découverte, a chaque pas c’est un peu plus de réalité qui s’étale et me pénètre. A cet instant, tout n’est qu’inconnu, les bâtiments nouveaux défilent sans rien m’évoquer, des personnes passent sans jamais leur avoir parlé, les noms de quartiers ne retiennent pas mon attention. C’est l’univers de la première fois, du premier œil, de la première impression. C’est l’instant critique où mes préjugés de toujours se confrontent à la vérité du lieu. Peu de chose m’ont apporté une telle intensité. Parce que cette pulsion de l’œil neuf est incontrôlable, qu’elle dure souvent plusieurs heures et a ceci de remarquable que la puissance de sa bienveillance est partisane de chaque instant, que chaque toute petite chose banale et ridicule, apportant une satisfaction a votre curiosité qu’aucun livre ne vous inculquera jamais. Peut être aussi que la beauté de ce sentiment de lévitation qui ébauche avec autant de perspicacité le réel, réside dans sa nature unique et éphémère. Jamais, l’on ne retrouvera ce regard là, a cet endroit précis. Seule cette vision perçante est capable de regarder, ce regard libre de virevolter par delà la globalisation et les interprétations. Cette sensation jaillit et puis s’envole. Elle n’existe que dans le présent, dans la seconde singulière où le regard se pose. Elle ne vous laisse alors que la douce intensité d’une vie qui étend sous nos yeux les prouesses de la diversité avant de s’étouffer pudiquement.

Bouddha en centre ville Place de marché

A ce titre, Katmandou est une des arrivées des plus marquante. Ce petit taxi traverse les ruelles escarpées et très fréquentées de la capitale, sans que jamais nous ne puissions accélérer. Le soleil s’économise a mesure que nous traversons les époques. L’air est particulièrement chargé en co2 mais l’ambiance dégage quelque chose d’ancien, presque médiévale. La fraicheur me libère de 3 mois de chaleur accablante. 2h de rodéo à travers les bouchons ou les marchés, respirant les gaz d’échappements, ou frôlant du capot de vague personnage s’exprimant a cette occasion avec véhémence. Certain marchands doivent ranger leurs étalages pour bous laisser passer, certaines vaches demeurent impassible au milieu des chemins, nos roues frôlent les sacs d’épices, des cochons reniflent un caniveau bousculer par un rickshaw, les gens tapent sur le capot, cris, s’engueulent, gesticulent dans un bazar sans nom. Et moi, je souris a ce nouveau monde, me laissant guider dans un univers radical, loin de la pudeur de l’Asie du Sud-Est. Mon chauffeur m’apprend qu’il n’y a aucun code de la route au Népal. Ca ne me choque plus mais me fascine.

Un mendiant trés sympathique Vendeur de colliers de fleurs

Ces premières heures concrétisent a merveille mon désir de changement. Je me sens léger, poussé par une multitude de possibilités. Dans la fraicheur nocturne, je trouve un petit restaurant qui deviendra bien vite mon repère avant de passer une nuit calme, où les rêves s’emmêlent.

Place du marché, coin taxi rickshaw Maisons dans la vieille ville

L’organisation d’un trekking occupera mes premiers temps. Mon rêve est de voir l’Everest. Je glane des informations sur les parcours, les durées et les prix. L’industrie du trekking me propose de nombreuses prestations et d’ailleurs dés mon réveil, puisque sur le toit de l’hôtel, je déjeune avec un patron soucieux de pervertir un nouvel arrivant, entre un soleil agréablement doux, un air merveilleusement frais et le svastika, symbole cosmique millénaire, connu par chez nous comme la croix gammée. Mais ces népalais ont une façon tout a fait agréable d’organiser une conversation en dialoguant de façon personnelle, autour d’un thé ou autre mets du pays. Plus ou moins légaux d’ailleurs.

Un couturier en exil... Le choix n’est pas facile, les prix moyennement attractif, les formules nombreuses et la fréquentation des itinéraires parfois impensable. Ainsi, c’est 400 touristes/jour qui arpentent les chemins parfois dénaturés du fameux Tour des Annapurna. Une option qui ne me convient guère malgré la flagrante beauté du lieu. Un site magnifique me parlera-t-il tout autant avec une foule de personnages déferlant autour de moi ? Je n’en suis pas sur. Quand à l’Everest, la randonnée sans avion dure 24 jours. La location du coucou quand a elle augmente de façon substantielle le prix de l’activité. Alors, au calme dans cette cité qui m’amuse, je détermine ce qui est important pour moi et décide d’aller dans le Nord du pays. La région du Langtang  est parait-il superbe, d’une fréquentation 10 fois inferieur aux Annapurna et d’un prix raisonnable. Ainsi 3 jours après mon arrivé, j’embarque a l’aube dans un bus local pour un trajet mémorable, accompagné d’Asta, mon guide.

Termilae de bus a Katmandou Dans les premières lueurs de la journée, cette rue-terminale de bus est un vivier d’hommes et de femmes de tout bord, dont les activités et les costumes sont digne d’un article a part entier. L’organisation ici plus qu’ailleurs est inexistante et Asta, heureusement très attentif, parvient a trouver le bus et plus délicat, une place. Le désordre est total et les locaux habitués a ces transports anarchiques ne pensent qu’a leurs propre fesses. Même les précautions dut a l’âge de certains passagers sont oubliés aux profit du “confort” personnel. Ainsi, une vieille mamie peinant a s’assoir est reconduite sans égards, les touristes se défendent comme ils peuvent pour grappiller un bout de sièges dans l’indifférence générale, les enfants se vautrent sur leurs parents et je me retrouve derrière le chauffeur sur un tabouret fait pour un marmot de 5 ans. Comptant alors pas moins de 8 personnes me touchant d’une façon ou d’une autre, le bus démarre dans une promiscuité anatomique sans égal.

Arret pipi en chemin sur une route encore en bon état Les places sur le toits sur les sacs, me semblaient séduisante jusqu’a ce que mon guide se fasse faucher par un câble électrique durant que son voisin moins chanceux tomba 3 mètres plus bas, s’ouvrant le crane sur le chemin caillouteux, au dessus d’un précipice. Ainsi se déroula ce trajet de 12h, sur des routes qui n’en sont pas, au dessus de ravins sans fond, entre les pieds puant d’un compagnon paysan et la morve d’un ado se reposant sur mon épaule. Les douleurs récurrente au différent niveau de mon dos m’ont poussé, non avec une certaine fierté, a décerner a ce transport, la palme du pire trajet de mon voyage, au sein d’un classement déjà de bon niveau. Mais rien n’égal le contact des transports collectifs bon marché lorsqu’on veut se mêler a une population. Ces moments là valent de l’or, bien que l’inconfort soit véritablement une épreuve physique.

Un delice Une mer de nuages 9 jours de trekking dans les montagnes de l’Himalaya, sans routes, sans voitures et sans bousculade. Un délice pour les oreilles, une régénération pour l’esprit. J’ai tant désirer ces montagnes qu’elles me semblent déjà familière. Nous grimpons entre de petits villages de pierres, les porteurs et les mules, les the-house pittoresque, et les cascades glaciales des hauts sommets du Tibet. A cette latitude, le paysage change de façon radical. Une sorte de jungle tropicale se développe jusqu’a presque 2000 m, puis celle-ci se transforme en foret de conifères longilignes, aux couleurs de mousses et de lichens. L’air se fait plus frais, la chaleur du feu de bois devient plus essentielle.

village giteLa fonte des neiges eternelles tibetainesFin progressive de la foretPorteurs.

Encore l’escalade, les forets s’étirent, se clarifient pour laisser de vastes plaines embrasser les plus hauts sommets alors a peine visible. Les étendues d’herbes fraiches deviennent alors plus aride, brulées par le froid et le vent. A plus de 3500 m les parois de la vallée ne sont plus que des amas de cailloux noirs, le vent balaye d’un air glacial l’épaisse fourrure des yaks tandis qu’une brume légère monte timidement, recouvrant bien vite les cimes voisines.

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Dans cette béatitude naturelle, j’aime m’isoler. Me perdre un peu plus loin, écouter le paysage m’offrir ce dialogue secret d’un ordre naturel évident et laisser mon esprit se vider de notre dénaturalisation.

 des flans de collines pelés

Mon temps alors, gravite autour de la course du soleil, et me renvoi comme un condensé d’essentiel, un sens profond du présent: sans envie, sans ambition et sans névrose. Juste une beauté disponible dans la plus grande simplicité. Le sens profond de nos vies n’est peut être pas caché, il s’étend tout les jours devant nous sans que cela ne retienne aucune attention de notre part. Voici une chose qui m’a poursuivi de nombreuses années.

calme et envoutant

Il y aurait tant a dire. Tant de chose a faire partager. Tant d’expérience a transmettre. Les descriptions de paysages pourraient m’inspirer nombre de lignes, l’ambiance des villages, l’accueil des népalais mériterai qu’on s’y attarde. Dans la pluralité de ces circonstances, les rencontres d’autres touristes ont changé a jamais ma façon d’aborder certain sujet.

Le Cherko Ri, 4984m Il y a cette ascension difficile du Cherko Ri à 4984m. Arriver au petit matin au sommet d’une montagne plus grande que le Mont-Blanc, du pain et du fromage de Yack dans une main et un thermos de thé dans l’autre, et constater que même a cette hauteur les montagnes vous dominent, minimalise notre narcissisme existentiel tout en recentrant l’esprit sur la beauté simple, naturelle, originelle oserai-je dire. Il m’apparait alors que l’écologie est une question centrale de notre monde: pour préserver nos ressources bien sur, mais aussi afin de se réapproprier un des chemins spirituel de l’essentiel et de l’émerveillement.

De jolies formesMeme a 5000m les montagnes dominent. Au fond a gauche: le Tibet

2 jours plus tard, sur une crête plus sauvage du coté de Laurebina, des sons m’interpellent alors que je dine, blottit contre un poil, dans ce gite familial où je suis seul. Avec l’aide d’Asta, je pénètre avec précaution dans une petite maison en contre bas. C’est exactement l’idée que je me fais d’une taverne, avec une vingtaines de personnes, des tonneaux et du bois. Il m’annonce auprès d’un doyen au centre de la pièce, prés du poil. Celui ci se retourne et me demande de m’assoir prés de lui avant de m’expliquer que j’assiste a l’enterrement de son frère. Une cérémonie des morts en fait. 3 jours après le décès, les Lamas viennent chanter les louanges du défunt et lui montrer son nouveau chemin. Car le mort ne sait pas qu’il l’est.

La petite maison au dessus des nuages

Je suis très gêné d’avoir ainsi percé l’intimité de cette famille. Mais eux, sont honoré de ma présence. Les prêtres bouddhistes chantent des psaumes, agitent des clochettes dans une épaisse fumée de bois et d’encens. Puis des fagots de bambous sont enflammés. Tout le monde se lèvent et s’affairent. Je m’isole dans un coin sans comprendre cette soudaine agitation. Alors, dans un cortège de flammes, d’ombres et de braises, un autel est enflammé et les hommes le sortent a bout de bras en hurlant. Ils traversent la plaine avant de disparaitre dans l’épaisse noirceur d’une nuit sans lune. Un instant burlesque et touchant que de voir ces gens forgés par l’expérience, se compromettre dans ce jeu d’enfant. Nous n’avons alors plus le droit de sortir afin d’empêcher une probable possession de l’âme, jusqu’a ce que nous trinquions joyeusement à l’alcool de riz chaud. Une expérience hors du commun.

Laurebina, 3950 m

Quelle chance d’avoir pu assister a cette cérémonie et quel sens du partage. Il fut passionnant de vivre une tradition que je n’avais pu que lire. Beaucoup de superstitions, de rituels et de soumissions. Mais ce qui est certain, c’est de voir avec quelle dialectique ces gens abordent la perte d’un proche. Il y a une acceptation de la mort comme élément essentiel de la vie. C’est une sorte de libération ou le commencement d’une nouvelle étape. Pas de pleurs ici. Aucune place pour la tristesse. Naturellement, ces gens doivent avoir du chagrin. Cela dit, il s’en suit une célébration pas un enterrement, dut moins pas dans notre sens catholique du terme. J’ai alors eu la sensation que nos rituels chrétiens consistaient a accentuer encore la tristesse que l’on avait, en maintenant des notions d’inconnue et de tabous. Leurs visions m’a offert, sinon une meilleure compréhension, au moins une preuve de la ferveur que peut susciter la mort dans les hautes montagnes de l’Himalaya.

La danse des nuages Je contemple une nuit étoilée en décryptant ces expériences. Nous sommes loin des enseignements du Bouddha dans ces montagnes. La encore, la religion a dévié de son aspiration centrale. Néanmoins, elle offre a ces gens la philosophie nécessaire pour vivre pleinement la mort, alors même que notre occident essai d’y échapper.

paysages de haute montagne

Je suis pleinement satisfait de cette randonnée. Ces montagnes sont réellement impressionnante et l’atmosphère qui s’en dégage m’apaise et me ressource comme nul autre endroit. Je rentre sur Katmandou heureux, en ayant conscience du chemin qu’il me reste a parcourir avant d’être capable de me réintégrer en France. Une nouvelle phase vient de s’amorcer.

Ma toute premiere vue des Himalaya

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Le jongleur sans boussole

20 Oct

Au dessus de Muang Sing, au Nord du Laos.

Je traverse une nouvelle frontière terrestre. Me voila au Laos sans sortir du bus pour le contrôle, tout en payant un petit bonus à ces messieurs militaires, monnaie courante ici. Les 12h de bus ont ainsi défilée que je n’ai pas sorti le nez de mon bouquin. Mon esprit errait du coté du passage Kleber au Pakistan alors que mon corps se dirigeait vers Pakse, dans le sud du pays.

quelqu un a dit brochette ? 1, 2…..3 et je me lance sous des trombes d’eau par une nuit sans lune, dans une ville sans phare. Je nage jusqu’aux chevilles et cherche mon chemin en soulevant ma capuche, aussitôt remplie d’eau. Enfin je m’abrite, il est 21h, tout est noir, humide et vide. Première vision du Laos. Bienvenue.

Un ravitaillement a domicile lorsque le bus s'arrete quelques instants brochettes de poulet, d'oeufs, de patates mais aussi de petits oiseaux et de chauves souris Finalement, tout se passe beaucoup mieux. C’est une étape intermédiaire, histoire de couper le trajet, prendre un peu de temps. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues, tout est beaucoup plus calme qu’au Cambodge. L’avenue principale est bien large pour contenir le maigre flot de moto. Un petit marché peu animé, des rues implacablement sombres et sans vie. Je me détend néanmoins et trouve le temps d’écrire. Seul, a nouveau.

Puis la grande remontée vers le Nord. Formidable bus couchette jusqu’a Vientiane, puis 14h acrobatique dans un bus local pour arriver a Luang Prabang, a 4h du matin, après avoir crevé deux fois et ramasser plus de personnes au bord des routes qu’un car scolaire. J’ai appris a dormir la tête droite cette fois-la, mais je n’arrive toujours pas a fermer la bouche…

Luang Prabang Le petit paradis des montagnes du Nord Laos aurait pour charmante base cette citadelle. Mais je ne m’y sens pas très a l’aise. On dirait un village des Alpes, tout y est très chère, les gens moins agréable. Je me renseigne pour une randonnée, du kayak ou une location de moto. Jusqu’a 60 dollars par jour ! Trop cher pour moi. Après deux jours, je passe ma route, toujours plus haut. Jusqu’a  Muang Sing.

Paysage de jungle au debut de la route Je préfère de loin cet endroit et m’y installe avec un couple d’allemand, compagnons d’une recherche de lits. Le marché de nuit offre toute une diversité de nourriture succulente, comme la salade de Papaya, le poulet rôti ou des brioches.

Une soupe de noodles pour le dejeuner (1euros) sur un marché, avec un remarquable choix de sauces. Adoucis par des prix plus raisonnable, je loue un scooter pour deux jours, sans trop savoir où aller, un baluchon sous le bras. A vrai dire, pour l’instant, le Laos m’ennui. Je n’y trouve pas mon rythme, mon intérêt. Je reste toujours seul. J’espère que cette excursion  va changer la donne. Je déboule sur les routes goudronnées et montagneuses, une fois n’est pas coutume. Je me rappelle mes jeunes années d’aiglons de la route ardéchoise. Je passe un col dans la brume, puis la vallée s’offre a moi. Des cultures a perte de vue, quelques collines…des hectares jaunes et vert qu’un ciel menaçant vient contraster.

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J’arrive enfin au village, a 10 km de la frontière chinoise. Je profite du marché, je trouve une chambre au dessus du restaurant de la mamie rigolote et j’enjambe mon bolide vers la campagne, a l’instinct. Sans savoir quoi chercher

petits lac au dessus des montagnesun coin charmant et coloré

La route n’est pas facile, je tourne au grés de mes envies, m’arrête prendre des photos. Et d’un coup, je débarque dans un hameau de bout du monde: chez les Akhas, une minorité ethnique de cette région frontalière enclavée. Je ralenti, je vois des enfants qui jouent sur la place a gauche. Après un bosquet a droite, je tombe sur 3 dames se toilettant seins nues dans la fontaine. Je coupe les gaz prudemment au milieu du village. Des centaines d’yeux m’observent. Des mamans donnant le sein, des enfants en haillons, des chasseurs en machettes. Mes saluts ne trouvent pas de réponses sinon une intensité de regard difficile a comprendre. Méfiance, peur, reproche….La tension est palpable, les sourcils se froncent, j’hésite a repartir.

Le village Akhas, photo prise furtivement et sans personne Finalement, je m’assoie contre un arbre et consulte une brochure, comme pour retrouver ma route. Petit a petit, comme des oiseaux prudent, tout ce petit monde s’approche, se tortille, et finalement, ose se tenir face a moi. Un jeune d’environ 13 ans semble moins effrayé, je lui tend ma brochure. Et grâce a ce bout de papier, alors qu’aucun langage ne pouvait nous rapprocher, cette publicité devint le catalyseur qui nous permit de communiquer durant 20 petites minutes a travers quelques mimiques. Les enfants étaient captivés par les photos vantant leur région, cherchant le nom de tel ou tel endroit. J’étais fasciné moi aussi. Ces gens vivent loin de tous ce qui ressemble a notre monde. Les gosses sont de vrais morveux a moitiés nus, les femmes mal fagotées mâchent des brindilles semblable a du blé, les hommes sévères, restent en retrait. Les adolescents sont les plus  facile d’accès. Je me sens à la fois curieux et gêné, d’autant plus que malgré notre proximité d’alors, aucun de ces enfants ne m’a jamais sourit. Une fois le temps de la brochure usé, tout ce petit monde se dispersa, et me laissa seul au milieu, le casque en bandoulière, sans qu’a aucun moment la barrière n’eut rompu.

Scene du marché de Muang Sing Infranchissable tradition ! Il y a comme cela, des expériences que l’on considère comme difficile mais qui redonnent une épaisseur à la réalité. Se fracasser ainsi sur les murs d’une culture sans aucune arme pour la détourner, procure une sensation désagréable mais au plus prés du réel. C’est la première fois où je me sens impuissant a ce point. Certains de ces villages ne connaissent la vie “mondialisée” que depuis les années 2000. Et a bien y réfléchir, il est certainement plus judicieux pour eux de se méfier des blancs qui déboulent en scooter sur leur pelouse.

balots de paille et barriere en bois

Après ces deux jours de vagabondage, j’entame le très  très long chemin jusqu’a Bangkok, où je dois y faire mon visa indien et prendre un avion: dans 11 jours. J’ai toutefois le temps de recroiser une connaissance du Cambodge avant de partir, qui passe la frontière chinoise, pour rejoindre le Népal par le Tibet, a travers le Yunnan. Un vieux projet, une chouette idée…un prochain voyage.

Ou méne cette route ?

En fait, je le sens déjà, a ce moment j’erre plus que je ne me dirige. J’ai perdu cette intensité, ce relief qui transforme chaque sortie, chaque repas comme une porte ouverte sur un échange. Non, les jours s’écoulent lentement et je profite de ceux ci à la manière d’un crustacé, ouvrant tout juste sa coquille pour voir sans être accessible complètement. Je rêve de montagnes dorénavant. Je sens que mon temps est révolu en Asie du Sud. Je me prépare a arriver au Népal avec une grande impatience. Je sais dorénavant que rien n’égal les splendeurs des cimes enneigées, surtout lorsqu’il s’agit des sommets les plus hauts du monde. L’Himalaya m’obsède…

étale de pates, prés de la frontiere chinoise Pimentez donc vos plats ! n ayez pas peur.... Une soirée a Vientiane accompagnée d’une mexicaine me marque par son bazar en pleine rue. Une sorte de kermesse. Une foire des années 80 avec shampoing familiale ou lessive a bas prix scander par les speakers et fête foraine !

Une frontière sombre, une attente de plusieurs heures, un voyage de somnambule et une arrivé à Bangkok, vers 5h du matin. Encore. Je me débrouille mieux que la 1ère fois et trouve une petite chambre sans fenêtre pour pas trop cher dans le ghetto touristique. Sans rire, le “Ghetto”! Ca fait rêver…  Je fais ma demande de visa, j’ai 5 jours de rab. Je saute dans un bus.

Une des rares photos de Bangkok Je les passe au vert, dans le Kanchanaburi, a 3h a l’Ouest. Je me détend et reste dans mon monde. Je passe mes journées a lire, me faire masser, manger et surfer sur le net. Je m’approche du pont de la rivière Kwai tout de même, site stratégique de la seconde guerre mondiale, histoire de voir. Sans conviction particulière.

un acceuil trés western version Disney Land LE fameux pont de la riviére Kwai Le rythme de mes journées est lent, je prend le temps de tout faire, tout a fait détendu. Et je me fais plaisir en restant au calme, m’alimentant correctement, prendre le soleil. Rien d’extraordinaire, des choses simples. Et puis, un massage Thai par jour aussi, histoire de se tonifier. On est plus prés des prises de lutte que du massage en douceur, mais ce qui est sur c’est que l’on ne s’endort jamais ! Dans l’heure qui suit on se sent bien, mais les pressions sur les points énergétiques n’est pas a proprement parler “agréable” !

 Des massages dans tous les coins de rues, n'importe ou. Ici au Canbodge

Beaucoup de kilomètres sans grande intensité ces 3 dernières semaines. Finalement, j’ai sauté de ville en ville sans trop savoir quoi chercher. A dire vrai, j’étais déconnecté de la réalité. Je restais dans mon monde, dans mes livres, sans m’approprier le réel. Je préférais façonner mon univers plutôt que de me nourrir de ce monde. Il était le décor d’un mouvement de pensée intérieur. Peut être aussi, faudrait-il avouer une certaine lassitude, une fatigue chronique du mouvement, une usure du sublime. Je suis allé très loin dans la solitude, au point même, de ne plus pouvoir rechercher qu’elle.

De retour à Bangkok, je récupère mon visa indien. Je peux alors organiser la suite de mon voyage, sceller mes dernières étapes. J’hésite entre plusieurs destinations, je n’ose pas prendre cette décision qui me ramènera en France. Le temps d’un vertige, je me revois acheter mon 1er billet vers Buenos Aires … et je décide de me rendre la où tout a commencé, jusqu’au berceau de l’humanité, pour clore ce chapitre de ma vie. Le royaume de la reine de Sabbat, de Lucy le premier hominidé et de l’Arche de l’Alliance sera mon dernier pays. Mon Afrique sera éthiopienne. Je sais alors que j’atterris à Paris le 20 janvier 2012. J’ai une date de retour. C’est le tournant des 3 derniers mois.

Ma maison aéroport silouhette  portative, Bangkok

J’en veux Angkor

29 Sep

Le Bayon, Un des temples d'Angkor Kim nous ouvre les portes de sa maison. C’est une belle villa dans un quartier résidentiel surveillé de la capitale. A chaque étage, une chambre spacieuse avec salle de bain privée, agrémentée d’ustensiles a usage unique, provenant tous d’ hôtels. Les lits matrimoniaux pourraient faire dormir généreusement 4 personnes, comme souvent au Cambodge d’ailleurs. Les plafonds sont hauts, les murs d’un blanc religieux avec quelques tableaux asiatiques de bon gout, dans un ton général très épuré. Nous nous regardons avec Eadaoin, tant de luxe et de propreté nous surprenne après le hamac dans la jungle et l’éléphant sous la pluie. Nous allons même pouvoir prendre une douche chaude. La première depuis presque 2 mois ! Nous dinons tout les 3, comme des hôtes de marque. Kim, trop heureux de nous recevoir, est au petit soin. Il prend même notre programme en main afin d’être sur que nous profiterons au mieux de sa ville bien aimée. Ce contrôle brutal désappointe un peu les 2 baroudeurs que nous sommes, mais l’intension est tellement généreuse et bienveillante qu’il ne saurait être question de lui en tenir rigueur.

Le marché central Vue du restaurant sur la capitale 

Il nous emmène au musée national. Nous flânons dans des galeries de peintures qu’il affectionne, dans les dédales du marché central avant de nous inviter à déjeuner dans un restaurant luxueux, au sommet d’un immeuble, dominant la ville à 180 degré. Un véritable sens de l’accueil. Il invite des voyageurs inconnus comme cela depuis des années et n’a jamais eu aucun problème. Un vieil adage me revient à l’esprit: Ne jamais douter de la gentillesse des gens.

central market Jardin du musée national Et le grand moment arrive. Kim insiste pour m’accompagner à l’aéroport chercher Blandine. Cette amie depuis maintenant 5 ans est la dernière française vu au pays, il y a 8 mois. Nous avons toujours eu des débats passionnants et nos parcours sont rigoureusement opposé. Cela dit, son sourire communicatif et l’affection réciproque ont toujours eu le dernier mot. Tout ceci rend  son séjour à mes cotés d’autant plus intéressant. J’ai hâte de voir comment se déroule les choses. Je sais qu’elle est une personne facile a vivre mais l’habitude de voyager seul, de me perdre dans mes songes, et de m’imprégner des lieux ne sera t-il pas un obstacle ? Ai-je beaucoup changé ? C’est tout l’enjeu de ce bout de voyage, après l’évident plaisir de partager la route avec une amie.

scene de vie dans la capitale un moine et son ombrelle, sur les grands boulevards Nous arrivons en retard, elle attend tranquillement sur le seuil, on se voit, on se sourit et on s’embrasse. Je ne viens pas de retrouver un compagnon de route mais une amie. Cette imperceptible sensation de complicité vu de l’extérieur, procure une rassurante chaleur intérieure. Pour un temps, je ne suis plus seul. Alors, nous slalomons en Tuk-Tuk nocturne dans les avenues brulante de Phnom Penh, commençant une discussion qui finira 14 jours plus tard.

un des nombreux marchés de la capitale Le lendemain, nous flânons dans les marchés de la ville à la découverte du pays, des gens, des bruits et des odeurs de l’Orient. Nous parlons sans cesse au milieu des étales, les yeux remplis d’une curiosité sans cesse sollicité. Quelle surprise de la voir ici ! Plus loin, il y a eu aussi cette visite pesante de la prison S-21, celle où 20 000 cambodgiens innocents trouvèrent la mort après d’insupportables tortures. Il y a seulement 36 ans.

interieur d'une cellule un batiment conseils aux voyageurs  une ambiance...qui en dit long

Une alchimie dont seul les voyages vous font grâce réuni pour le diner 6 personnes dans un restaurant chic, de 24 à 76 ans, de 3 nationalités différentes, avec des parcours totalement opposés. Nous échangeons autour d’une grande table ronde parfumée des mets du pays, nous parlons français, nous buvons de la bière, un concert en fond de terrasse. L’un est chimiste, l’autre psychologue: une banquière, une travailleuse sociale, un cameraman et un linguiste a multiples casquettes. Des discussions de qualités mélangeant les genres, comme les ingrédients d’un plat que l’on sait savoureux. Une porte ouverte sur des hommes d’expériences, contemporains, laissant entrevoir différents niveau de responsabilité. Des destins forts dirons-nous. Les mots sont lâchés: linguisme, Mexique, ONU, aventure, prison, recherche, origine, mission, ethnologie, histoire… Des gens que l’on aurait eu du mal a rencontrer dans d’autres circonstances et qui en fait, constitue les éléments hétéroclites d’un tableau homogène. Le meilleur bureau d’orientation ne se situait donc pas dans les institutions, mais autour d’une table de restaurant en Asie un mercredi soir, où d’atypiques récits de vie flattent les espoirs d’un jeune en quête de renouveau. Et un cognac passe. Un doux parfum de France.

Kim, 76 ans  (pas de photo de jean marc, 60ans)  Eadaoin, 24 ans Blandine et moi, 26 ansThearom, 25 ans 

Et c’est le premier départ pour Blanblan, vers le joyaux architectural khmer du pays , au 2 millions de visite annuelle, la fierté d’une nation: les temples d’Angkor.

comme si vous y etiez... Angkor Wat, temple principal Et nous partons sur les chemins..…à bicyclette…..lors de 2 journées de découvertes splendides, vadrouillant a vitesse humaine. Le site n’est pas une ville restaurée, ce n’est pas un amas de vieux temples a peine visible, mais un jardin de 400 km carré, dans la campagne de Siem Reap, parsemé de forets, de rivières, de petits hameaux, de buffles et de rizières. Puis ca et la, parfois caché par la végétation ou alors arrogant depuis l’horizon, se dressent une quarantaine de temples. 

a la lisiere d'une foret La zone Angkor

Sur nos vélos rouillés, nous avons parcouru environ 70 kilomètres  sans avoir pu reconnaitre le sanctuaire dans son intégralité. Il y a des petits restaurants partout, les cambodgiens défilent comme a l’habitude, les policiers raquettes les commerçants, les touristes déferlent par cars entier, les singes mangent des bananes, nous perdons 4 litres de sueur par jour…bref, tout va bien !

 temple principal, Angkor Vatmuraille d'entree  tetes de Bouddha   angkor wat

Les temples ont une physionomie globale assez similaire mais le lieu d’implantation, la grandeur du monument, son état de vétusté, le panorama, ses motifs ou le bon rayon de soleil qui fait la différence, constituent d’assez grandes singularités pour nous surprendre. Et cette roche noircie, ses fresques de guerres, ces têtes presque menaçante de Bouddha et ce coté toujours phallique, guerrier et orgueilleux impose le respect. Il y a Angkor vat, le majestueux, le Bayon semblable au palais idéal du facteur cheval (Drome), et ces petites tours isolées, ou cet endroit incroyable, où des arbres gigantesques se sont implantés là, comme des gardiens de bibliothèque en réunion. Et un calme. Un endroit ouvert, bucolique, enchanteur. Un mélange encore équilibré d’art asiatique au sommet et de campagne champêtre. Il suffit de passer entre les livraisons de touristes des agences de voyages. Vraiment agréable.

 le Rajavihara,le  "monastere du roi"magic rizieres

Tout heureux de nos premiers jours de voyage, nous ne cessons de discuter lors d’échanges de qualité. L’âge a rapproché nos conceptions. Nous passons une journée dans un village flottant, où les gens se servent de la barque comme d’une moto. Un endroit charmant au dessus des eaux, avec une population de pécheurs toujours aussi accueillant, aussi curieux et amusée. Et puis ces quelques minutes magique, lorsque sur une petite embarcation, nous nous engagions dans la foret noyée, au son étouffé du clapotis des rames sur les eaux. Comme la plus tendre des berceuses, cette foret vit sous 5m d’eau et nous voguons dans les hauts feuillages d’une échelle devenu humaine. Un de ces moments où l’ambiance et la force du lieu vous domine entièrement pour mieux vous apaiser.

 le village flottant La foret noyée

S’en suit une longue journée de bateau pour rejoindre Battambang qui n’éveille pas notre curiosité. Nous cherchons notre programme, nos envies, nos idées. 15 jours, c’est pressent. Dés le lendemain nous partons pour les plages du Sud, dans la station balnéaire de Sianoukville où nous ne trouvons que pluie continuelle, ville éclatée et une ambiance hors saison morose. Mais nous sommes deux, ne rien faire signifie signifie donc jacasser !

Terminale de bus La pluie ne nous suivra pas jusqu’a Kampot. Et ce fut une très bonne chose. Dés notre arrivé, nous nous organisons une après-midi PMU-patriotique. Tenu par un anglais bien portant et très convivial, le bar où nous trouvons refuge nous inonde de bières et de rugby pour notre plus grande joie. C’est une sorte de tradition depuis 2006 qu’avec Blandine, nous suivions les grands événements sportifs ensemble dans les bistros lorsque c’est possible. Malheureusement, les kiwis rabaissent nos espérances a de plus justes valeurs, mais le moment était délicieux.

la campagne vue d'ensemble

Un peu éméchés, nous continuons autour d’Angkor beer, une discussion dans le jardin de l’hôtel, jusqu’a ce que le gardien nous demande de rentrer  au milieu de la nuit. L’amour, immense et intarissable sujet, avait survécu plusieurs heures a l’assaut des moustiques mais un veilleur de nuit clôt ce déversoir sans fin. Les yeux au plafond dans le lit que nous partageons, je me sens bien entouré de voir que nos expériences exigent de nous plus qu’une simple conclusion, mais l’initiative de renverser nos acquis et de se nourrir de nos échecs, condition nécessaire de l’émancipation. Je suis heureux de partager cela avec Blandine qui, pour des raisons très différentes, est elle aussi amenée a engager des réflexions sur notre rôle ou nos limites. Un chemin qu’il est dur de rebrousser une fois que l’on s’y est engagé.

sur la route...l equipe de choc

Kampot, c’est surtout une petite ville au milieu d’une charmante campagne, non loin de la mer. C’est l’endroit idéal pour louer une motobike et dévaler sur les chemins cambodgiens comme de vrais locaux. Pour 5 dollars/jour, nous voici perdu dans les environs d’une ville, ou la police se charge de nous égarer ! Néanmoins, nous nous rendons dans une petite grotte au milieu des rizières, dans une culture de poivres, au marché au crabes. Ni les averses, ni les enfants cabochards qui trafiquent notre bolide ne nous empêcherons d’aller où bon nous semble. De nous perdre juste pour voir, d’aller au fond d’un cul de sac pour être bien sur qu’il n’y a pas une piste cachée ou de déguster le meilleur poisson grillé de ma vie, dans une paillotte, les pieds dans l’eau.

 prudence sur les routes la pluie nest jamais bien loin....  Si la mobylette donne instinctivement une impression de liberté, si le simple fait de saluer la population locale très présente au bord des routes, ou de demander une boisson par des mimes est une expérience touchante, il eut été un moment plus marquant que les autres. Celui où nous nous sommes perdu jusqu’au bout d’un chemin qui mène jusqu’à la mer. Ici, au milieu d’un horizon plat de marrés salants, nous nous asseyons sur un talus pour nous laisser distraire par le soleil couchant, étirant de longues couleurs chaudes juste derrière un bosquet de palmiers. Un instant sans mot dire, où la fine brise murmure a elle seule la beauté d’un moment simple, distribué avec parcimonie, à la mesure de notre capacité a en apprécier la présence. Et nous avions partager un silence, une chose bien difficile a communiquer, preuve d’une sincère complicité.

dernieres lueurs

Quelques jeunes locaux nous rejoignent, sans comprendre tout a fait ce que nous regardons. Et ce délicieux papy protecteur, vaillant et souple avec des yeux rieurs, qui vient s’assurer que tout va bien…en français.

IMG_0486 Aussi loin que nous avons pu allé dans ce pays, jamais nous ne nous sommes sentis seul. Il y a toujours eu une main bienveillante pour nous aider, nous guider ou juste, pour s’intéresser a nous. Il n’y a pas d’anonymat ici, nous sommes toujours quelqu’un venant de quelque part. Nous ne sommes pas des étrangers en terre inconnue, mais des gens qui découvrent une nouvelle partie de leur demeure.

scene de tous les jours

Une dernière nuit à Phnom Penh et ce temps s’achève. Blandine s’en retourne en France et je me dirige vers le Laos. D’après elle, j’ai moins changé que muri. Cette réflexion me rattache a ces dernières années, comme un rapace qui veille de loin. Je crois que le Cambodge nous laissera un souvenir a part. En ce qui me concerne, je m’endors avec ces gens les pieds dans l’eau, attentif et souriant, bercés par une vague rizière d’un vert éclatant, nous demandant quelle peut bien être le poids de ce quotidien qui de la sorte, nous accable autant.

mon coup de coeur

La joie de vivre

13 Sep

Marché de Sem Monorom Une joyeuse cohue agite le terminal de bus de Phnom Penh. Je contemple ce petit monde avant de grimper dans mon bus en direction de Kompong Chan. Une belle journée ensoleillée que seul un brouillard de pollution vient voiler. Je sens une petite brise brulante a travers les vitres du bus, je la laisse me griller le visage. Tout est parfait en cet instant. Un sentiment apaisant subtilement combiné avec une fureur de découverte. C’est dans le Ratanakiri que se poursuivra mon voyage.

1ere vue du Mekong Khompong Chan est une ville le long du Mékong, a mi chemin de ma destination. Le fleuve puissant, large et brunâtre parcoure une grande partie de l’Asie depuis les montagnes de l’Himalaya jusqu’au sud du Vietnam. Célèbre comme étant un axe majeur de commerce, un endroit mythique.

Fiesta !! En flânant le long du quai, je découvre une fête foraine. Quelle ne fut pas ma surprise ! Au Cambodge aussi, ils ont leur vogue. Je m’avance en apercevant les manèges, les stands de tir, les lumières, la fumée des barbecues, les marchands de glace et de beignets. Sur un tourniquet, de jeunes enfants jonchés sur un tigre hurlent de rire sous le regard du grand père avalant ses lunettes de liesse. Une jeune mère essaie de rassembler 3 bambins qui déambulent joyeusement autour des bulles de savon. Plus loin, un chien renifle les pics a viandes et en chipe un morceau en rasant le sol poussiéreux, encombré de détritus en tout genre. Au bord de l’eau, une sono exagère les décibels alors qu’une cinquantaine de personnes exécutent des pas d’aérobic en plein rue. De l’autre coté du trottoir, une file de moto se transforme en gradin improvisé et une foule de marchands s’occupent de la buvette. D’autre d’adultes jouent avec une sorte de lourd volant de Babington qu’ils se lancent par de somptueuses “aile de pigeon” acrobatiques.

Sceance d'aerobic quotidienne sur les rives du Mekong Et je tombe sur ces enfants qui me salut avec engouement, comme un bienfaiteur. Ils restent a bonne distance, ne cherche rien de particulier, sinon a crier plus fort que sont voisin: “Hello !” On parle deux minutes comme on peut, puis ils veulent que je les prenne en photo. Ils jouent avec l’objectif, se bousculent, se chamaillent. De les voir se presser autour de moi, s’étreindre de joie lorsque je cherche a les faire rire, s’émerveiller de bulles de savon, ou regarder une sœur avec tendresse, je me sens chavirer moi aussi comme l’un d’entre eux. J’ai été eux en fait.

Fete foraine Parce que si loin de chez moi, je saisie une notion universelle. Cette évidente proximité entre tous les êtres me tombe pourtant dessus avec la violence une pluie de mousson. Le sourire d’un enfant, la tendresse d’une mère, la découverte d’un jeux, la féerie d’un conte ou les mondes qui transitent par un carrousel ne se divisent pas en autant de nations que l’humanité en compte. Dans une très large mesure, un cambodgien de Kompong Chan est animé des mêmes gestes d’amour et des mêmes intentions  que son homologue du lac Titicaca, ou du Kanaks de village. Une telle révélation n’est pas anodine pour un jeune français parti à la découverte de la multitude du monde. Comme une coquille qu’il fallut briser, certains aprioris tombèrent. Et devant l’abdication de ce qui me semblait des barrières infranchissable entre les peuples, seul sur ce balcon,je resterai avec cette idée ce soir: des songes d’espoirs dans les yeux.

Un je d'enfant Puis c’est une longue journée de bus vers Bang Lung, capitale du Ratanakiri. De celle qui vous fatigue des l’aube, ne parvient pas a vous réveiller sans toutefois réussir a vous endormir. De ces journées qui secouent, qui vous indispose le fessier.

rue de Sen Monorom, 8 000 habs Puis tout est allé très vite car, dés le lendemain à l’aube, nous nous retrouvions dans la jungle avec 4 autres camarades pour un trekking prometteur de 2 jours. Cambodgiens, anglaise, américaine, irlandaise, allemande et français, s’enfoncèrent dans un dédale boueux bordant des rizières éclatantes, parcourant les collines vallonnées cultivées par les Mnongs. Notre guide nous explique le travail gigantesque de ces paysans, décortiquant chaque grain de riz manuellement, un par un.

Paysages cambodgien Mais je n’avais d’yeux que pour ces collines. La couleur verte du riz est d’une étincelante beauté. “Le vert parfait”: profond, dense, lumineux. Comme je n’en avais jamais vu. Les plantes en bouquet frétillent sous les douces brises de la matinée, faisant onduler les collines verdoyantes d’un mouvement tranquille, comme si cette terre rouge suivait elle aussi la danse du vent. Quelques crient de perroquets me sortent de la contemplation de ce bout de campagne, comme on sort d’un rêve affectueux: avec le désir innocent de garder cette félicité dans les plus profonde essence de l’âme. Chimère d’une émotion indomptable et pourtant impérative, qui trouve sa naturelle beauté dans l’éphémère alors que l’homme ne rêve que d’éternité.

Des beautés fragiles Ces journées au cœur de la nature sont vivifiante après les fastes de la capitale. Une troisième fois dans mon voyage, je marche sur un humus délicat, sous une voute de chlorophylle. Recouvert par la végétation, l’atmosphère est accablante. Notre interlocuteur local nous apprend le nom des plantes, des oiseaux…des insectes, des araignées et des rampants. Mon chapeau jaune attire les papillons comme une fleur tandis qu’au bord du sentier, de bien étrange plantes ferment leurs feuillages au moindre effleurement. Tout est vivant.

rive d'un ruisseau Suite au pique nique bucolique au bord d’un ruisseau et une marche digestive, nous arrivons à notre campement. Cette fois, pas de village ou de cabane. C’est un hamac qui nous servira de lit, autour d’un bon feu.  Par delà une petite butte, un bras de rivière coule vigoureusement par une cascade, enlacé de bambous et de lianes. Assuré de la sécurité de son cour, nous plongeons avec délectation nos corps trempés de sueur dans cette eau tiède. Jacuzzi naturel, saut de lianes en lianes, découverte des poissons croqueur d’orteils, rien n’est trop providentiel pour nous contenter jusqu’a ce qu’un serpent tombe d’un arbre au beau milieu du campement. Atterrissage sans gravité !

un amis ludique mais venimeux ! Une fascination et une peur effroyable nous tétanise alors que visiblement, les serpents tombent du ciel là où nous allons dormir. Néanmoins, grâce à quelques gorgées de vin de riz et repus d’une soupe cuite a l’étouffée dans un grand bambou rôtissant sur le feu, je trouves le sommeil rapidement.

de mignones petites bouilles Avant de regagner le village, nous nous arrêtons dans une cabane abritant une famille Mnong, une minorité ethnique d’origine vietnamienne. Le sens de l’accueil est aussi développé chez ces gens que l’absence de propriété privé. Personne ne s’étonne alors, que 8 personnes arrivent dans votre maison et s’installe pour le déjeuner. C’est une cabane sur pilotis de bambou et de branche. Le couloir est a même la terre tandis qu’il n’y a pas vraiment de mur. Seul un étage, la chambre a coucher commune je suppose, est préservé des eaux en cas de cru et les seuls meubles sont ceux de la cuisine: une étagère et un reste d’évier au dessous d’un tuyaux d’eau provenant du ruisseau a proximité. La mère nourrit au sein une petite fille de 2 ans pendant que les deux grands frères jouent aux cartes sur une natte. Le père a la silhouette effilé, taille de fines lamelles de bambous pour en faire des paniers. Aussi pauvre que souriant, ils sont les garants d’une tranquillité millénaire qui tourmente mes sens d’occidental.

Centre de Bang Lung De retour, notre sympathique petit groupe éclate, alors que je flâne encore quelques jours dans Bang Lung. En dehors de mes camarades, je n’ai vu que 2 touristes en 5 jours. Le centre ville s’organise autour d’un marché pittoresque que j’ai la gratifiante impression d’être le premier blanc à découvrir. Les regards fondent sur moi a chaque parasol que je dépasse plié en deux, les gens se donnent des coups de coudes pour me dénoncer et les enfants me saluent volontiers après un instant de stupéfaction. Un blanc est dans la place ! Mais surtout des sourires unanimes, des gestes de salut, des attitudes bienveillantes. Toutes les générations de cambodgiens se comportent avec un grand respect, doté d’une curiosité amusante. On se sent réellement accueilli, comme si des centaines de gens retrouvaient le sourire sur votre passage. Mais le plus beau, c’est qu’ils paraissent être comme cela tout le temps !

Place du marché Lors d’une soirée, je fais la connaissance de Kim au restaurant, un vieux cambodgien qui m’invite aussitôt a diner. Nous nous lions rapidement d’affection et je porte une curiosité toute particulière a cet homme ayant vécu en France, travaillé en Afrique avant de rentrer dans son pays d’origine qu’il avait du fuir 40 ans plus tôt, laissant derrière lui des parents qui ne revit jamais, à la merci des Khmers Rouges. Sa bonne humeur naturelle et son expérience m’offre l’occasion d’un compagnon de route de 50 ans mon ainé, qui ne manque pas de me faire découvrir les réjouissances gastronomiques de son pays, comme les escargots à la cambodgienne où les tripes à la mode de Bang Lung. Une expérience…controversée. Son portrait ne serait pas complet sans parler de la générosité qui anime chaque cambodgien et il me propose de m’héberger dans la capitale, si d’aventure j’y retournai.

Mme Légumes Un endroit vivant et touchant

A Sen Monorom, village de 8000 habitants prés de la frontière vietnamienne, je retrouve Eideen l’irlandaise, avec laquelle j’avais marché quelques jours auparavant. Nous n’avions tissé que  peu de lien dans le nord, nous avons fait plus ample connaissance à l’est. Il pleut énormément. En fait, presque continuellement. L’air est plus frais aussi. Alors on prend du repos, je flâne dans ce qui restera le marché le plus rural de mes pérégrinations au Cambodge, nous rencontrons d’autres voyageurs, nous abusons délicieusement du vin de riz jusqu’a ce que nous décidions de profiter de la réputation du lieu. En effet, selon une tradition ancestrale, cette province est le territoire des dresseurs d’éléphants, art dans lequel ils sont passés maitre.

petit village aux elephants Ce fut une journée très drôle malgré la pluie. Alors dans un petit village de terre battue ou des fillettes de 5 ans dessinent sur le sol a l’aide d’un couteau de boucher, nous vîmes descendre d’une butte Tang, notre éléphant. Le mastodonte marche d’un pas sur, sans élégance mais avec une puissance placide. Son maitre est un jeune cambodgien qui assis sur la nuque du géant, le dirige a la voix où au pied, en lui grattant l’oreille.

Un nouveau moyen de transport Et nous avons pu découvrir la campagne champêtre du Modulkiri a dos de géant. Quelle impression ! Les éléphants d’Asie ne sont pas très grands a proprement parlé, mais une fois sur leurs dos, on sent de puissants muscles se tendrent a chaque pas, sous une cuirasse plissée, agrémentée de gros poils noirs ici ou là. Sur cet animal, on perd bientôt sa stature humaine et l’on reste impressionné par ses gargouillis ou ses reproches, son balancement, la dextérité de sa trompe ou l’entêtement sans borne du filou pour l’herbe grasse des lisières de bois, guidé par un estomac jamais rassasié. Le moment fort de la journée fut sa baignade, dans une eau gonflée des dernières pluies. S’accrochant comme nous pouvions sur le cuir râpeux d’une bête de 2 tonnes pour ne pas sombrer dans la folie des rapides, nous éclatons de rire à la joie du pachyderme nous gratifiant d’un barrissement de soulagement, et ne paraissant pas lutter contre le courant qui nous aurait brisé les os.

Une balade pas comme les autres Après de si belles expériences dans un pays si agréable et si touchant, nous fonçons avec Eideen vers Phnom Phnen, répondre à l’offre de Kim et accueillir demain, mon amie de Paris.

La vue d'éléphant !

 

La séduction volatile

3 Sep

Palai Royal de Phnom Penh, Cambodge Les cafés Thaïs ont cette particularité d’être extrêmement fort, passés à l’ancienne dans une chaussette et adoucis au lait concentré sucré, donnant un aspect de cocktail en dégradé et une saveur singulière, que seul la fatigue sait apprécier. Et à ce compte ci, la petite cuisine sur roulette où je me trouve, assis entre un trottoir noir et un caniveau où flotte quelques restes de légumes dans une eau lugubre, m’offre l’opportunité de me réveiller tranquillement après une nuit où, dans les 12h d’un bus de nuit, j’ai failli commettre, par 4 fois, un meurtre à l’encontre d’une anglophone d’1m60 ne voulant pas que je baisse mon dossier. A la grâce d’une hésitation, dans le choix d’un étouffement, d’une strangulation ou d’une lapidation à coup de boulettes de brioche, mort particulièrement atroce vous en conviendrez, elle garda la vie.

Fresque bouddhiste, representant "l'enfer" Bref, fidèle à la fois précédente, je n’ai aucune idée d’où je me trouve, dans les ruelles labyrinthiques de Bangkok. Mais mon café est mon ami.

un boui-boui de trottoir, bon marché et authentique. Un petit café ? Je trouve mon chemin avec une chance déconcertante, et j’organise alors ma toilette dans les commodités de l’aéroport. Le moussant brunâtre disparait peu a peu à l’aide de petits jets d’eau frénétique, tel un raton-laveur et sa palourde. Et après quelques lignes de B.Chatwin sur l’instinct naturellement nomade de l’homme, j’embarque pour le Cambodge avec la sensation vertueuse d’effectuer le voyage originel.

un moyen de transport tout a fait particulier. Je n'en ai vu qu'ici. L’arrivée sur la capitale est la plus étonnante vue d’avion que j’ai pu observé. La convergence du Tonlé Sap et du Mékong, grossit par la saison des pluies, inonde les champs a perte de vue. C’est une terre noyée qui se déploie jusqu’à l’horizon, avec de pâles reflets de soleil, ternis par les nuages bas. A la suite de cette délicieuse vision d’albatros, je ne savais pas encore que j’allais passer 24h tour à tour dans le rôle du pigeon et de la linotte.

Une enseigne dans un garage, entre des slips et de l'huile de vidange. Un charme local Ainsi en 2h, je me fais escroquer d’environ 15 euros par un chauffeur de tuk-tuk qui jouant habilement sur des taux de changes fictifs rentabilise sont trajet, par une sorte d’usurière hideuse et débraillée, qui derrière un rideau de plexiglas aux affiches coquines, me prend 8 euros de commission pour 30 euros de change, et par un conducteur de moto-taxi qui après m’avoir fait perdre le Nord, fait doubler ma note pour un retour….de moins de 100m. Vérification prise sur internet, je repense devant la bière de l’oublie, au “Rrou-Rrrou” du pigeon si cher à mes amis depuis une certaine embardée marseillaise, signalant la bonne farce dont on venait de me fourrer. L’avantage lorsqu’on se fait arnaquer en Asie, c’est que ca ne coute pas trop chère.

Nota Bene: Ne plus arriver si tard dans un pays se couchant si tôt, en n’ayant aucune idée de la valeur de la monnaie locale, sans un sous en poche.

Au detour d'un temple

Assagie par une bonne nuit de repos et engourdie par ces frivolements d’Aves , je m’envole à la découverte de Phnom Penh et me rendant au distributeur automatique de billets, je reste figé un moment, épouillant mon sac sur le devant d’un hôtel, cherchant dans ma mémoire quelle linotte s’était emparée de ma tête, avant d’arriver à cette conclusion navrante: je n’avais plus ma carte bleue. Comment est-ce possible ? Quelle sorte d’oiseau de mauvaise augure aurait pu s’introduire dans une de mes chambres microscopiques durant mon sommeil pour ne prendre que celle-ci, sans aucun bruit? Non, j’ai du la faire tomber dans la rue, en picorant des billets. On a beau ne concéder aucune négligence, parfois elles vous rattrapent. Et ce “Noooon” craché sans retenue devant un policier amusé, me fit définitivement sentir que si j’arrive a voler de mes propres ailes, mon ramage ne se rapportait alors plus à mon plumage.

Un palai, des gardiens... Pas question pour autant de remettre mes plans, et je vais visiter dans la foulée le palais royal, avec ce qu’il me reste de deniers. Et j’entre pour la première fois dans l’univers Khmers. J’apprend qu’ils furent jadis, le peuple de plus puissant et le plus créatif d’un temps où leurs frontières englobaient le Laos, le Vietnam actuel et une partie de la Thaïlande. L’époque Angkorienne.

L'idée d'une certaine élégance La visite est assez succincte mais les bâtiments ordonnent une certaine noblesse raffinée avec ses toits en pointes, sa vénération sans mesure pour l’or, tout autant qu’une candeur colorée, décidemment la mesure juste des grandeurs sud asiatique. Cette notion suprême de richesse me fait penser que la mienne est dorénavant inaccessible, et je rentre à mon hôtel prématurément.

Le symbole de l'independance, des moines et une charette balailleuse. La ville quoi !L’improvisation ne s’improvise pas.” Louis Jouvet

Voila une phrase que nous répétait souvent Luisa Gaillard-Sanchez, metteur en scène de la Compagnie Janvier, lors de nos répétions avant les matchs. En voyage, il en est de même. Pour voyager sereinement, sans plan prédéfinis, sans organisation préétablie, il faut selon moi,  avant de s’y engager, avoir anticiper un certain nombres de situations problématiques et si possible, y trouver une solution. Par avance. Dans mon répertoire mental “désagréments”, je cherche “carte bleue perdue”. Réponse concordante: “travel-cheque”. J’en extirpe 5 de la doublure de ma ceinture et je m’empresse d’aller les changer contre du liquide dans une banque officielle. J’ai un répit de 2 semaines au moins. En dernier recours, il y a toujours Western Union. Mais assez de noms d’oiseaux !

Une des vues les plus colorées de la ville. Un jeu d'enfant presque. de ma chambre d'hotel Ces 24h de la poisse, il en faut bien, s’achève par une bonne nouvelle: une amie de Paris viendra me rejoindre, presque sur un coup de tête, dans deux semaines, pour m’accompagner durant 15 jours. Nous échangeons alors un coup de fil organisateur. D’ici la, c’est décidé, j’irai dans le Ratanakiri, province du Nord-Est, région de tigres et de jungle, presque oublié des touristes sur la route du Laos.

petit marché au centre de la ville En attendant, je flâne encore un peu dans les ruelles quadrillées à l’américaine de “La colline grand mère”, Phnom Penh. Lors de mon arrivée en tuk-tuk dans des avenues surchargées, je fus noyé dans une vague de motos vrombissantes. Partout, la motobike impose ses trajets ondulatoires et licencieux. Et si les conducteurs ont le casque vissé sur la tête, il laisse en revanche à leurs passagers le soin de se faire décoiffer au vent. Ainsi, jusqu’à 8 fesses de petits cambodgiens peuvent s’entasser sur ces mobylettes, avançant parfois par la seule grâce de Dieu. Les gaz doivent agir alors comme une drogue, car j’ai eu l’impression d’avoir glisser sur une patinoire de goudron, entrainé par la danse acrobatique de milliers de figurants.

Au feu vert: une embardée a deux roues ! En plus de savoir danser à mobylette, qualité non négligeable, ces personnages bon enfant savent aussi être inventif et à chaque instant,on peut apercevoir des trésors d’ingéniosités: les blocs de glaces empilés à l’arrière. 3 personnes, 2 valises, 1 parapluie et un sac de riz sur un seul siège, une carcasse de vache dans un sidecar, des tuyaux de 4m portés en équilibre comme un Lancelot vengeur, ou une cargaison de nouilles assorties par des poulets, têtes en bas, allant plus vite qu’ils n’eurent pu jamais voler. Une fois, j’ai cru être victime d’un coup de chaleur, lorsque je vis passer un homme seul, avec à l’arrière de sa pétrolette, une dizaine de matelas d’une hauteur de 4m, sérieusement harnachés. Je fus effaré par son habilité a garder l’équilibre lorsqu’il leva un bras pour saluer un cousin. C’est à ce moment là, je crois, que j’ai avaler une mouche asiatique.

une grande artére Les rues pourraient être sordides. Les bâtiments ne sont pas attrayants, ni innovants, ni colorés. Les vestiges de l’occupation française obsolète, les ordures s’entassent parfois, sous des tribus de rats. Mais l’ambiance qui y règne est d’un contraste saisissant d’avec cette description réductrice. Partout, les gens sont dehors, les gens parlent, rient, jouent, mangent, discutent. L’un s’arrête en plein milieu d’une rue pour crier la commande qu’il viendra récupérer le soir. Les chauffeurs de l’embouteillage ainsi crée, s’encanaillent de cigarettes ou d’une brochette de bœuf. Quelques jeunes à l’affut d’une circulation moindre, tendent alors un filet dans une ruelle pour y jouer au volley. Et ils lèvent ainsi la toile a chaque moto qui s’y présente, comme le mouvement d’une Ola. On ne s’énerve pas comme cela dans “La perle d’Asie”. On est oisif même.

ils travaillent longtemps mais ils savent vivre ! Et il faut bien rectifier après mes petites arnaques du début, que si certains peuvent grappiller quelques dollars sur une prestation, les gens sont honnête et très sympathique, pour peu que l’on ne soit pas naïf. Les marchés ruissellent de produits frais, de couleurs et d’odeurs. On y mange pour 1,5 US dollars et je m’y engouffrerai des heures si les parasols de leurs petites statures me permettaient de marcher droit.

mille légumes un rendez vous du quotidien  Bref, chaque moment du quotidien dévoilent des attitudes et des mœurs captivantes. Il suffit de regarder, assis à la terrasse d’un restaurant, entre une soupe de noodles et un poulet au curry a vous réchauffer les oreilles.

Plus tard, j’ai lu une phrase de Nicolas Bouvier qui convient parfaitement à ces premiers jours au Cambodge:

“Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations.” L’Usage du Monde.

Poissons ? Des personnages a tout les coins de rues Ce pays s’annonce passionnant. J’ai déjà été séduit par sa capitale et l’idée de m’investir dans le cœur de son pays, enflamme une nouvelle mèche de curiosité et d’affection sincère. La découverte dans ces instants prend une dimension nouvelle, parce qu’elle n’est plus liée a une activité mais partisane de chaque seconde. Et malgré mon engouement, j’étais encore très loin du compte….

des moeurs singulieres

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Le sens du vrai

28 Août

Un homme captivant

Je m’essuie le front avec ma manche. La sueur m’aveugle. Je lève les yeux et ne vois que des panneaux en Thaïlandais. J’avance un peu, mon guide à la main mais je ne décrypte rien nommant les rues. Les trottoirs sont étroits et la foule de marchants et de passants m’empêche d’avancer avec mes sacs. Leurs yeux bridés les empêchent-ils réellement de me voir, où font-ils exprès de me foncer dessus ? Arrivé au bout d’une rue, j’observe de grands bâtiments quelconques, d’un gris dégoulinant de pétrole sous un soleil de plomb. Je suis perdu. A l’évidence. Déjà, 1h que je tourne ainsi, agars. Quelques jeunes prostituées à la voix glaireuse et au dos courbé m’indiquent des directions, sans comprendre tout a fait ce que je cherche. Un lit, juste un lit. Un de ces moments où l’on est désorienté, accablé par la chaleur et dans l’impossibilité de prendre de bonnes décisions. Je viens de boire 2 L d’eau et il y  a autant de transpiration sur mes habits. Cette ville est un labyrinthe crasseux et étouffant. Puis, un occidental s’approche de moi et me demande si j’ai besoin d’aide. “Oui, j’aimerai dormir !” Un kilomètre plus loin, je trouve une Guesthouse mignonne dans mes prix, loin de l’agitation bruyante et des vapeurs d’essences. Je viens d’arriver à Bangkok, après 17h de voyage.

L’idée de rester ici ne me traverse même pas l’esprit, et je reprend la route dés le lendemain. Vers le Nord. Tout juste ai-je le temps de discuter avec un couple de français, partis le même jour, du même endroit que moi il y a 7 mois exactement, mais vers l’est. A la mi-parcours, nos chemins se croisent ici, à la moitié du monde vu de France. Surprenant anniversaire.

Je pénètre dans la gare ferroviaire à 8h et j’avance d’un pas décidé avant de stopper net au milieu du hall. Je sens une chose étrange autour de moi. Tout est statique. Les vapeurs d’une nuit trop courte ne se dissipent que difficilement. Que ce passe-t-il ? Un attentat ? Un décès impérial ? Toute la populace s’est stoppé nette, comme si l’on avait arrêté le temps. Ca y est, ai-je franchis une nouvelle dimension ? Ai-je le pouvoir de stopper le temps en me grattant le nez ?Ils sont tous droits, les mains le long du corps, tournés vers un écran géant. Les policiers ont le sifflet à la bouche mais ne soufflent pas, les marchands attendent leurs monnaies mais ne la réclament pas et les trains prés à partir ne bougent pas. L’écran projette des moments de la vie de RAMA IX, le chef d’état le plus ancien et le plus riche de la planète. Les policiers, dans une embardée dictatoriale, sifflent la fin de la première mi-temps, et la vie reprend son court. Je viens d’assister à l’un des deux hommages journalier du peuple au Roi. Thaï-Land respire ainsi quotidiennement, dans deux bouffées d’air monacale.

XAMA IX et sa reine L’on m’avait tant vanté ce train Thaï pittoresque, plein de vie, avec ses sièges en bois, ses passagers entassés et ses odeurs de cuisine portative que je suis déçu de ces 12h de trajet en 2éme classe, traversant des paysages refusant de me parler. Un métro en direction du XIIIéme arrondissements de Paris ne m’aurait pas dépaysé d’avantage. Mais enfin, les voyages ont cette facultés de transformer l’ennuis en apprentissage, et même si l’on ne fait rien, on ne perd jamais son temps. Je passe mon voyage avec Bruce Chatwin qui dans Le chants des pistes, narre son aventure en Australie, décryptant les traditions aborigènes qui créèrent le monde en chantant.

vision d'un tuk'tuk. mon premier A Chiang Maï, rebelote. J’erre au milieu du marché artisanal du dimanche sans trouver un lit à ma portée. Il y a des fois comme ca où les choses simples se compliquent d’elles-même. Je trouve gite à ma convenance et réussi a glaner une pitance de riz avant que la ville ne s’endorme, grâce à un gardien d’hôtel de 17 ans, marchandant pour moi chez un concurrent et s’assurant que son labeur fut récompensé par un sourire chaleureux.

Temple de Mae Hong Song

Je comptais partir à la rencontre des montagnes et des gens depuis cette ville phare du pays mais je constate l’uniformisation de l’offre, dans une sorte de parc a bestiaux. J’explique mes envies et pour toute chose authentique, 5 agences me proposent le même séjour, au même endroit, dans un petit parc sur mesure made in occident à 150 touristes/jour. Non merci les filles, j’irais plus loin.

Par contre, la journée fut plaisante et je rentre enfin en contact avec la culture Thaïlandaise. Je cours les temples bouddhistes surtout, je m’imprègne de la sérénité et de l’architecture des lieux si chaleureuse. Pour la première fois, je laisse courir mon regard sur les détails au lieu de me laisser impressionner par l’harmonie, les formes, les couleurs. Puis je prend du recul pour comprendre le tout. Je me balade dans les jardins d’un conte enfantin, où tout est a une place judicieuse, sans surcharge. Tout est plaisant aux yeux, et le coulis des fontaines régale les oreilles.

 un air solennel ? penses tu !

Alors en plein shooting photo, un moine à l’étoffe d’un orange lumineux vient me tapoter l’épaule. Ce jeune homme de 20 ans, m’aborde dans un but si simple qu’il parait suspect. Il veut juste parler, pratiquer son anglais et connaitre ce pays m’ayant doté d’autant de barbe. Nous restons debout dans une allée durant 1h au moins, échangeant des informations sur la tradition des Monks contre des gratouillis juvéniles dans une pilosité faciale de 4 mois. Il m’explique que chaque thaïlandais doit en théorie devenir moine au moins une année dans sa vie, se raser la tête, portée la toile orange, méditer au levé et au couché du soleil et vivre sans biens matériels, en ne se nourrissant que d’énergies spirituelles et de charité.

Merveilles de couleurs et de formes Quand à moi, je lui décris tant bien que mal l’audace de la cathédrale de Strasbourg, le mystère obscur de celle de Clermont-Ferrand, l’allure de Notre Dame de Paris, ou la blancheur immaculée des églises orthodoxes d’Helsinki ainsi que la perfection de la Basilique Saint-Pierre au Vatican. Je ne manque pas de rajouter que la chrétienté, si elle développa un art lumineux, n’en était pas moins austère dans son architecture, parfois sinistre, et les dogmes curatifs qu’elle prône, avait privé les prêtres que j’ai côtoyé de toute candeur ou flegme bien placé. Rapprochés par nos différences, il me laisse lui faire un portrait avant que je lui apprenne que ce qui ressemblait le plus a leur tradition culturelle chez nous était le service militaire. Il eut l’air dépité qu’une société accorde une place aussi marginal à la spiritualité et eut grandement besoin de se changer les idées en me tirant la barbichette, un sourire de petit garçon sur les lèvres…

Le jeune moine L’initiative individuelle doit a mon sens prendre le pas sur les conventions collectives, et je prône depuis lors un “voyage d’un an en solitaire obligatoire” afin d’acquérir cette connaissance de soi si nécessaire mais dont personne ne parle jamais dans nos contrés, pourtant toute entièrement tournée vers l’individus. Rendez vous en Mai 2012 !

Bouddha  Je mets donc en place mon plan A. Partir dans un village isolé, perdu dans les montagnes de l’Ouest, à la frontière birmane. Mae Hong Song sera ma place authentique ou ne sera pas. Mais plus de temps pour un plan de replis, un avion m’attend. Le trajet chaotique de 8h de minibus mis mon estomac a rude épreuve après avoir cédé imprudemment a un chausson au poulet, aussi gras qu’insipide. Et je ne vous conte pas mes voisins d’infortunes, rendant leurs déjeuners dans un sac plastique, dont la moiteur ambiante rendait toutes les nuances.

quelle architecture vivante ! IMG_8605

Je ne fut pas déçu. L’arrivé dans cette ville de 5 000 âmes m’empli de la satisfaction d’avoir persévéré. Je ne croise que peu de visiteurs, et m’empresse d’organiser une randonnée dans la jungle vers un village perdus dans les collines, sans routes et sans électricité. Je touche au but.

La jungle asiatique Nous sommes un groupe de 3 seulement. Mes compagnons que l’on m’avait assurés espagnol ou français peut être, sont deux gaillards californiens de mon âge. Je ravale le castillan que je me hâtais de pratiquer pour revenir a ce bon vieil anglais. Notre première journée de marche est plaisante sans m’enflammer. Il est juste merveilleux de se retrouver en contact avec cette nature profonde et généreuse, ces sous bois humides sous une canopée de 20 ou 30 m. La végétation est changeante et seul un botaniste accompli pourrait faire une différence d’avec l’Amazonie. Seul les sons ne nous trompent pas. La jungle amazonienne est la seule a abriter un son qui m’a étourdi.

Sur les cretes des sous bois chargé

Nous escaladons la montagne, mes compères américains sont de bons compagnons et nous sympathisons bien durant les pauses. Bientôt, nous atteignons une crête sur laquelle nous déjeunons du riz et du porc dans un sac plastique devant des montagnes  couverte de végétaux . Nous marchons avec un guide, un interprète et les quelques villageois qui nous suivent, machettes à la main et carabines sur l’épaule. Pas de tigres ici, mais des ours et des contrebandiers.

Les collines. au dela, la Birmanie Nous arrivons au village vers 16h après une marche vivifiante. On nous installe dans l’une des 3 cabanes, sur une natte de bambous ornée d’une moustiquaire. Nous partageons de bons dialogues avec Ten, notre interprète, autour de litres de thé qui nous poursuivrons toute la nuit.

Un village perdu Dans les lumières évanescentes du jour, je prend mon appareil photo à la découverte de la famille qui nous héberge. Les cabanes de bambous sur pilotis, les porcs, les poules et les chiens qui trainent partout. Et ces gens qui cuisinent au feu de bois, qui s’abritent de la pluie sous des tonnelles de feuilles, les pieds dans la boue. Ils discutent entre eux des récoltes, du prochain voyage à la ville, des trocs qu’ils pourront faire. Et ces visages si marqués par le labeur, endurcis par une vie inconfortable et sale a notre sens. Et cet homme dont les rides illuminent le visage et dont les 50 ou 60 années dernières n’ont pas courbés le dos, dégage une simplicité authentique. Je les observe discutailler. Ces moments qui seraient d’un ennuis mortel en d’autres circonstances me ravissent jusqu’à m’absorber tout entier. Et soudain je comprend que ces gueules dessinées, que ces pommettes saillantes sont le résultat d’une autre usure que celle du pauvre: ses traits ont pris le pli du rire, et maintenant il m’apparait que tout son être est sculpté dans ce seul but. Je suis témoin d’une notion du vrai, du bonheur et du sens de la vie. Selon nos critères ils n’ont rien mais eux disent, qu’ils n’en voudraient pas plus.

Formidable expression Puis Ten nous demande si nous voudrions manger du poulet pour le diner et nous lui assenons que le plus simple sera le meilleur. Sitôt traduit, notre vieil homme fonce derrière le baraquement, gesticule dans une nuée de plumes et revient avec une poule tenue fermement par les pattes avant de saisir sa machette et de lui couper la tête sous nos yeux, sans autre forme de procès. Nous mangerons bien du poulet ce soir, et du frais !

Aussitot commandé, aussitot égorgé ! Le diner est un festin. Une sorte de banquet épicurien regorgeant de nourriture. Désireux de nous faire partager leur tradition culinaire, ils nous ont préparé 3 plats différents, agrémentés par de goulus portions de riz blanc. Bouillon de poulet, gingembre, soja, épices et anis, voila ce que j’ai pu identifié, mais comme je l’ai dit précédemment, la cuisine asiatique est avant tout une question de texture. Nous mangeons tous les 9, autour d’une table basse débordant de boustifaille, assis sur de petits tabourets en bois. Le repas s’éternise autour d’échanges culturels passionnant. L’Europe, l’Amérique et l’Asie avaient rendez vous ce soir, dans un village dont je tairais le nom, de peur que la description d’un lieu si préservé ne parvienne a trop d’oreilles.

maison de paille. Mais pas de loup... Ten est très curieux et nous pose 1000 questions naïves sur nos institutions et nos traditions. Nous parlons d’histoire, de religion, de nos rêves,  d’actes marquant de nos quarts de siècle. Comme une table ronde des continents, nous décrivons chacun notre tour comment nous avons vécu les attentats du 11 septembre 2001 par exemple, de 3 coins de la Terre. Puis Ten parle de la France que je n’aurais su mieux rêver depuis que je l’ai quittée. L’Amérique nous envie notre tempérance et nos plats régionaux, quand à l’Asie, Ten ne parle que de faire la route des vins et de nos femmes si libérées ! Puis il me dit avec une conviction profonde, comme si sa maigre fortune ne l’empêchait pas de rêver, qu’il ira en Europe. J’ose lui demander pourquoi malgré l’émoi qu’il a ainsi laissé échapper. “Je veux voir la neige” me répondit-il.

photo d'illustration d'un simple canal d'iirrigation. durant la randonnée, mon appareil photo était au chaud dans mon sac a dos, dans une housse étanche. Quand meme ! Le deuxième journée de marche fut une de mes plus belles journées de treking. Nous retournâmes à la ville par la rivière. Nous ne l’avons pas longée mais littéralement “marcher dedans”. Plus excitante, cette journée nous a valut quelques peurs lors de jeux d’équilibres, de rochers glissants et de courants puissants de saison des pluies. De l’eau jusqu’aux hanches, nous traversions des dizaines de fois les courants, aidé par nos cannes de bambous, au fond de cette vallée étroite à la végétation luxuriante. Je repense alors avec amusement aux randonnées en Nouvelle-Zélande, si prévenante et sécurisée. Il y aurait eu 5 kilomètres de barrières assurément, des panneaux et des listes de rassemblement. Ici, juste la foret et l’homme avec tout les dangers innérant à l’expérience, sans lesquels la nature n’a plus de sens. Nous arpentons le chemin des villageois, celui qu’ils utilisent depuis des décennies. Rien d’arrangé ici, rien de superflu.

L'équipe De retour a l’hôtel, je repense a ce que j’ai vu ici. A ces gens d’un autre temps, reproduisant des gestes ancestraux. Ils ont cette simplicité envieuse que j’ai pu déjà voir dans les Andes. Simplement heureux. Heureux d’être ici et maintenant, heureux de vivre. Ce qui me frappe, c’est le contact direct qu’ils ont avec les choses. Ils mangent un poulet, ils vont l’égorger. Il veulent des bananes, ils cherchent un arbre et cueillent le fruit. Ils mangent le riz qu’ils cultivent, tuent le cochon ou la vache qu’ils élèvent. La foret est leur supermarché. Ils ne prélèvent que ce qu’ils consomment et la nature est généreuse pour eux et ne se renouvelle que pour mieux les satisfaire. Pas de dénaturation ici, que du contact et des choses simples.

en pleine discution...sur la terasse... Ils faut se méfier de la vision trop superficiel du voyageur qui ne peut creuser très profond. Mais dans ces conditions, on peut tout de même se permettre quelques réflexions: Possédons-nous un confort, des protections, des choses, des télévisions et des travails nous ce sont eux qui nous possèdent ? Constituent-ils un réel progrès ? Nous rendent-ils plus heureux ?

Une simple cabanne et des veilleurs Nous longions une rizière avant de monter plus haut dans les collines. Soudain, nous apercevons une famille assis sur une estrade de bambou a discuter au dessus de leur champs. Nous demandons à Ten ce qu’ils pouvaient bien faire ici toute la journée. Il nous répondit: “ Ils surveillent leur riz pour qu’il pousse mieux. Ce sont des animistes.”

une riziere

 

Mon paradis

20 Août

 

Ikay Bay C’est sur une plage isolée que mon esprit repose. Les tourments de Patong ont renversé ma position d’observateur. Je ne serais jamais objectif. Mais surtout, je suis impuissant. Les yeux rivé sur l’océan contrarié, je cherche un moyen de fuir ce monde dont je ne veux pas. J’ai pu aller au delà du premier regard, et maintenant ? Que puis-je faire de ce que j’ai vu sinon m’abandonner l’ivresse de la mélancolie ?

Soudain, une idée vertueuse surgit de mon esprit accablé. L’océan reflux devant moi les idées d’une morale bafouée, écrasée. Seule la fuite est possible, le combat est inégal. Alors n’écoutant que l’instinct de révolte et terrifié par ce que nous avons crée, je vais aller de l’avant. Droit devant. Je pars dans la jungle équipé d’une machette, et coupe des bambous que j’estime solide. Je les traine en plusieurs fois sur les rivages avant de les tailler. Je cours en ville pour récupérer des bidons et de la ficelle. Je travaille une nuit durant à l’élaboration de mon grand projet. L’ultime. Sciellant, piquant, coupant, harnachant sans relâche. Dans l’énergie des causes perdues. A l’aube, je suis prés. Je laisse derrière moi mes sacs, mes livres, mes espoirs déchus, et je prend la mer sur mon radeau de fortune, à la recherche d’une terre où l’homme n’aurait pas déversé son poison.

Le grand depart Les premiers moments sont libérateur. La brise marine flatte mon visage, l’horizon m’attire vers un indéfinissable frisson d’aventure. Là, seul au milieu de l’océan, je me sens libéré des immondices de mon âme. Mes sens n’ont jamais été si éveillés, si prompte a franchir les extrêmes. Ma volonté n’avait jamais auparavant eu cette force, s’immisçant dans tout mes gestes.

La liberté ! Passé l’euphorie du 1er jour, et malgré ma libération satisfaisante, je me confronte à la rigueur de ma condition. Mon fil de pêche n’obtient pas un grand succès auprès des poissons locaux, que je mange de toute façon cru. Mon embarcation flotte plutôt bien, mais le soleil tape si fort que je reste dans l’eau une grande partie de la journée. Les 10L d’eau potable s’amenuise a une vitesse effrayante. Seul la nuit est resplendissante, fraiche, calme et envoutante. Je suis seul au monde, entre ciel et mer, bercé par les courants. Je m’endors faible et déshydraté, à l’aube d’une mort précoce. Pour une idée.

Je divague, je rêve…Je me sens partir, mon corps est insensible. Je suis incapable de mouvement. Tout juste puis-je tourner la tête pour ne pas me bruler le visage. Je perds connaissance, après 4 jours…

ou suis je... Une culture inedite ? Je me réveille soudain. Un mal de tête a vomir. Je suis sur une plage déserte. Je me souviens d’une agitation autour de moi, des ombres qui virevoltent, des mots que je ne connais pas. On m’a donné a boire et des fruits sont éparpillés devant moi. Il y a une sorte de mausolée en noix de coco aussi. Je lève les yeux et j’aperçois à flan de colline, quelques bungalows essaimés, dans un calme monacale que seules de douces vagues viennent briser sur l’échine des cailloux. Sur une pancarte en bois je peux lire: “Bienvenue à Koh Tao, ile préservée des tourments.”

Un lieu isolé Evidemment, mon arrivé à Koh Tao ne s’est pas déroulée comme cela ! Ca aurait eu un certain cachet cela dit et le mérite des extrêmes. Mais si j’ai bel et bien été choqué par ma précédente expérience, mon chemin ne s’arrêtera pas la. Au contraire, la proximité avec une certaine réalité, aussi navrante soit-elle, renforce encore un peu mes idéaux. Je sais trop combien de nombreuses petites choses respectables se font à travers le monde pour me laisser étourdir par le désespoir.

J’ai donc pris 2 bus et un bateau de nuit avant d’arriver au port de Koh Tao. En chemin, je fais confiance aux Thaïs pour me guider. Je ne sais pas ou je dois changer de bus, ou trouver le bateau mais qu’importe. Ils le savent pour moi et ne parler de toute façon pas anglais ! Au crépuscule, je découvre une sorte de grande péniche, où 150 matelas d’école primaire sont amoncelés cote à cote.

definition de boite a sardinnes ! Après de multiples errances successives, j’arrive sous une chaleur étouffante dans la Yang Family, une petite crique isolée des sites touristiques, parsemée de quelques cabanes. Nous sommes une dizaine dont presque uniquement des français. Je suis accueilli comme si je connaissais tout ces gens, et c’est presque le cas. Je prend mes aises dans un bungalow isolé, en bord de jungle, où je vis avec Gimly et Capitaine Crochet, un gecko de 25 cm et une tarentule de la taille de ma main. J’imaginais rester 3 jours, je n’en suis parti que 2 semaines plus tard…

Capitaine crochet. Les choses ont été claires entre nous. Il restait dans la salle de bain, et je le laissais vivre ici. Il y a des étapes comme celle ci, qui marque un cap dans un voyage aussi long. Une pause dans l’irrésistible errance de mon année, un endroit où je me sens bien et où je peux consacrer tout mon temps a…prendre le temps. Physiquement, on pourrait dire que je n’ai pas fait grand chose mais en réalité, mon esprit fut rarement aussi prolifique qu’en ces instants. Dans un cadre protégé, je vis des journées humaines sans me soucier des heures. Je mange lorsque j’ai faim, j’écris si je veux m’exprimer, je me baigne lorsque j’ai chaud,  je parle si je veux rire, je lis quand je cherche du sens et je plonge lorsque je veux du silence en observant la danse des dizaines de poissons multicolores autour de moi qui s’ébattent sur les rivages. Rien de moins. Je pense que tout un chacun  devrait se donner l’opportunité de vivre comme cela au moins une fois dans sa vie, de se donner des perspectives, d’améliorer sa compréhension, de décortiquer chaque sentiment, seul face a soi même.

Un bord de mer sauvage Depuis quelques temps, une nouvelle perception dans mes déambulations me guide. J’ai la certitude de comprendre un peu mieux les engrenages qui me font avancer, je constate l’exactitude de cette pensée et profite des rencontres sur mon chemin pour me compléter ou m’éclaircir. Certaines énergies s’attirent et nous font  vivre des choses à un instant donné, rencontrer des gens a un moment précis, dans un but précis. Il n’est pas question de destin, mais d’état d’esprit. Tout ceci a une certaine logique, une suite continue qui répond a une question. En avoir conscience, c’est se mettre dans de bonnes dispositions pour avoir une partie de la réponse. “Tu ne peux pas emprunter le sentier avant d’être toi même le sentier” disait Gantama Bouddha. C’est à dire d’être quelqu’un a travers qui, transit quelque chose.

Petits bungalows pour 5euros/jour Après avoir diner sur les quais avant d’embarquer pour Koh Tao, je rencontre un couple de français d’une cinquantaine d’années. Ils sont sympathique, et ont les traits des gens qui ont vécu malgré leur style, plutôt décontracté. Ils me font penser aux babas cool de “Into the wild” de Sean Penn. Nous partons et alors que la nuit absorbe les dernières étincelles de la ville, je retrouve l’homme a l’arrière du bateau, que je nommerai Franck.

des gens de passage qui croisent notre route Je réfléchis a ce que j’ai vu a Patong, et alors que rien ne le présage, je prend le risque de confier a cet homme mes ressentiments personnels sur la question. Il m’écoute presque indifféremment avant de s’exclamer après une bouffée de tabac: “Nous, on les cassait les macs.” Mon étonnement fait place à la curiosité, et il s’empresse de m’expliquer. Franck fut marin un moment. Il arpenta les mers du globe pendant 5 ans. Il y a 40 ans me dit-il, Bali n’était qu’un village et Punta Arenas un troquet. Quelle époque merveilleuse pour voyager. Puis, il se fait braqueur avec sa bande de motard, et sillonne les villes d’Europe à la recherche de menu profit. “Une existence intense et insouciante, où le risque se mue en exaltation” me confie-t-il. C’est à ce moment là, qu’ils se faisaient “protecteur” des prostitués lorsque leurs macs devenaient injurieux. Tout comme Jacques Mesrine, qu’il rencontrera. Puis, un braquage qui tourne mal, 23 ans de prison sans mot dire, une rédemption. Le récit de sa vie me replace dans une juste proportion, un ordre de grandeur plus judicieux. Je fus surpris de voir, qu’effectivement, les rencontres arrivent a un moment précis, pour des raisons précises. Cet homme avait des choses a me révéler sur l’objet de mes pensées d’alors. Sans cette conscience, je n’aurais jamais osé lui parler d’une idée aussi personnelle.

Arrivée à Tanotee Bay

Comme lorsque je suis arrivé sur l’ile. J’hésitais entre plusieurs options, mal réveillé. Puis un café et une idée claire. Je désigne un point sur la carte: “J’irais là, c’est ici qu’il va se passer un truc dingue !” Je me sépare donc de Franck et de sa femme, et arrivé sur Tanotee Bay, je tombe sur Marjorie et sa bande, connu deux semaines plus tôt à Kuala Lumpur ! Une intuition…

Tanotee bay

Tout comme les livres qui viennent plus a moi que je ne les choisis. A chaque fois, ils justifient ou expliquent une sensation jusqu’alors ineffable. Il en va de même dans notre vie sédentaire quotidienne, mais les voyages révèlent ce mécanisme, le catalyse. Il est très rassurant de vivre cette expérience, alors de ce point de vu, il est plus facile de se perdre dans notre vie sédentaire usuelle qu’en voyage. C’est un formidable révélateur de pensée.

Lorsque tout est flou Plus concrètement, je suis entouré de Gilles, Anne, Yoann, Violette, Tom et Amandine. Noelia, Gregory et ses parents, avec l’intrépide petite Lili, 2 ans. Chacun sa provenance, chacun son but. Et nous nous sommes retrouvé ici, par bouche à oreille. Oui, parce que je suis venu sur les conseils de Julien, rencontré à Kuala Lumpur, qui connaissait donc Anne et Gilles. Tom aussi, le moniteur de plongée. Il y a donc une continuité et pour cette raison il n’y a pas eu d’intégration, juste une suite. Un séjour a un endroit peut conditionner plusieurs semaines de voyage.

A l'arriere d'un pick up, taxi local Nous partageons nos journées tranquilles, des soirées, des jeux. On m’appelle Clochette ou Robinson. Nous sortons en ville, parlons de divers sujets autour d’un feu sur la plage. Nous sommes partis à la découverte des planctons fluorescents en pleine nuit. Comme si vous nagiez dans une poussière d’étoiles. Puis, la Full Moon sur l’ile voisine, une fête sur la plage connue mondialement. Une bonne bande de copain quoi. Chacun apporte sa petite touche.

Full Moon PartyFeu sur la plage 

Cette ile est touristique mais c’est un endroit préservé. Il nous faut marcher une heure pour rejoindre la ville. Mama Yang veille a son petit monde sous un œil maternel, conservant une ambiance décontractée et bon marché. Un petit tourisme encore synonyme d’échange. Ickay bay demeure protégée, sans affluence. Pas de bruit sinon ceux de la jungle, pas de lumières a part celle des astres. Un bonheur. La nuit le croassement roque d’effrayantes grenouilles brisent le chant des grillons. Les poissons regorgent sur les rives, l’eau est parfaitement fraiche et claire, les jus de fruits sublimes, la nourriture exquise, dont le fameux massaman, dont je recherche vainement l’équivalent depuis.

Petite soirée entre pote... merou attitude Mon petit coin de paradis. Mais la réalité n’est pas loin. Dans les obscurités de la nuit, au loin, s’élance de trop nombreux bateaux de pèche, et sur les rives, des traces de goudrons envahissent selon les marées, notre délicieux coin de paix.

sympathique ! Après ces deux semaines vivifiante, je dois reprendre la route, inlassablement. j’ai soif d’aventures et de rencontres. Ces thaïlandais m’échappent encore, je veux aller vers eux. C’est donc vers le Nord que j’irais à la découverte de ces gens, qui n’utilisent pas de papier hygiénique !

Fin de journée sur Ickay bay

 

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Le Paradis des aveugles

7 Août

Bateau traditionnels a Koh Phi Phi Je viens d’arriver sur l’ile de Phuket en Thaïlande que les agences de voyages vendent comme paradisiaque. Il fait nuit, tout est fermé. De frêles lumières défilent derrière les vitres de mon taxi hors de prix. Je découvre Phuket Town, vide et sombre. Ma petite chambre d’un hôtel miteux est aussi glauque que cette cité. Je songe a ces prochains jours, hypnotisé par le bruit du ventilateur mural, grinçant comme les roues d’une bicyclette bolchevik a Woodstock. Pourquoi suis-je ici ? Un hasard.

Splendide panorama de la fenetre de ma chambre, Phuket Town C’est la destination la moins chère en Thaïlande au départ de Kuala Lumpur. Et puisque j’y suis, je compte en profiter pour m’investir dans diverses élucubrations nocturnes. J’ai besoin de ce défouloir, de ce déséquilibre noctambule, de cette perte de conscience pour prendre une mesure plus juste de mes limites. Depuis mon départ, de telles occasions furent bien rare et les fêtes dans le coin sont de réputation mondiale alors voila une bonne occasion de lier la découverte à la décontraction mentale ! Mais plus important encore, cette partie de la Thaïlande a une très mauvaise réputation, tant au niveau du tourisme sexuel que de la dégradation de son environnement. Nombreux sont ceux d’entre nous qui ont vu des reportages indignant à la TV, je veux me rendre compte par moi même de ce qui ce passe la bas. Je pars donc en observateur. J’imagine m’être assez préparé a voir le vice, sous plusieurs formes.

Taxis en commun Je dégouline de sueur sous l’accablante chaleur de cette matinée d’été, abrité sous la tonnelle du bus local où s’amorce sur deux longs bancs en bois, une trentaine de thaïlandais moites. J’arrive à Patong, sanctuaire érigé à la gloire du tourisme. Le tsunami avait détruit la ville, je n’en vois aucune trace. Tout fut reconstruit en un temps record. Je pose le regard autour de moi. Je trouve cette ville moche, ne voyant pas quel intérêt pouvait séjourner dans ce labyrinthe de câbles électriques, de pilonnes et de béton gris crasseux. Je n’ai jamais eu aussi chaud de toute ma vie et ma chambre sans fenêtres n’arrange rien.

comment allier electricité et urbanisme ! Nice, St Maxime ou Grau du roi ? En m’avançant d’avantage, une ribambelle de filles postées devant des instituts de massages fondent sur moi. Elles sont souvent en uniforme selon leurs “clan”, sont tout a fait charmante et très insistante. Et puisque qu’il y a de ces instituts aux massages très douteux tout les 50m, il devient difficile pour un homme seul d’avancer dans les rues sans se faire alpaguer au passage, mais Dieu qu’on se sent beau !!

De quel massage parlons-nous mesdemoiselles ? De petites voies stridentes crient “massage” a tout bout de champs, sortant de je ne sais où. Voici bien l’expression phare du coin, décliné sous toutes les tonalités, de tout les coins de la ville, des caves jusqu’aux balcons. Je constate avec soulagement qu’il n’y a pas d’enfants. Du moins pas à la vu de tous, pas de façon honteusement assumé, c’était ma grande interrogation. Il y a des touristes occidentaux partout. Tous les Thaïs travaillent pour eux, enfin pour nous. Que des bars, des restaurants, des épiceries, des boutiques de locations, des agences, des souvenirs. La plage circonscrite est envahie de lézards aromatisés monoï. Rien de traditionnel ici, le seul intérêt pour moi réside dans l’observation du touriste.

Une deuxieme ville aprés la nuit... Après la 3ème douche de la journée, je sors diner. Entre temps, la nuit est tombée sous un ciel rose, aux lumières chatoyantes. Et, je n’en crois pas mes yeux. Je viens de comprendre ce qui fait la réputation de ce lieu. Une ville entière transformée en boite de nuit. Tout n’est que skylight, enseignes lumineuses, écrans géants, musique électronique, mini jupe et alcool. Les autoroutes de câblages se sont fait aspirer par la nuit de tout les vices et de tout les délices. Je m’y engouffre.

1ére image de Patong, il est 12hMeme endroit, 10h plus tard 

Je bois une bière, puis deux….et je fini en boite de nuit, rentrant au petit jour. Même si je suis parti en solitaire, je n’ai pas été seul une minute. Tout les bars ont leurs hôtesses qui viennent tenir compagnie aux clients assoiffés. Elles sont délicieuses et plutôt marrantes. Evidemment, elles sont ici pour offrir des services plus privés mais cela dit, elles sont la avant tout pour accueillir, au sens le plus respectable du terme. Elles parlent aux couples également, ne draguent pas, n’incitent pas à la consommation et ne font aucune propositions indécentes. Souvent équipés de jeux, je renoue avec une vieille passion: puissance 4 ! Je passe donc une bonne soirée entouré de filles courtoises, dans quelques effluves du houblon local. Je passais de bar en bar, toujours bien accueilli, toujours bien diverti, comme si j’écumai ces allées depuis toujours.

Le FBI s'exporte ! Passé le douloureux réveil des nuits qui se finissent le jour, je me rend dans une ile réputée, via une agence, pour une journée. Koh Phi Phi est une destination prisée non loin de Koh Lanta, tant pour la beauté des lieux que pour ses activités variées.

petits bateaux a moteur dans le lagon Une ile de reve Le trajet est assez long, d’abord en minibus, puis en bateau. Je passerai en tout et pour tout 4h sur l’ile. C’est court me direz vous. C’est bien ce que je pensais aussi mais largement suffisant pour y voir ce que je voulais. Une eau turquoise parsemée de centaines de bateaux, un village amorcé entre deux bancs de sable aux allures de Club Med, de minuscules plages recouverte de touristes, des bars branchés et des restaurants burgers-frites assurés.

 Plage avant l'assault  Village pitosresque Baignade privée port typique  Faisant quelques pas plus loin, je constate que les poubelles bien que cachées, s’amoncellent au bas des collines, que les plages locales sont recouvertes de détritus, que les eaux usées se déversent dans le paradis des aveugles. Il parait même qu’il n’y a plus de poissons, ce que je n’ai aucun mal a croire, a en juger par les squelettes de coraux morts, jonchés entre les orteils des touristes mal réveillés de la veille, tués prématurément par les moteurs de ceux qui exploitent justement ce qu’ils détruisent. Je constate donc avec assurance qu’il n’y a rien pour moi ici, sauf peut être la navrante réalité touristique amené a mes yeux. Et ce n’est pas en me noyant dans le flot d’occidentaux rosés dans l’embarcadère qui m’inspirera une quelque conque amertume en quittant ses lieux, sinon le gout d’un gâchis sans mesure.

Ca devait etre merveilleux il y a 20 ansOn peut aussi se contenter de montrer ces images la

Soyons clair. Il y a autant de voyage que de voyageurs. Chacun part pour des raisons qui lui sont propre et je n’ai pas a juger les intentions de chacun. Cela dit, je trouve dommage que ces touristes là se contentent de ce cadre personnifié. Pas tous bien sur, seulement une écrasante majorité. Le tourisme a recrée la côte d’Azur en Asie, les occidentaux restent entre eux, parqués dans les délices de la sauvage décadence de masse. Que 3 semaines de vacances par an incite les gens a adopter une attitude légère et désinvolte pour se soulager d’un quotidien: oui. J’adore aussi faire la fête. Mais il est trompeur de se contenter de cela quand on veut connaitre un pays. Qu’ils ne disent pas qu’ils étaient Thaïlande. Il n’y a plus rien du pays ici.

Prenons un peu de recul Tant de tentations et animations m’ont fait tourner un peu la tète. Il est facile de se laisser porter par l’attrayante facilité de la déconnection cérébrale. Je suis sortie une fois, j’ai profité d’un lieu festif, sans prendre part pour autant aux pratiques locales.

Que la fete commence ! Je reste encore quelques jours dans cette ambiance finalement malsaine et d’un coup,  à l’ombre d’un palmier, devant un thaïlandais écrémant sensuellement un roi fainéant, tout devient plus clair. J’ai un autre œil que le premier regard, un autre état esprit.

AvantApres 

A force de passer dans les même rues, les filles DU massage me reconnaissent. Ne jouant pas dans la même catégorie, je me contente de les faire rire lorsqu’elles m’abordent, en diverses pitreries et autres blagues naïves. Elles me font des signes de main pour me saluer et j’ai de la compassion pour ces femmes, que les aléas d’une vie insatisfaisantes amenèrent jusque dans les bas fond de la nature humaine. Je me suis pris d’affection pour deux hôtesses surtout: Mod et Wee. Je vais boire une bière en leurs compagnies quotidiennement, nous parlons de tout et de rien. J’essai d’avoir des rapports normaux avec elles. Comme un type normal qui parle avec une fille normal. Elles savent que je ne vaux pas d’argent a leurs yeux mais elles apprécient ce respect dans  la simplicité de nos éphémères relations.

Un petit troquet, tout simple bord de mer Elles viennent toutes deux du Nord-Est du pays, région paysanne et dépourvue de travail, elles ont des enfants dont le père est parti. Pas d’études, pas de qualifications, pas de maris. Un retraité expatrié m’explique le fonctionnement de cet univers. Livrées a elle même dans des familles solidaires mais désemparées, elles n’avaient le choix qu’entre faire des chemises dans une usine, 14h par jour pour 100 euros/mois, ou vendre leurs charmes pour le triple. Ces jeunes filles de nature réservée n’ont rien a faire la. Rien. Y en a t-il d’ailleurs ? La prostituée nymphomane est un mythe.  Et leurs conditions me navrent et me révoltent.

des bars... ...et encore des bars Est-ce donc la seule perspective d’avenir que l’occident peut apporter ? Bien sur, certains diront que c’est un moyen de s’en sortir pour elles, de gagner de l’argent dans un pays sans perspective, que c’est un échange finalement. Peut être même qu’ils aident ces femmes en couchant avec! Qu’ils font de l’amour ! Que c’est de l’humanitaire ! J’observe ces hommes qui se comportent comme des rois, en marmonnant sans cesse ces paroles de Notre Dame de Paris, corrigées pour l’occasion:

“Les oiseaux que l’ont met en cage, peuvent-ils encore voler ? Ces jeunes filles que l’on outrage, peuvent-elles encore aimer ?”

Ils dépassent les limites de l’indécence et n’ont aucune préoccupation du désir féminin. La dignité se courbe devant l’argent. Un soir alors que je parle avec Mod, le patron_un français!_ la chope d’une main ferme et la jette dans les bras d’un ami  ivre. Après l’avoir forcé a boire et a danser dans une vulgarité dédaigneuse, ils disparaissent ensemble dans les abimes d’une immoralité devenue la norme. J’assiste à la scène médusé, et le dernier regard que Mod me lança par dessus l’épaule avant de le suivre, m’arracha une larme d’impuissance face a des forces si humiliante…

Sais-tu encore voler toi ? Je me sens terriblement seul. Seul avec mes idées. Un jour, quelqu’un m’a dit avant de partir qu’il n’avait pas besoin de voir pour savoir. Je peux dire aujourd’hui qu’il y a une très nette différence entre savoir qu’il existe une industrie du sexe en Thaïlande, ou ailleurs, et connaitre les femmes qui en sont victime. Une simple commisération peut être. Alors dans cette profusion de vices, dans cet irrespect de la nature pourtant vendeuse et dans le mépris de la dignité humaine, je me demande si l’enfer est paradisiaque ? Au paradis des aveugles, l’apathie est reine.

Notre bonheur doit-il se faire au depend des autres ? La moralité a-t-elle quittée le monde des hommes ? Je savais que le tourisme de masse se faisait au détriment des populations locales ou de l’environnement. Je constate qu’a Phuket, il se fait au détriment des deux. Et d’avoir vu la réalité de cette perversion dans le regard de ces femmes me laissera un souvenir bouleversant et coupable. Car nous ne sommes jamais complètement innocent.

“Un voyage est un morceau de l’enfer” Mahomet

Mon petit refuge, un restaurant en bord de mer

Les portes de l’orient

1 Août

Temple Hindouiste Je dors une troisième nuit dans le petit aéroport d’Auckland que je connais comme ma poche, avant d’embarquer dans l’avion qui me déposera en Asie. J’ai hâte. Depuis l’Amérique Latine, jamais je n’ai été plus été excité. Je sais que je pars à la découverte d’une autre planète, d’autres modes de pensées, de vies. A quoi peut bien ressembler la vie la bas ? Quels aspects que je n’ai pu découvrir dans les livres, vais-je vivre ? De formidables défis m’attendent sur ce continent gigantesque. J’ai plus ou moins 5 mois pour y répondre. Je sais que je vais devoir m’ouvrir encore plus, je vais devoir balayer mes aprioris, mes idées toutes faites, mes méfiances et mes incompréhensions. Arriver vierge, sans plans. Je dois tomber ces barrières si je veux donner une nouvelle implosion a ce voyage. Mais je n’ai d’autre choix, je ne suis pas ici pour voir, mais pour regarder. Je pense souvent à la ligne de conduite que doit adopter Chihiro dans “Princesse Mononoke” lorsque pour se délivrer d’un maléfice il doit “poser sur le monde un regard sans haine”. Je n’ai pas cette prétention mais c’est un objectif vers lequel tendre. Mais je ne me suis jamais senti si fort, si prés, si sensible. J’ai lu “La Prophétie des Andes” de Redfield. Un bouquin si parlant au voyageur en quête de sens. Je sais que j’ai déjà trouver un certain nombres de réponses à mes questions, et j’attend avec impatience la découverte des suivantes. Pour continuer MA révolution.

Singapour au crepuscule

A l’instant où les portes de l’avion s’ouvrent, un air chaud et puissant s’engouffre dans l’appareil climatisé. La seconde d’après, je pose le pied à Singapour, les poumons brulés par la moiteur irrespirable de l’atmosphère. Nous sommes à 180 km au Nord de l’équateur. Me revoilà dans notre l’hémisphère. Je n’avais pas vraiment prévus de passer par là mais lorsque j’ai fait mes plans deux mois plus tôt, il s’avérait judicieux financièrement de voler jusqu’ici. Alors quitte a y passer, autant y rester quelques jours. Singapour devrait mélanger les styles et de ce fait, constituer une bonne transition.

Mais ou est mon avion ? Hall de l'aeroport de Singapour Ici encore, je suis attendu à l’aéroport. J’ai contacter une jeune fille répondant au nom de Dhava via le site couchsurfing. Je devrais passer les  3 prochaines nuits chez elle. Une pancarte à la main, je la découvre des la sortie des douanes. Ni bise, ni contact physique. Sans tarder, nous nous rendons dans le centre de la ville, a un concert. Le métro est ultra moderne. Je scrute autour de moi. Toutes les origines, tout les styles y sont représenté. Les tongues sont la référence mais il y a beaucoup de gens en costumes aussi. L’autre constante, ce sont les téléphones portables. Pas de magazines, pas de livres, ni de mangas. Juste des milliers de gens bidouillant leurs brouilleurs d’ondes dans diverses entreprises.

quai du metro aerien Métro

Notre chemin jusqu’au City Hall m’apparait comme un labyrinthe. On monte, on descend, on passe par des halls, des parkings, des galeries marchandes, des escalators, des marches. Tout est lisse, moderne, propre. Des néons distribuent de vives couleurs où que nous soyons. Lorsque certaines avenues sont trop importante, il y a des passages souterrains illuminés de milles boutiques. Je ne comprend pas vraiment ce sens de l’orientation malgré ma sensibilisation parisienne. Mais je suis Dhava sans poser de questions. Puis nous débouchons sur la place, au bord de la rivière. En face de moi, se dresse le quartier d’affaire. Comme je l’imaginais. Gigantesque, scintillant, moderne et original. Ce n’est pas mon style de paysages favoris mais il faut bien avouer qu’il y a quelque chose de captivant a se dire que des hommes ont construit cela. Le quartier de la défense a Paris devient soudain plus anodin.

1ére vue en arrivant dans le centre. Wahou, ca calme ! Dhava est adorable. Elle m’accompagne durant tout le weekend en prenant soin de me montrer ce qui se fait de mieux.  Elle est né a Singapour mais elle est d’origine indienne. Elle n’a pas de religion, ne parle pas sa langue maternelle et travaille dans un café, en parallèle de ses études de biologie. Elle aime voyager mais n’aime pas les soirées mondaines. Son grand projet ? Faire un bouquin qui recenserait les différentes types de toilettes à travers le monde ! Pourquoi pas. Nous parlons anglais bien sur, mais on ne peut pas dire que nous ayons de grandes affinités.

Parc botanique Bonzai !

Nous parcourons ensemble les allées du jardin botanique. Un endroit préservé du bruit et de l’agitation de la ville. Il fait parti des plus beau parcs que j’ai pu voir, une alliance mesurée de composition et de nature. Elle m’explique beaucoup de choses sur les fruits et la flore de façon générale. Dans cette dynamique, nous allons planter un jardin a papillons dans les bacs de la ville via une association écologique. Nous nous échappons ensuite une après midi sur l’ile Tekong. Nous marchons sous une chaleur accablante, dans cette jungle fournie. Je sens une Asie plus naturelle, plus sale, plus brouillonne. Singes, cochons sauvages, iguanes, oiseaux, araignées ou punaises géantes viennent jusque sous nos pieds. Un parfait avant gout. Je me régale.

Les bords de l'ile Tekong Petit village de location en tout genre Marais et jungle, sous une chaleure étouffante Le petit singe mignon Et de retour au centre ville. De larges avenues entièrement dédié à la consommation s’ouvre a moi. Ce n’est pas un enchainement de boutiques mais une juxtaposition de complexes futuristes.

Une cité HLM comme on en reve ! quatier ou habite Dhava Un petit centre commercialCentre d'affaire au bord de la riviere     

Partout, des centres commerciaux rivalisant d’architectures appellent ses fideles. Il faut dire, que le shopping est la distraction nationale dans une ville-état de 400km carré. Nous nous rendons au musée des civilisations d’Asie. Un endroit passionnant, une représentation brillante les cultures du Moyen-Orient jusqu’en Chine.

Une ville verte malgré toutNon ceci n'est pas un avion sur des buildings mais bien une piscine de luxe au dessus de la ville. droit d'entrée: 80euros

Une journée seul, je m’aventure dans Little India, un quartier populaire fameux, a la découverte des temples hindouistes. Pour la première fois, je visite une mosquée aussi, en vêtement traditionnel. Je me rapproche un peu plus d’une autre Asie. Tout est moins cher, il y a des marchés, des brocantes. Souvent, des odeurs de poubelles vous envahisse les narines l’espace d’une brise. Mais c’est vivant, terriblement dynamique. Juste s’assoir et regarder les ouvriers allant manger, les taxis-motos, les pétrolettes a chariot, les maraichers, les livreurs, les mendiants, les tuk-tuk, les piques assiettes ou les pince sans rire, voila une activité passionnante.

  alors...on est ou ? Little India L’organisation de cette fourmilière cosmopolite est impressionnante.  Singapour n’appartient a aucun pays. Tout n’est que diversité dans l’un des pays les plus riches d’Asie. Cette réussite attire beaucoup de gens. De la main d’œuvre notamment. Organisation, rigueur, propreté, innovation et culture prennent toute la place dans une des villes des plus surs du monde.

Architecture paradoxale ?

Alors, la question qui m’est venu ensuite est: la réussite oui, mais  a quel prix ? Les pragmatiques diront que les résultats obtenue sont prodigieux. Rarement un pays de la région allie des performances écologiques à la hauteur de ses profits. Des 1979, l’état a prit des résolutions drastiques pour nettoyer puis préserver les eaux du territoire. 10 ans plus tard, les poissons revenaient. Preuve que les paris audacieux peuvent payer.

La Grande Mosquée Sultan

Les autres verront un état autoritaire, policier et contradictoire. La prostitution est autoriser mais manger dans le métro vous coutera 300 euros d’amende. Les rues sont les plus propres du monde car si vous jetez un papier, mâchez un chewing-gum, traversez la route au rouge ou en dehors des passages piétons, c’est la même punition. Fumer une cigarette dans un lieu public a moins de 5 pas d’une porte et plus de 5 pas d’une poubelle-cendrier, en terrasse d’un café, dans une rue commerçante ou dans un abris bus coute 3000 euros. Quand a la détention de drogue, on vous pend haut et court ! La dictature de l’argent impose sa loi. Les immigrants baissent la tête devant les natifs, les gens s’afférent a rester dans les clous, consommer comme tout bon citoyen. A Singapour, la réussite justifie les moyens.

Temple Hindouiste

Dhava pense que ces mesures étaient nécessaire et que l’application des lois n’est pas aussi strict que cela. Pour me le prouver, elle sort une bouteille d’eau dans un bus et boit ! Mon Dieu, infamie, sacrilège, provocation ! Je m’attend a des sirènes, peut être une esquate de policiers parachutée sur le toit du bus….Je ferme les yeux….et il ne se passe rien. Quelle rebelle cette Dhava ! A son propos, je constate une chose surprenante.

La fameuse piscine de nuit...hum Ce pays est donc le plus sur du monde ou presque. Il n’y a donc pas d’insécurité. Mais malgré cela, le sentiment d’insécurité ne disparait pas chez elle. Little India, ca n’est pas sur pour Dhava mais que dirait une femme de Johannesburg ? J’ai vu des quartiers de Paris autrement moins sur.

Quartier residentiel Je suppose qu’a vouloir contenir les gens par la répression, on les engendre a avoir peur. Les gens sont sage, c’est un fait, mais parce qu’ils craignent d’être puni. Ne pouvons nous pas construire une société responsable sur un autre modèle que celui de la peur ? Certes, il faut des règles pour vivre en société, c’est indiscutable. Peut etre que nous pouvons obtenir les mêmes résultats par un devoir moral plus développer. Utopie ? Regardons l’histoire ensemble, a t-on seulement déjà essayé ? La télévision si populaire a travers le monde pourrait être un media privilégier mais vous semble t-elle véhiculer une quelconque moralité ?

Alors..qu'est-ce que je pourrais acheter dont je n'ai pas besoin ? Voila quelques pensées avant de m’endormir lorsque je campe sur le sol du salon de Dhava, au milieu de ses chats à la queue cassée. Je me garde de répondre car je ne connais pas assez les questions, mais je m’interroge. C’est donc a ce moment là que je quitte cet environnement bétonné, pour me rendre en Malaisie.

Les celebres tours Petronas de Kuala Lumpur Artere de la ville

Je monte alors dans le 10ème avion de mon voyage, celui pour Kuala Lumpur. Cet arrêt de 15 jours est purement stratégique car je veux y demander mon visa indien. Après très peu de contrôles, je descend du bus qui me dépose en centre ville. Comme souvent en pareil situation, je me dresse droit, les sacs a mes pieds, et je regarde, j’emmagasine, je me nourris de ce que je vois. Et une vague de bien être m’envahi. J’ai atterri dans le quartier chinois, et tout n’est que pagaille. Je retrouve un peu de ce qui a fait le charme de ma Bolivie.

 Chinatown Rue pietonne du quartier

C’est très positif aussi de séjourner quelques jours dans un pays musulman qui aborde l’islam différemment du Maghreb ou du Moyen-Orient. De grandes avenues saturées de voitures klaxonnant a tout rompre, des tuk’tuk, des mobylettes. Lorsque les piétons embrassent la chaussée, c’est une foule compacte qui prend d’assaut l’avenue. Les magasins exposent dehors,les stands de nourriture sur le pouce s’immiscent sur les trottoirs, les devantures sont lumineuses, la décoration chargée. Je respire une grande bouffée d’air pollué avant de m’engouffrer dans cette marmite de vie. Apres deux mois d’absence, je me dis: “Te revoilà là où tu te sens bien, dans l’effervescence.”

Prés des centres commerciaux, dans le quartier chic Une femme en niquab patiente 

Depuis mon arrivé en Asie, il y a un voyage surprenant que je fais plusieurs fois par jour, lorsque je vais manger. Je m’éclate, quel pied ! Quelle diversité, que de nouveautés, de couleurs, de gouts différents. On peut manger au restaurant ou sur le pouce, choisir de petits stands installés à la va-vite ou déjeuner dans les marchés locaux. On peut commander Chinois, Indien Thaï, Vietnamien, une soupe, du riz, des fritures, des insectes, du poulet, des brochettes, des noodles, du soja, du tofu, des grillades, du poissons, des sauces sucrées, poivrées, épicées, des jus de fruits, des shakes….Indescriptible.

Pleins de petits stands de nourriture réunis autour d'une terrasse commune Singapour, mes premiers contacts culinaires Mais, il vaut mieux ne pas avoir une envie prédéfinie et se laisser aller au grés de sont intuition car on ne sait pas toujours ce que l’on mange, et surtout, les photos si capitales dans le dernier choix, ne sont pas tellement contractuelles. J’ai l’impression que c’est plus une affaire de texture que de saveur, tant les sauces ou soupes sont épicées.

Fin du marché a chinatown a Kuala Stands de bouffe

Je me trouve une auberge génial. Crasseuse, infectée de cafards mais tellement accueillante, conviviale et décontracté. Ce sont toujours les petites structures que j’ai le plus apprécié. J’y fais des rencontres que je sens déjà capitale pour la suite: Julien et Carla, un couple franco-tchèque, Geraldine et Sarah un duo fusionnel ou Margaux me parlant de ses expériences dans l’humanitaire en Afrique.

Malgré tout cela je découvre des mon arrivé que l’obtention du visa indien va être difficile. Renseignements pris, les autorités ne délivrent plus de visa indien aux non résidents depuis quelques semaines. Ils ont changés les règles du jeu en 2 mois sans me le dire !

Ok. Pas de problème. Je m’organise dans l’urgence, et je prend l’avion 5 jours plus tard pour la Thaïlande, en espérant pourvoir faire ce visa plus tard a Bangkok. C’est reparti !

Plus original que suculent !

 

L’autre France

22 Juil

Bungalows sur pilotis. Ilot maitre Océanie deuxième édition. D’Auckland, je rejoins en quelques heures la France, celle du Pacifique Sud et des Kanaks: la Nouvelle Calédonie. C’est une étape de transition, qui n’aura pas son pareil. Déjà, parce l’objet de cette destination est d’aller voir un ami de longue date qui y réside depuis 2 ans. Ensuite parce qu’il y a une sensation particulière a visiter dans un endroit lié a notre patrie, mais avec de singulières différences .

une fin d'apres midi dans la baie de moselleJe pose le pied sur le tarmac chaud du “caillou”. L’air brule mes yeux peu accoutumés au 22° de cette saison fraiche. A la sortie de la zone internationale, Quentin et Isabelle m’attendent. La encore, délicieuse sensation d’être accueillis. Nous nous jetons dans les bras les uns des autres, et ils me couronnent du collier de fleurs fraiches traditionnel. La porte vient de s’ouvrir. Quel bonheur de glisser paisiblement vers ce pays sans chercher sa route, sans grappiller des informations en essayant de comprendre une langue étrangère, perdu dans un lieu vierge de ressentis. Et escorté par des amis qui plus est.

Des paysages riches

Ainsi, des mon arrivé, nous allons marché au bord d’une des plages de Nouméa, au soleil couchant. J’observe autour de moi, les voix et les panneaux sont en français. Tout un univers familier qu’il ne m’a plus été donné de voir depuis plusieurs mois alors que je ne pourrais probablement pas être plus loin de chez moi. Je capte des bribes de conversations en croisant les gens, j’entend des noms connus peu applicable jusqu’ici a une ile tropicale comme baie de Moselle ou Magenta qui n’est alors plus seulement un arrêt de métro parisien. Les premières images que j’ai en tête de cette rencontre avec la Calédonie m’insuffle une énergie nouvelle. Une ile a l’été éternel, d’une beauté scandaleuse.

1ere image en arrivant a Noumea Alors commence 10 jours de vacances ! Je commence par flâner dans la très étendue Nouméa, une ville respirant la décontraction. Les bâtiments ne sont pas hauts et souvent agrémentés de cocotiers. Rien ne semble grave ici bas. Le charme des iles isolées certainement. Partout dans les rues, les ethnies se mélangent et se croisent.

Place des cocotiers une journée de semaine sur la place des cocotiers Sur la très verte Place des Cocotiers, centre névralgique de la capitale, de nombreux kanaks se prélassent dans l’herbe, pique-nique joyeusement alors que les enfants jouent autour de la nappe patriarcale. Il semble que le stress des capitales n’a jamais prit le bateau jusqu’ici. Je découvre les rues, les bâtiments coloniaux, les baies et les ports d’une ville franco-tropicale, ancien bastion ou l’on punissait nos prisonniers. J’en profite pour faire le plein de lectures. 

Port de la baie de Moselle Rue du centre ville  Une ville verte  Couché de soleil sur le port. Une petite biere ? Je me rend ensuite à l’aquarium de la ville, à la découverte de la faune et flore sous marine locale. Un univers stupéfiant de couleurs, d’harmonie et de surprise. Ce musée vivant bien conçut me fait découvrir les coraux, la mangrove et l’alchimie fragile de ces organismes menacés. Le tricot rayé, le plus gentil des serpents mortels et les coraux phosphorescents.

Un poisson zebre d'apres moi Le gentil tricot rayé le migon crabe violoniste les coraux phosphorescents. Garantie sans lumiere ! Saviez vous que la France possède la 4ème plus grande superficie de récifs coralliens au monde ? Vu de la métropole, je ne se rendais pas compte de la richesse et de l’étendue de nos territoires d’outre-mer. De même, le parc animalier m’implique dans une autre mesure à la complexité de l’ile lorsque je me rend compte du nombre d’organismes endémiques. Dont l’insolite Cagou national, n’ayant rien a envier a son voisin Kiwi.

Le CagouMon ami le Cacatoes Le paon. Fier Et l'Iguane, le pas beau !  Puis viennent des jours reposant, idyllique. Une ile, une plage, l’océan turquoise, le calme et l’évanescence des premières impressions. Nous nous rendons sur l’ilot maitre, puis l’ilot canard par bateau taxi. Si les plages n’ont rien de spectaculaires, elles ont le mérite d’être charmante et intime. Et jamais, je n’avais nagé dans une eau aussi limpide.

je crois que ces photos se passent de commentairesNouméa vu de la mer. OO, je vois l'appartement. Contrairement a e que l'on pourrait croire, la Caledonnie n'est pas si touristique que cela. Et je ne m'en plains pas !  Bon...heu...voila ou l'on se baigne !!! Arrimage sur l'ilot maitre !  rien a dire Des décors de cartes postales à 10 min de la ville. Il est plus que temps, après 6 mois de voyage, de se laisser aller a dorer au soleil et de se rafraichir au cours de plongées stupéfiantes au milieu des poissons, avec en contre bas, des coraux aux milles couleurs. Un autre monde.

 de delicieuse plongées...et il ne suffit que d'un masque et d'un tuba Seul sur le sable, les pieds dans l'eau....Mon reve était trop beau. Je peux presque toucher les poissons qui virevoltent tout autour de moi. Légers et vifs, ils effleurent les récifs irréels. C’est dans cette aquarelle silencieuse que je découvre enfin l’océan Pacifique, vivant et prodigieux. Ici, les yeux perdus sur l’horizon infini, je réalise que je suis dans le plus grand lagon du monde. Je n’en ai presque rien vu et pourtant, il m’a déjà séduit.

Parc de la riviere bleueL’autre grand temps fort de mon séjour fut nos marches. Au mont Khogi d’abord au cœur de la foret primaire semi-tropicale, puis dans le parc de la rivière bleue. Des endroits préservés depuis des siècles. Une journée a travers des paysages tantôt chaleureux comme la cascade de la Madeleine, tantôt désolé et inquiétant, à l’image de la foret noyée. La terre est rouge sang, les bosquets verts vifs. De petites collines vallonnent le paysage façonné par les cours d’eau.

Cascade de la MadeleineCeci est une riviere qui appelle a la baignade, non ? Quentin perdu au milieu de la foret séche, du coté du Mont Khogi     La foret noyée

Un pique nique après une petite tête dans un cours d’eau merveilleusement frais, perdu dans une foret abondante sous la vigilance du grand Kaori. Que demander de plus ?

Isabelle et Quentin Et bien si, il y a eu plus. Une richesse qui ne se découvre pas aussi facilement qu’une salade tahitienne. Celle de deux amis qui se retrouvent dans un contexte inédit. Il fut déroutant de constater que ce temps ensemble nous a donné une vision plus complète de nos individualités. Nous avons vécu plusieurs jours ainsi, dans un rythme amical. Lors de nos journées, nous débâtions longuement de divers sujets, avant de partager le soir venu, de bonnes parties de jeux vidéos. Ce partage me manquait.

A fond la caisse !!!  J’ai eu la chance d’être bien accueilli par ces amis prenant à bras le cœur le destin de leur colonie. En effet, prochainement, un referendum décidera de l’autonomie complète ou non de la Calédonie. Travaillant dans des milieux proche de ces questions, ils m’apportèrent une nouvelle vision des problèmes intérieurs. Ils me proposèrent aussi un regard nouveau: celui d’une France qui regarde LA France.  Quelque chose qui m’était alors inconnu.

Sur la plage abandonnée... Apres ces instant salvateurs, je dois reprendre la route. Il y aura un avant et un après Nouvelle Calédonie. Parce que j’ai vécu quotidiennement avec un ami et aussi car, la veille de mon départ, nous avons fêté mes 6 mois de voyage. Pas de conclusion hâtive, pas de recul, pas d’enseignements dogmatiques. Seulement la satisfaction  d’avancer et l’émotion de construire au jour le jour, une nouvelle conscience du monde qui m’entoure. Je sens dés lors que rien ne sera plus jamais pareil.

Moi, je voulais faire des cabanne comme ca aussi ! na !

Il est temps de pousser la grande porte de l’Asie, le 3ème continent, si déroutant et indescriptible. Une étape de 5 mois qui me réserve des surprises a n’en pas douter. Mes plans m’ont poussés vers Singapour, un parfait melting pot d’insertion.

quand meme !

Le vague a l’âme

10 Juil

La Mer de Tasmanie Parmi toutes les belles expressions de la langue française, j’aime particulièrement celle-ci. Une image agréable de la conscience qui va et vient dans certaines réflexions empruntes d’une douce mélancolie sans pour autant sombrer. Voila donc comment j’ai vécu un moment de ce long voyage, avec chaque jour ce vague a l’âme jusque dans les viscères de la pensée. Ce n’est pas la faute d’un pays, d’un climat ou d’une population, mais plutôt la rencontre de plusieurs facteurs qui se mêlent un temps donné pour aboutir a cet état d’esprit. Rien d’alarmant donc, juste une étape lors d’une année loin de tout ce qui m’est coutumier. Moins folklorique mais constructive. Je savais par avance que ce moment viendrait dans les premiers 6 mois, il a juste duré plus long que prévus.

Le lac de Wanaka D’abord, j’ai réellement vécu avec la solitude depuis deux mois. Lorsque j’ai quitté Zobair, j’ai quitté aussi l’échange et la sociabilisassion qui font corps avec un voyage. Durant ce laps de temps, je n’ai pas crée de réelles relations. D’une part, parce que je n’en avais pas envie alors même que cela pouvait me manquer, et d’autre part, parce que les voyageurs fréquentés étaient différents. La plupart, cherche du travail et demeure ici pour un long séjour. D’ailleurs, ce ne sont pas de réel voyageur pour la plupart, simplement des gens qui veulent s’expatrier un moment. Beaucoup fuit ce qu’ils n’aiment pas en France. Les options sont donc différentes et le concept voyageur-aventurier ne se rencontre plus si souvent. Dans ce cadre, je ne rencontre pas d’alter-ego a proprement parler et je fais figure de marginal avec ma tente et mon duvet. Le temps que je ne passe pas a parler, je l’utilise a réfléchir. Je cherche du courage et de l’inspiration chez Nelson Mandela, Alexander Supertramp, Mohammad Mossadegh, Sir Edmund Hillary, Mehdi Ben Barka, Bruce Chatwin… Parfois avec intelligence, souvent en tournant en rond.

Une recherche d'inspiration sur les péripheries de Rotorua Ensuite, le pays s’est confronté a mes aspirations. J’ai déjà fait allusion au froid et la pluie du kiwi-hiver mais il n’y a pas eu que cela. La Nouvelle-Zélande est un pays colonisé très tard, moins de 200 ans, ce qui pourrait laisser a penser qu’il est encore aujourd’hui, relativement préservée.

Une maison isolée en bord de route, vers Wanaka Savez-vous d’ailleurs, que cette ile a failli être française ? En gros, nous avons accosté mais nous avions oublié le drapeau. Alors le temps de faire l’aller-retour en métropole, et les anglais en prirent possession.  Vous imaginez si l’histoire ne nous avez pas joué un mauvais tour ? Nous pourrions nous vanter d’avoir un autre territoire splendide dans le Pacifique, nous serions les maitres incontestés du rugby mondial en jouant à la fois le tournois des 6 nations et  le tri-nations et l’on pourrait rencontrer les kiwis francophones a l’accentuation inspiré de la Provence pour le Sud, de l’ile Maurice pour l’intrigue et du Québec… juste pour le fun ! Enfin bref, l’influence est plus du coté de “Good save the Queen” que de “La Marseillaise” ! Dommage.

kiwi campagne un peu avant Taupo S’il y a de nombreux parcs nationaux, de sites protégés et peu de grande agglomérations, l’évolution a l’anglaise a conditionnée tout de même les éléments naturels. Il n’y a que 4 millions d’habitants pour une surface un peu plus petite que la France. Mais le pays n’est pas vide, loin de la. Car il faut compter avec 40 millions de moutons et donc, des enclos gigantesques a perte de vus là où il y avait des forets jadis. Le territoire est quadrillé. De même, le pays des All Blacks est le seul pays occidental où je me rend durant cette année, et je sais pourquoi. Cette exception est de mon fait car je rêvais de ce territoire malgré tout depuis des années. Mais je me rend bien compte que même perdu dans l’océan, un pays occidental le reste. Du fait de sa courte histoire, il y a même moins d’attraits qu’en Europe, au sens civilisation du terme. Ni l’architecture, ni l’animation des villes n’offrent un sérieux contre poids aux kilomètres de barrières le long des routes.

centre ville de Taupo De même, la culture maori n’a pas survécue comme je l’imaginais. Si elle est mise en avant a l’étranger, en ce qui me concerne la plus grande vitrine du pays reste l’équipe de rugby, elle relève plus du vestige en sont sein. Certes, la langue maori est enseignée a l’école mais tout les représentants de ce peuple vivent a l’occidentale. Il n’y a plus que des villages model exposés aux yeux des touristes en quête de mise en scène et des spectacles rituels reconstitués d’une époque révolue. Heureusement, il reste encore cela pour les mémoires mais a mon sens,  il ne reste QUE cela. C’est un décalage important avec mes aspirations. J’imaginais que cette culture se vivait et non s’exhibait. Car il ne faut pas se leurrer, ces attractions relèvent plus de la boite à fric que du travail de mise en valeur d’une culture ancestrale. Ou alors, suis-je passé a coté de l’essentiel tout naïf que j’étais.

vous voulez de l'authentique ? Dans ce contexte, je continue envers et contre tout a arpenter les routes, malgré les vagues. De Queenstown je vais jusqu’à Picton en passant par Wanaka,Westport, Nelson et Takaka. J’hiberne dans les auberges lorsque le temps est trop mauvais. Je découvre avec tristesse qu’il y a un niveau de confort que j’arrive pas a sacrifier. J’imaginais pouvoir vivre dehors et ne dormir que 2 ou 3 fois par semaine en auberge. Je pensais pouvoir tenir en extérieur, aussi pour me rendre compte de ce qu’implique vivre dehors en hiver. Mais non, la tendance s’est plutôt inversé a mesure que le froid me glaça les os et que la pluie me démoralisa. C’est beaucoup plus dur qu’il n’y parait. Un échec.

Averse toute mignone ! J’arrive toutefois a trouver un créneaux pour marcher dans le parc Abel Tasman, en bordure de la mer de Tasmanie. Le temps est relativement plaisant et j’avale les 60 km tranquillement en deux jours. Le chemin oscille entre de beaux sous bois aux allures tropicales et de superbes plages aux eaux transparentes.

decor de bord de mer Foret aux allures tropicales Un endroit idyllique en été, j’imagine. La particularité ici, c’est qu’il faut compter avec les marrées pour traverser certains estuaires. Me voila donc, chancelant, pied nus sur les coquillages, de l’eau jusqu’aux genoux, en essayant d’éviter les crabes pourchassant mes orteils ensanglantés. Une bonne expérience. Je rencontre quelques promeneurs venus en bateau pour la journée, mais la nuit venue, je suis seul. Seul sur des plages dorées, avec le doux remous des vagues qui s’échouent sur les flancs rocailleux. Malgré la fraicheur environnante, je m’y sens bien. C’est reposant. Et lorsque l’obscurité règne, je découvre de mignons petits chapardeurs: les Possums, sorte de lémurien croisé raton-laveur. Ils vont et viennent sans peur et sans reproche. Pas farouche, ils s’aventurent jusqu’à gratter ma tente pour trouver de la nourriture. Espiègle mais tellement mignon malgré les dégâts inimaginable de ce nuisible importé, comptant 60 millions de représentants !! La pluie eut un jour d’avance, et je rentre tremblotant en ville.

ilot sous le soleil rasant de 15h une eau limpide, si seulement il faisait plus de 10°

Puis je prend le ferry pour atteindre l’ile du Nord. J’arrive a Wellington au crépuscule. Enfin une ville ! Il y a des gens dans la rue, de l’architecture aussi moderne soit-elle, des musées, des terrasses…La capitale est tout de même caractéristique d’un mode de vie serein. Les gens ne sont pas stressé. Il y a une décontraction générale apaisante dans toute l’ile. De manière générale, je pense que le pays offre de bon compromis pour s’expatrier, dans une société anglo-saxonne calme et responsable, au centre d’un milieu naturel varié et profond.

centre ville moderne arrivé sur Wellington au crepuscule 

Puis je reprend la route, vers le nord. Pamelson North, Taupo, Rotorua et Auckland. Je traverse sans trop de difficulté la plus grande partie de l’ile. Je me balade vers Taupo où le cratère de la lune renfermant des fumerolles me déçoit après le Sud-Lipez bolivien. De même les Huka Falls, un des sites les plus visités du pays. C’est une jolie rivière qui se resserre un moment, formant un torrent puissant. L’eau a une couleur bleu très pure mais rien à la hauteur de sa réputation. De même, Rotorua est une curiosité. Une ville construite sur la ceinture de feu du Pacifique a l’activité géothermique omniprésente. En atteste l’odeur de souffre a chaque coin de rue. Entendons par la d’œufs pourris. La encore, rien de très surprenant.

Village Maori pres de Rotorua. a bon ?Fumerolles du cratere de la lune. Taupo

Auckland, capitale par consensus du Pacifique Sud, offre de belles balades en milieu urbain, même si la dispersion des quartiers la rend désordonnée.

 Auckland avec sa fameuse tour, la plus haute de l'hemisphere sud queen street, l'artére de la ville modernité et audace centre ville et directions

  Malgré le peu d’activité qui rythme mes journées, je me rend compte que j’ai traversée la Nouvelle Zélande presque uniquement en stop. En dehors de 2 bus, un RER et un bateau, j’ai passé beaucoup de temps aux bords des routes. En un mois 1/2, mon budget transport fut de 50 euros. C’est un moyen de visite parfois long et difficile mais souvent surprenant. Par tout les temps, attendre des heures durant au bord de l’asphalte n’est pas forcement le paradis du voyageur mais fait partie intégrale de l’aventure.

L'un des 28 véhicules de ce voyage en NZ je ne le savais pas encore mais mon logi était juste derriere ! Un bosquet ! Il y a les compagnons de route comme les vaches avec qui je me surprend a converser, les jeux stupides comme jeter des cailloux ou construire une réplique de la dune du pila en gravillons. Et puis, les poèmes récités a hautes voix, les chansons crié a tu-tête, les danses folkloriques scabreuses destinés a appâter l’automobiliste. Parfois, je pensais dormir ici, dans ce bosquet et puis une voiture s’arrête. En une seconde tout les plans changent et j’avance de 400 km. Ou a l’inverse, j’imaginais atteindre ce point agréable au bord du lac mais je me contente de cet aplat dissimulé, 3m au dessus de la route. En Amérique du Sud, je me cachais des éventuels brigands, ici c’est la police que je crains !

au fil des routes... au fil des routes... Ce mode de transport offre une opportunité de rencontrer une foule d’amis a usage unique. (cf “Fight Club”) Du flambeur a 160 km/h sur les nationales au papy chasseur en 4X4 rouillé, en passant par les colosses Maoris ou l’étudiante asiatique.  Je dois bien avouer que malgré mon apparence vagabonde, le stop fut un franc succès et les kiwis d’une gentillesse et d’une serviabilité a toute épreuve. Déjà parce qu’ils s’arrêtent ! Et surtout parce qu’ils ne se contentent pas que de ca. Un homme d’une trentaine d’années a ainsi fait un détour de 80 km pour m’arranger et beaucoup se sont arrêté le long de la route pour me montrer quelques beaux coins, comme le lac miroir ou la mer de Tasmanie. Certains autres m’ont offert des bières ou même des pizzas. J’ai même fait une partie de la tournée d’un éboueur voulant me laisser a tout prix le plus loin possible.Un petit transport s’est transformé en apéro sur la plage avec un jeune homme prés de Palmerson North. Jamais, un transporteur ne m’a laissé n’importe où, ou démuni sous la pluie. Ils m’ont toujours déposé dans un lieu propice pour continuer ma route, ou bien m’ont laissé devant un hostel, même s’il a fallut demander le chemin mainte fois. Des gens vraiment gentil ces kiwis et dotés d’une bonne mentalité je trouve. Voila un grand intérêt du pays en toute saison.

Lac de Wanaka Arrivé a ma dernière étape, je suis heureux de partir. Si le temps déroule de manière très spécifique en voyage, il fut bien long en Nouvelle-Zélande. Je sais maintenant que je n’avais ni le timing, ni l’argent nécessaire pour voyager ici. Mais comment le savoir avant ? Et puis, je ne peux dire cela qu’après mon expérience, personne n’aurait pu me convaincre de ne pas venir, il y a un an de cela. Alors pas de regret, pas d’erreur. Juste des expériences enrichissantes et positives quoi qu’il en coute au jour le jour. Peut être reviendrai-je un jour pour donner une nouvelle impulsion a ma vision de cette région du monde, splendide par ailleurs, mais ce sera en été, avec plus d’argent et un camping-car.

paysage hivernale pres de Taupo Le jeu est de confronter une vision avec un vécu, et de ce point de vu, mon séjour ici m’a apporté beaucoup de surprise contrasté. Comme précédemment, la Nouvelle-Zélande n’est plus un nom associé a des photos mais un voyage saupoudré de souvenirs.

centre ville de Wellington Auckland

L’Ile mystérieuse

4 Juin

 au coeur du parc national des Fiordland

Je me réveille a une heure qui n’a plus de sens. A travers le hublot de l’avion, je découvre une mer de nuages aux formes langoureuses. Et peu de temps plus tard, je pose le pied en Nouvelle-Zélande.  J’y suis enfin. Après une première idée de voyage avortée en 2008, je concrétise 3 ans plus tard l’envie de découvrir cette ile mystérieuse, aux paysages légendaires et à la culture Maori des iles paradisiaques du Pacifique Sud. Une terre colonisée très tard par l’homme, demeurée sauvage et isolée du reste du monde. Il y a en sont antre des trésors endémiques, surprenants et fragiles.

Aeroport d'Auckland Des mon arrivé, la vague de mon engouement se brise sur les roques de la réalité. A l’aéroport, la kiwi-immigration contrôle, questionne. Un européen barbu arrivant de 4 mois en Amérique Latine parait louche j’imagine. Puis la kiwi-douane adopte un comportement tout a fait singulier: les agents lavent mes chaussures de randonnées et mettent ma tente dans un frigo. Etrange sens de l’hospitalité… Passé toutes ces formalités, je traverse le terminal et m’en vais respirer ce nouvel air. J’hume l’odeur d’un nouveau continent. L’Océanie m’envahie et j’allume la cigarette de la nouvelle étape. Mais on me stop net. On ne peut fumer qu’a des endroits bien déterminés, même a l’extérieur. Ainsi rabroué et parqué, je fulmine intérieurement. Un sentiment d’enchainement en naitra, pour ne plus me quitter. J’attend passivement 26h jusqu’a mon prochain vol a destination de Christchurch, dans l’ile du Sud. Je suis toujours patraque et les 15h de décalage horaires n’arrange rien. J’ai d’ailleurs vieilli prématurément puisque la journée du 21 mai n’a duré que 5h pour moi.

A quand les gens nous jettent des p'tits cailloux ? De nouveau embarqué, je ne sais pas vraiment a quoi m’attendre en arrivant dans une ville dévastée par deux tremblements de terre en 6 mois. Au premier abord, je ne vois pas de cicatrices. Il y a des routes, un petit aéroport, un bus. La banlieue résidentielle ressemble a ces quartiers américains avec des maisons en bois peint, un petit jardin attenant et ornée de barrières blanches. Mais bien vite, je découvre une ville moribonde, ou tout le centre ville est barricadé, laissant entrevoir des immeubles dévastés, des rues écartelées et des gravats de ce qui a dut être des maisons. Presque personnes ne s’aventurent dans ce qu’il reste des rues praticable. La lumière des réverbères brise la nuit noire et froide d’une lueur jaunâtre palie par la brume épaisse de cette nuit d’hiver.

Ceci est une maison Ouvez vous m'indiquer les toilettes, s'il vous plait ? C’est dans cette ambiance post-apocalyptique que je retrouve Thomas, un ami de Paris, parti depuis 8 mois de France pour l’Australie, et visitant comme par enchantement la même ville, le même jour, lors d’un dernier baroude d’honneur avant notre chère mère patrie. Quelle bonheur de retrouver un visage familier. Pas besoin de faire connaissance, de tout réexpliquer. Depuis quelques mois, c’est la première personne a qui je parle, que je connais depuis plus de d’une semaine. Comme des fous, on se raconte nos aventures, on se questionne, on rigole aux péripéties de l’un tandis que l’on est curieux des visites de l’autre. On bafouille, on est désordonné. Il y a tellement de chose a dire que l’on s’embrouille, les discussions sont essaimés. C’est très drôle et une bonne idée de ce qui risque d’arriver lors de mon retour en France. Puis, nous parcourons ensemble les rues de cette ville au centre transformé en no man’s land, comme un film de kiwi-zombies ou de catastrophe. Le centre est encerclé de barrières. Les pompiers, les policiers et les camions font des allés et venus. Au loin, les fenêtres cassées des buildings et les églises effondrées se fondent dans le ciel gris. Il ne reste que des quartiers résidentiels et des zones industrielles. Alors on marche là ou il n’y a rien a voir mais on s’en fiche, on papote. On mets des heures avant de trouver un pub. Ce soir, pas de fiesta finalement. Tant pis. Deux jours plus tard, il s’en va me laissant dans cet univers sans envergure.

L'acces au centre ville La cathédrale désolation Au dela, impossible d'avancer Qu’il est dur de rebondir, de se remotiver lorsqu’on est troublé par ce choc des civilisations. Ca ressemble plus a l’occident et paradoxalement je m’y sens moins comme chez moi. Tout est trop propre, trop neuf, trop surveillé, trop superficiel en somme. C’est en mélangeant l’anglais et l’espagnol que je file en kiwi-bus a Queenstown, plus au sud encore. J’entrevois mes premiers paysages néo-zélandais. Un avant gout.

jeu d'ombres et de lumieres un lac sur la route

Je suis un peu perdu, je ne sais quoi faire, comment m’organiser. Le temps est bien trop mauvais pour vivre dehors aussi souvent que je le voudrais. Comme un mois de novembre en France. Pas gai. Les villes sont désertes, pas d’animations, pas d’architecture. Ou sont les rues chaotiques de La Paz ? Ou sont les marchés, les vagabonds, les vendeurs, les cafés ? Le charme ? Les rois ici s’appellent Burger King, Subway et Macdonald.

Queenstown au grés du parcours... A un moment donné, il faut bien aller quelque part. Alors je trouve le courage nécessaire pour m’activer en reprenant mon activité préférée: le stop ! La première journée n’est pas a la hauteur de mes espérances et je dors au bord de la route, derrière un grillage, entre un troupeau de vaches et une écurie.

mon arme absolue ! Un probleme de dégaine ? Je doute de mes chances de réussite avec mon look. Mais d’autres rencontres m’ont permis d’aller au Milford Sound facilement, un des fiords des plus connus du pays. C’est très beau mais froid et pluvieux. Parfois, quelques rayons de soleils percent a travers l’épais manteau nuageux pour mettre en relief les influences mythique des légendes Maoris. La lumière est spéciale, les montagnes sombres, les eaux profondes. Tout n’est que brume caressant les reliefs et froid saisissant les contours. C’est très mystérieux, envoutant.

Le lac mirroir Froid et tropical !  Lumieres Le milford sound Puis dans la foulé, je m’organise une randonnée dans le parc nationale des Fiordland: le Keepler track. 67km des crêtes battues par les vents au abysses des forets humides. Mais ce ne fut pas une expérience facile résumé en partie par le mot hiver. Il pleut, tout est humide, le vent est glacial et je gratte le givre sur ma tente le matin. J’atteint les limites de mon duvet en pleine nuit, je fais a manger en mitaines et j’écris emmitouflé de vêtements, les mains collés a ma tasse de thé. Il fait nuit a 18h et parfois je me demande même si le soleil s’est bien réveillé. Mes vêtements sont toujours humide et mon duvet jamais sec. Je découvre avec agacement les sandfly, des mouches de sable particulièrement énervante au vu de la surface découverte. Parfois, de jolis moments sont gâché par une attaque en règle de ces bestioles piquantes aux humeurs capricieuses.

Des cretes venteuses Des forets presque tropicales Des lacs au bleu profond De petits moments de lumieres Inutile de dire que je suis le seul campeur a parcourir ces terres mais cet isolement m’est profitable. Seul face aux éléments je me perd des heures durant dans mes pensées. Si le descriptif parait morose, les paysages n’en restent pas moins captivant. Cette nature demeuré sauvage s’étend a perte de vu et même si le soleil ne met pas en valeur ses plus beaux atouts, la profondeur de l’inspiration peut œuvrer. Les forets sont hautes et épaisses. Il y prolifère des fougères géantes et des mousses spongieuses. C’est le mystère qui se dégage le plus. De part les contrastes, les couleurs sombres, les lumières, les reflets, les nuages, les lacs, les brumes et les fiords. Une journée plus belle m’envoie sur les crêtes glaciale à la conquête de panoramas écrasant, riche en couleur et en sculpture.

Brume sur les sommets  Un arbre mousse Le chemin sur les cretesplateau  crepuscule petite lagune  Je ne suis pas déçu. J’en ai pris plein des yeux. Je rentre heureux d’avoir pu parcourir des sentiers au cœur du plus grand par nationale du pays. Mais les conditions de vie durant 3 jours m’ont atteint et je ne rêve que de douche, de feux de bois et de Nutella.

Moi quand je serais grand je veux etre comme ca !

La valse des passants

20 Mai

Des colonnes de voyageurs Le désert d’Atacama… Je le regarde depuis des heures a travers la vitre poussiéreuse du bus et je ne vois qu’une gigantesque étendue sans fin. Il n’y a que rocailles et désolation. Au loin, les véhicules soulèvent des nuages de sable sur des kilomètres, étrillant le ciel azur d’un voile pale et volatile. Tel un paysage lunaire, aride et infini.

Plage a Arica, au Chili Il est 10h. Je suis dans des bus depuis 14h déjà. Je vais vers le sud. Je ne peux m’arrêter en chemin alors des journées entière défilent sans que je n’y puisse rien. On attend les changements, on lit des panneaux, on cherche des bus. On se fait fouiller ses bagages par des mains touche-tout qui examinent une casserole avec suspicion comme la voiture formule draxter de 2 trafiquants mexicains à la frontière américaine. Si Pablo a de la poudre sur le nez c’est parce qu’il est plâtrier unijambiste au cirque de Santa Carla et si l’essieux du véhicule frotte le sol c’est a cause de la dilatation des métaux sous l’effet de la fluctuation de la pression atmosphérique dut aux caractéristiques imprévisible du courant El Nino. Alors vraiment, pourquoi être suspicieux ? Ce délire me traversant l’esprit l’espace d’une seconde face au visage austère de ce représentant de la loi, ne m’a éclairé que d’un sourire dissimulé mais jamais sur le caractère mystérieux de mon objet culinaire. Les uniformes de douaniers succèdent a ceux des compagnies de bus Cruz del Norte, Andesmar, Via Bariloche et autre Turbus avant de se mélanger a ceux des caissières, des boutiquaires, des militaires, des visionnaires. Des agents d’entretiens, des femmes qui tiennent leurs chiens et du papy malin. Des vendeurs, des contrôleurs, des chauffeurs, des serveurs et bien sur  des baratineurs. Tous ensemble et tous seul. On enchaine des terminaux identique sans en connaitre le nom, on montre son passeport a un agent a monocle qui cligne d’un œil pour comparer la ride nouvelle, on passe une frontière en taxi, on dors sans avoir d’heure, on mange sans avoir faim. Pour tuer le temps. Au bout de plus de 20h de trajet, la réalité devient flou. Comme un insomniaque. Jamais tout a fait réveillé, jamais complètement endormi. Je suis hypnotisé par les films américains qui sont bombardés à la chaine sans les regarder vraiment. Les minutes d’après ne sont que la copie de celles d’avant.

L'ocean Pacifique 2 jours et 3 nuits, c’est le temps qu’il m’a fallut pour rejoindre Cusco à Santiago du Chili. En chemin, j’ai fait une rencontre a laquelle je ne m’attendais plus: l’Océan Pacifique. Aucune grande déferlante mais un air marin vivifiant. Arrivé en ville, je suis un peu déboussolé. Les dernières semaines furent riches mais fatigante. Pas de temps mort, pas de repos, pas de longue nuit. Un enchainement dont les rouages s’encrassent aujourd’hui, achevé par 50h de bus. Je tombe malade.

Depuis des mois, il est prévu que je m’arrête chez l’ami français d’un ami. Mais nous ne nous trouverons jamais. Alors je me calfeutre dans une excellente auberge, et je prend du repos. Mes 17 premières heures de sommeil ne me requinqueront pas. Le mal est ailleurs.

Si la première journée dans la capitale ressemblait a une matinée de printemps, les jours qui suivirent furent ceux d’un hiver parisien. Frais, terne et gris. Je vaque a quelques occupations quotidienne sans grand succès. Je n’ai pas envie de parler alors je vogue sur le flot de mes pensées. Certains souvenirs. Je retrace ces mois de voyage en Amérique Latine. J’ai l’impression que je me suis plus attaché a ces pays que je n’aurais pu l’imaginer. Alors bien sur, le voyage est loin d’être fini mais je repense a ces dernières découvertes, ces derniers paysages, ces ultimes impressions. J’ai une malicieuse affection pour ce continent qui ne me quitte plus, au moment même ou je m’en vais. De quoi me suis-je nourri ? Je prend pour la première fois un peu de recul sur mes aspirations nomades en me posant notamment cette question: Vais-je emporter un peu de ces gens avec moi ou au contraire, ai-je laissé un peu de moi en ces lieux?

Hall d'aeroport 4 mois jour pour jour après avoir décollé de Paris, je m’envole une première fois de Santiago a Buenos Aires. J’attend. Vivre dans les aéroports, c’est une activité tout a fait captivante. Tout y est aseptisé, cher, orienté mais cette fourmilière s’active sans cesse, mêlant de jeunes hippies nostalgique d’un monde arc-en-ciel a des émirs en soutane et leur cour, roi de l’or noir. On y parle toutes les langues dans tout les accents, on y voit toute les marques dans tout les styles. On découvre qu’il y a des lunettes aimantés qui s’ouvrent par devant, des zones de Free-Wifi payante ou que mettre des bottes en fourrure avec un tee-shirt Greenpeace, ce n’est pas un paradoxe mais de la provocation militante. Tout ce petit monde s’agite, se remue, se bouscule ou s’endors, comme un camps de refugiés au milieu du hall d’un hôtel de luxe, sous le tableau d’un obscur maitre moustachu qui distord les notions certaines, comme l’on pétrie de la guimauve. Le cadre s’achève par le grand souverain de ces lieux qui dicte sans faillir la conduite de ces pions: la montre, grande prêtresse d’un temps qui coure sans qu’on puisse le rattraper. Et ca n’est pas faute d’essayer.

Thé ou café ? Ayant trop prit d’avance, c’est sans doute pour cette raison que nous avons décollés avec 3h de retard, au petit matin du jour suivant qui devait être le lendemain . Je m’endors avant d’avoir senti le décollage de ce territoire conquis, avec la satisfaction nostalgique d’avoir franchi une étape et d’emporter avec moi un peu de ce nouveau monde sur lequel je peux dorénavant poser un visage.

Tag dans les rues de Buenos Aires

Le cœur des mémoires, un voyage dans le temps

14 Mai

Voyager a travers les yeux d'un enfant Nous passons la frontière péruvienne au crépuscule. Immédiatement, je tombe malade à la douane. La première maladie de mon voyage est le rhum. Ca aurait pu être pire ! Nous arrivons à Cusco au petit matin, cité maitresse des empereurs Incas. Un haut lieu de la culture andine. Mon dernier arrêt majeur sur ce continent captivant.

Jardins et cathedrale à Cusco A peine réveillé, après une nuit légère et sentant ma gorge prise, nous nous faisons assaillir de tout les cotés devant la porte de sortie du terminal. Accueillis tel des célébrités, une foule de personnes vient nous aborder, jusqu’a nous prendre l’épaule ou nous barrer le passage pour nous proposer un hostel. Puis une deuxième vague, pour un taxi. Au moins, les services ne sont pas difficile a trouver mais ce réveil est un peu brutal. Nous glissons habilement entre les mailles du filet en rabrouant les plus insistant avec vigueur. Libérés, nous parcourons la ville aux premières lueurs du jour.

Place des armes, Cusco J’avais hâte d’y être. Cette cité fut le cœur de l’Amérique d’un temps de légendes et de contes, elle est aujourd’hui une gigantesque machine à touristes bien huilée. C’est alors une magnifique ville coloniale qui s’ouvre a nous. Tout les bâtiments sont beaux, les rues sont propres, les jardins entretenus à la manière d’un château. Une première depuis des mois: pas de chiens errants. Un centre ville vitrine qui cache une réalité moins glorieuse. Nous ne sommes plus vraiment au Pérou ici, et plus du tout chez les Incas.

Cusco Nous passons une journée sans temps mort, nous nourrissons un grand projet, en dehors des itinéraires touristiques. Alors, je dois régler des problèmes de paiements capitaux pour mes prochains avions, anticiper comment repartir vers Santiago. Mon avion décolle dans 14 jours. Nous devons aussi recueillir de précieux renseignements pour notre expédition: nous voulons faire une randonnée de 8 jours par des chemins presque secrets, entre 2000 et 5200m d’altitude, de Cachora au Machu Picchu, en passant par l’une des 5 citées perdues Inca, le temple de Choquequirao, peu visité car difficile d’accès. A mon sens, il est essentiel de voir une autre cité Inca avant le conventionnel Machu Picchu et ses 5000 touristes/jour.

Petits chemins, sur des itinéraires mystiques Nous tenons ce parcours de 2 français, rencontrés au Huyana Potosi, c’est donc possible. Par contre, les offices que nous questionnons nous prennent plus pour des ahuris que pour des marcheurs. Ils sont obligé d’appeler leur chef, plus âgé, pour qu’il nous explique la route. Il essai plus de nous décourager que de nous informer, parle de marche difficile, de cols venteux, parfois enneigés, souvent dangereux. Nous, nous ne rêvons que d’évasion, de nature et d’authenticité. Confiant après notre ascension bolivienne mais réaliste tout de même, j’aurais aimé partir avec une carte précise de la région, une carte IGN, une carte de randonneurs. Mais, pour seul plan, nous partons avec un croquis sommaire sur un post hit ! Aucune carte ne couvre cette zone. Bien…nous ne pouvons compter que sur les populations locales pour nous guider dans ce cas. Il n’y a qu’un seul chemin d’après les rumeurs mais au moindre croisement nous sommes perdus. Nous faisons les provisions pour 8 jours de complète autonomie à la va vite, avant de se perdre, sans moyen de communications, sans secours et sans carte.

Notre carte IGN ! Alors en taxi de nuit, j’aperçois deux blousons que je connais. Je fais stopper le véhicule sur le champs et cours retrouver sur le parvis de l’église….Les veloptimistes ! Plus d’un mois après le Sud Lipez bolivien, nous nous retrouvons à Cusco, des milliers de kilomètres plus au Nord ! Nous n’en croyons pas nos yeux ! Nous passons évidemment la soirée ensemble devant tant de hasards, avant le grand départ, demain.

Les barbus en pause. Comment expliquer les gens qui croisent notre route. Destin ou hasard ? A ce titre, je révise quelques théories sur le destin depuis mon départ. J’ai toujours aimé a penser que nous sommes maitre de nos actions, que la chance se provoque, qu’il n’y a pas de fatalité, que nous en sommes là où nous voulons en être. Mais que penser de ces rencontres dans ce cas ? Tout se joue a presque rien. Si je passe là 5 min avant, si je marche de l’autre coté de la place, si je lis un plan. Tout peut changer.  Trop de coïncidences pour que ce ne soit que des hasards. Il y a quelque chose qui nous lis, d’une façon ou d’une autre. Je n’en ai pas de définition mais le hasard n’explique pas tout. Sinon comment interpréter les rencontres avec ce couple de français: à Ushuaia, à El Chalten en Patagonie, à Sucre en Bolivie et une dernière fois sur les flans du Wayna Picchu ? Nous n’avons partagé que peu de chose, mais nous nous sommes vu 4 fois, en 4 mois et sur des milliers de kilomètres. Alors, certes, il y a un “itinéraire type” du touriste, mais il est aussi facile de perdre quelqu’un au Machu Picchu, alors comment en rencontrer un que nous ne cherchons pas ? De plus, nous avons rencontré les même personnes….jusqu’à avoir des ragots en voyage ! Incroyable. Zobair dit que c’est un signe, que sans savoir pourquoi, une volonté mystérieuse nous rapproche parce que nous avons des choses a faire ensemble. La suite nous le dira. Notre liberté est peut être seulement réduite a faire un choix lors d’une situation donnée mais pas choisir cette situation. Il y a surement un juste milieu. Moi, ca me travaille…

Cachora, village de depart Epicerie tenu par un petit garcon Il s’avère que se rendre dans le petit village de Cachora n’est pas simple mais après maintes informations contradictoires, nous y arrivons vers 14h. Là, commence une merveilleuse aventure dont nous prenons la mesure tout de suite, en mangeant le déjeuné dans une brouette, lors d’une fête écolière.  Nous observons et jouons avec les enfants curieux. Je vois vite que les mentalités sont différentes ici. On nous parle, on nous sourit, on nous questionne. J’y vois autant de traditions qu’en Bolivie mais avec des gens accessibles. Formidable.

 Notre dejeuné ! Meilleur qu'il n'y parait Dame en tenue traditionnelle assistant a un spectacle d'école un vendredi apres midi Enfants jouant dans la rue Le debut du parcours

Et nous partons, sans trop savoir a quoi nous attendre. Et nous n’allons pas être déçu ! Le chemin est large mais c’est la marche la plus dure que j’ai eu a faire. Même mon très cher GR20 Corse est détrôné. Nos organismes éprouvés ont du faire face aux dénivelés important, aux sacs pesant, aux cotes presque verticales et aux amplitudes de températures impressionnantes. Nous marchions entre 9 et 11h par jour. Nous passions notre temps a gravir une montagne, pour redescendre jusqu’au fond de la vallée, et en remonter une autre. Il y a eu ce jour où la cote était tellement raide que nous ne pouvions faire plus de 30m sans nous arrêter. Une montée de 5h, sans plat, sans aucun signe encourageant. Ou bien cette journée difficile où nous sommes arrivés de nuit, vers 23h, après avoir fait plus de 3000m de dénivelé cumulé, sous des températures allant de 0 à 40°. Il va de soi que nous n’étions que l’ombre de nous même le soir venu, surtout avec mon rhum couvant. Un matin, nous subissons une attaque foudroyante de moustiques, semblable a des moucherons. Silencieux et légers, ils nous mitraillèrent sans relâche, une heure durant. Seulement. Malicieuses petites bêtes qui passent sous les vêtements. Mais le constat est affligeant. Impuissant, j’en dénombre 62 sur le tibia le moins touché. Impossible de toutes les compter: 300, 400, peut être plus. Mon corps n’est que pustules. Un parcours éreintant donc, dans de beaux paysages certes, mais peu variés et nuageux.

Le debut du chemin a travers les cultures Rayon de soleil sur les montagnes  Le chemin a travers la jungle est parfois sinueux Paysage plus caillouteux, au fond d'une vallée étouffanteIl y a des endroits qui se passent de commentaires delicieuse vallée verdoyante

La montée de la mort Une superbe vallée, surplombée de glaciers

Et le 3ème jour, s’étend devant nous, dans la brise légère d’une matinée d’automne, le temple du Choquequirao. Un endroit secret au sommet des montagnes où vivait prés de 2000 incas.

Temples et maisons encore debout, 500 ans aprés La ville Inca Choquequirao Les ruines sont bien conservés, le site entretenu. Mais surtout, nous n’étions que 2 pour nous laisser envahir par la puissance de l’histoire. Personne d’autre. 2 hommes privilégiés qui lors d’un petit déjeuné bucolique ont pu prendre la mesure des peuples anciens. Ce jour là, nous avions rendez vous avec l’histoire. Un moment inoubliable bien que simple, intime bien que grandiose, de ces instants où l’on sait pourquoi l’on se donne autant de mal a y parvenir. Et la quête n’en est que plus belle.

L'équipe des Barbus et une mére et sa fille a Maizal La petite fille prend la pose Mais le principal intérêt de cette marche, c’est la découverte des péruviens. Une expérience immanquable. Ces gens vivent dans les montagnes, isolés ou regroupés en petits villages sans route, sans électricité, sans eau courante. La aussi, un voyage dans le temps. Les gens nous ont accueillis chez eux, dans des chaumières en adobe et en paille, où les habitants vivent avec les animaux autour du feu. Nous avons profité de délicieux plats en famille a Yanama, alors que les cochons d’inde couraient entre nos pieds sur le sol de terre. Où échangés d’exquis moments avec une mère et sa fille a Maizal. Je repense aussi avec affection a Mario, petit garçon muletier de 13 ans, qui nous a guidé durant la première journée. Au cœur des mémoires d’un autre temps.

 Avec Mario, bien plus utile que notre plan Dame attentive au campement de Santa Rosa Echange de sourires a Maizal  Une petite fille decidement trés curieuse Négociation sur les tarifs a 6h30 avec un chauffeur de taxi sympathiqueZobair surpris dans un petit moment de complicité

J’ai vécu cela avec émotion et sensibilité. C’est percutant. Il y a ici une simplicité limpide, naturelle, proche de la terre. Les jours s’écoulent a échelle humaine. La pauvreté ne fait pas pitié dans les montagnes mais elle se mut en simplicité enviable. Ces gens n’ont presque rien mais de quoi auraient-ils besoin ? La jeune enfant joue avec les porcs, les chiens et les chevaux sous l’œil bienveillant de la mère, filant la laine. Pas de télévision, pas de jeux vidéos, pas de téléphone cellulaire, pas de perversion d’aucune sorte. Juste une vie authentique dans un cadre mystique, sur la terre de leurs aïeux. Et si c’était cela la richesse ? Je vous raconte ceci avec émotion, une émotion qui ne me quittera plus désormais. Car on ne reviens pas intact de ces montagnes, on en ressort grandi et touché. Je ne pensais pas avoir accès a cela alors même que c’était précisément mon but.

Chaumiéres dans les fumées du matinNotre chambre, une cave humide ! La piece principale, la seule chauffée  Maisons typiques

Finalement, c’est au bout de 6 jours que nous arrivons à Agua Caliente, au pied du Machu Picchu. Nous avons pu écourté notre marche fatigante, ce qui m’angoisse moins quand aux délais de mon avion. Arriver dans cette ville après ces villages médiévaux, c’est un peu comme découvrir Las Vegas pour un berger du Larzac. Une ville construite pour les touristes, foisonnante de restaurants, de pancartes, de lumières, de cafés, de services, de souvenirs. L’accès au Machu Picchu est cher, rien n’est laissé au hasard dans la course a l’argent facile.

Agua Caliente Quand on arrive en ville aprés 6 jours de rando !

Nous nous levons a 2h30 pour prendre un des premiers bus pour le site car nous voulons gravir le Wayna Picchu, restreint à 400 personnes par jour.  Durant notre randonnée nous avons croisé 5 touristes en 6 jours et là, nous sommes des centaines a faire la queue. Nous repensons avec nostalgie à la quiétude du Choquequirao. Comme nous avons eu raison d’y aller. Finalement, après un suspense de longue haleine, nous avons nos places.

Le Matchu Picchu au levé du jourLe temple du soleil  Alors que le soleil fait une timide percée a travers la brume, nous découvrons la citée préhispanique la plus connue au monde. Indescriptible. Et ce n’est pas l’affluence presque offensante qui gâchera notre plaisir. Impossible de ne pas tomber sous le charme de cette cité. Mais plus que les ruines, plus que les prodiges technologiques, il y a le cadre. Je ne cesse d’imaginer le premier chef ou empereur inca qui découvrant cette crête s’écria: “Ici, nous allons bâtir une cité.” Aussi probable que d’affirmer que la Terre est ronde ! Nous flânons des heures durant, laissant l’inspiration prendre part à la visite. Il est de ces lieux où l’on sait pourquoi ils sont incontournables. Personne ne peut contredire cela: cet endroit est merveilleux.

 dans les ruines Le Wayna Picchu Vu d'ensemble du site Des images peu connues de la cité Parc central quelles brumes pour le mystere La suite s’énonce comme une fin. Je ne serais resté que peu de temps au Pérou mais j’ai réussi a en voir un bon aperçu. Très contrasté du moins. Nous rentrons sur Cusco et le soir même, j’embarque pour Arequipa. Je quitte Zobair avec affection. Nous avons vécu tellement de choses en si peu de temps. Celui qui n’était qu’un parfait étranger il y a quelques semaines et devenu l’homme de tout les défis. Le type associé a ces souvenirs si particulier. C’est ca aussi les voyages, vivre des choses exceptionnelles avec des inconnus qui sont liés a jamais a vos souvenirs. Une page se tourne, nous avons fait notre temps ensemble. Une bière à la main, nous trinquons a nos deux semaines d’aventures communes avant de nous séparer. Je ne sais pas si je le reverrai un jour mais on ne peut plus s’oublier dorénavant. Me revoilà seul face à un très long trajet, qui m’amènera jusqu’à Santiago du Chili, avant de m’envoler vers un autre continent…

Un maté, seul, au Choquequirao. Que demander de plus ? Un temps fort de notre amitier

Au dessus du monde

5 Mai

Bateau traditionnel sur le lac Titicaca Etonnamment, le trajet en bus entre Rurrenamarque et La Paz se déroule sans surprise. Nous y sommes en 18h comme prévus. A ceci prés que nous avons attendus le bus 6h. Quand même ! Depuis lors, je suis avec Marie, une québécoise joviale, comme tout ses compatriotes du reste. Rien que leur accent me fait rire. Nous arrivons à La Paz vers 12h et nous filons dans un petit minibus collectif bondé, déboulant a toute vitesse dans les rues pentues de la plus haute capitale du monde, à 3660m.

La Paz Il me reste 3 choses a faire avant de quitter le pays. Ici, nous ne sommes plus qu’a 100km de la frontière péruvienne. Tout d’abord, acheter quelques objets traditionnels et les envoyer en France. Nous excellons rapidement dans cette tache plaisante. Dans les petites ruelles pavées, à flan de colline, se cache des trésors d’artisanats.

La Paz Qu’il est bon de flâner dans cette ville chaotique. Il y règne une confusion et de nombreux paradoxes que seule une capitale donne a voir. On m’en avait vanté les dangers mais je n’y ai rien trouvé susceptible d’attiser la moindre méfiance. Jus de fruits pressés, empaladas, saltenas, cuisine traditionnelle pour des sommes modiques…Jusqu’au soir où nous nous rendons dans un bistrot, lors d’un concert andin presque caché. Une ambiance intime et amicale. Un joyaux d’inspiration.

Stand jus de fruit frais dans un marché. 1/2L de pur bonheur pour 0,70euros La Paz a flan de colline Puis la seconde mission s’annonce comme mon plus grand défi d’Amérique du Sud: l’ascension d’un sommet de plus de 6000m. C’est à ce moment que je rencontre mon premier véritable compagnon de voyage: Zobair, un garçon afghan avec qui j’ai eu immédiatement une grande complicité. Que de richesse, de compréhension, et de sérénité a son contact. Un type ouvert d’esprit malgré ses traditions, curieux, tolérant. De ceux que l’on pourrait montrer en exemple pour dire enfin: voila un afghan comme vous n’en avez jamais entendu parlé, voila un autre visage de ce peuple captivant à la culture millénaire, victime aujourd’hui d’une stigmatisation systématique. Je suis heureux, et honoré, d’avoir pu partager un bout de mon chemin avec cet homme attachant qui m’aura ouvert l’esprit et le cœur.

Zobair J’embarque Zobair dans mon expédition de 3 jours. Réussir n’est pas garantie, mais de notre duo ainsi formé, émane une force et un courage a toute épreuve. A ce niveau, l’altitude joue un rôle capital, déjà des 3000m. Elle altère nos capacités physiques, pulmonaires notamment, mais surtout mentale. Il fatigue, décourage, transforme vos nuits en courtes siestes successives, rendant tout mouvement pénible dans un froid sibérien. Mais nous nous sommes lancé ce challenge pour tester notre capacité de résistance et de détermination. 80% des chances de succès réside dans notre mental. Alors notre duo s’est transformé en une équipe soudée.

1ere vu sur le Huyana Potosi Derrière les vitres du minibus défilent les rues et les marchés de La Paz puis de El Alto. Le calme règne a l’intérieur, la pression monte. Apres un moment, notre guide s’arrête et nous découvrons la majesté de notre maitre, culminant a 6088m: le Huyana Potosi, recouvert d’un drap blanc immaculé. Je le défi du regard, mon esprit est partagé entre un profond respect pour ce sanctuaire et une volonté encore renforcé d’en arriver au sommet, si difficile soi son ascension. La première journée est dite “d’acclimatation”. A 4700m, nous nous baladons sur un glacier, apprendre les techniques de marche crampons aux pieds et tester notre résistance physique en nous initiant à l’escalade sur glace. C’est ludique et physiquement éprouvant. L’essoufflement n’est jamais loin.

Dans une position délicate, suspendu par la dragonne du piolé les flans de la montagne

Le lendemain nos allons au campement de base à 5200m, par un chemin facile de 3h. Le froid pique déjà. Apres une après midi tranquille, nous nous couchons vers 18h avant le début de l’ascension prévu vers 1h cette nuit. Nous dormons en réalité très peu, je me prépare a vivre une expérience décisive. La suite de mes aventures sera liée a cette réussite, ou a cet échec.

le glacier Notre objectif Alors que la nuit est sombre et froide, nous enfilons nos combinaisons. Concentrés. Lampe frontale visée sur le casque, nous fixons nos crampons. Je lève les yeux au ciel une dernière fois pour chercher une force céleste, et nous nous élançons vers les 1000m de dénivelé qui nous sépare du sommet. Nous sommes encordés, les pentes sont raides, le chemin est long. Ne penser a rien, rester concentré. Ne pas anticiper l’arrivé, ne pas vouloir aller trop vite. Juste se focaliser sur ses pas: un pied après l’autre, tranquillement. Le rythme imposé par notre guide est volontairement très, très lent. Ne pas s’essouffler, trouver sa respiration. Garder en mémoire tout ce qui peut donner du courage, tout ce qui est susceptible d’amener au dépassement de soi.  J’avoue ne pas avoir beaucoup de souvenirs de ce moment, juste des sensations. J’étais dans un état mental second où les mots victoire, détermination et volonté se démenaient sans cesse. Nous apercevons les lumières des autres groupes en file indienne, nous dépassons parfois des hommes à genoux cherchant un second souffle ou bien des gens vomissant le manque d’oxygène.

A chaque pause, nous nous fixons du regard avec Zobair, sans dire mot. Un regard profond, calme, déterminé. Puis une poignée à 4 mains chaleureuse tête contre tête, pour se transmettre nos énergies. L’échec n’est pas envisageable. Les muscles de nos jambes se tétanisent, nos yeux, nos bouches, nos pieds et nos mains gèlent, par -25°, 5 jours après avoir quitté la chaleur des forets tropicales. Les premières personnes commencent a redescendre, a bout de force, engorgées de déception.

A 80m du sommet, mes mains me font atrocement souffrir. J’en crie de rage. A partir d’ici, nous sommes sur une crête de 20cm de large, au dessus du vide. Aucune erreur n’est toléré. Ne pas glisser. La montagne ne sanctionne pas a demi mesure. Chacun de nos pas met notre vie en jeux. Le mal me gagne, mes organes se contractent, je sens que la panique s’empare de moi. Je dois stopper, au milieu de la corniche. L’altitude affecte mes capacités de jugement, ma vision se trouble un instant. Je veux redescendre. Cette idée me traverse l’esprit une fraction de seconde, comme une balle qui fuserait a travers mon crane. NON. Je me ressaisis, me concentre et pense aux gens qui comptent pour moi. Je ne peux pas échouer, pas si prés. Alors je relève la tête, je fais signe à Zobair que je suis prés a aller au bout. Il me mets la main sur l’épaule et je sens l’intensité de son soutien a travers l’épaisse combinaison. Chaque pas est une victoire…

Ainsi, après 5h d’ascension, nous arrivons au sommet du Huyana Potosi, à 6088m.

Notre victoire ! Il est 6h et il fait encore nuit. Nous nous écroulons, sans réaliser tout a fait. Puis dans le vent glacier qui balaie l’un des 6 sommets culminant du pays, les premiers rayons de soleil apparaissent. Immédiatement, il fait plus chaud et nous assistons a un levé de soleil unique, au dessus des nuages. Comme au dessus du monde.

 Une mer de nuage L'aube

Alors les yeux remplis d’étoiles, je retrousse ma barbe gelée pour esquisser un sourire satisfait alors que mes lèvres craquent. J’hume l’air comme pour emprisonner cet instant, au dessus d’une voluptueuse mer de nuage. Quelques secondes aspirés par ce spectacle, je me rend alors compte de ce que nous venons de réaliser et avec mon équipier, nous nous jetons dans les bras l’un de l’autre. La victoire a une délicieuse saveur si prés des cieux. Nous sommes allés tout au bout de nous même. Nous avons gagné.

Cascade gelée En rentrant à La Paz, nous sommes exténués. Un mois après, je n’ai pas encore retrouvé totalement la sensibilité de mes orteils ! Nous reprenons des forces a l’occasion de jours féries.  Nous décidons alors de poursuivre notre route ensemble, jusqu’au Machu Picchu au Pérou. Je passerai mes derniers jour en Amérique avec Zobair, où nous avons tissé des liens forts durant notre ascension. Des moments intenses. Et c’est ainsi, alors que nous prenions un café, que nous apprenons ensemble, la mort d’Oussama Ben Laden. Une nouvelle occasion de partager nos idées.

Le lac Titicaca est une de ses nombreuses iles Et enfin, un dernier lieu a visiter, berceau des civilisations préhispaniques: le lac Titicaca, l’un des plus haut lac navigable du monde. Beaucoup de mythes et de légendes entoure ce lieu connu. A partir de ce moment, mes jours sont comptés et le rythme de mon voyage s’accélère. Plus le temps de s’attarder si nous voulons mettre a l’œuvre nos projets.

Copacabana Dans le bus qui nous y amène, nous faisons la connaissance d’une vieille dame étonnamment sympathique pour son âge. Agréable et rigolote, elle nous invitera a dormir chez elle, à Copacabana, et me fera mentir avec bonheur sur l’inhospitalité locale. Une meilleure impression. Les gens savent vivre avec peu de choses ici, cette rencontre est poignante, criante de vérité.

Isla del Sol Isla del Sol Des le lendemain, nous prenons un bateau pour l’Isla del Sol, un endroit sacré pour bon nombre d’amérindiens. En effet, le soleil naquit ici, de même que le premier empereur Inca, selon certaines légendes. Et dans une moindre mesure, c’est ici que finie l’histoire d’Estéban dans “Les mystérieuses citées d’or”. Je m’inspire de tout ceci lors de notre traversée. Un endroit que je connais depuis les films sur Marcel Pagnol, il y a fort longtemps, maintenant a ma portée.

des criques plaisantes des lumieres légendaires des collines verdoyantes des villages pitoresques Nous randonnons deux jours, du Nord au Sud. Le temps est clément et frais. Nous traversons de petits hameaux pittoresques aux allures de Sicile, de vastes collines et de jolies plages. Tout est si calme, si paisible. Il y a cette magie propre aux iles, ces mélanges surprenant. Le lac d’une eau bleu profonde s’étend a perte de vu. Il n’ a rien de spectaculaire ici mais l’on comprend aisément pourquoi il y a tant de mystères autour de ce site, tant l’ambiance qui y règne est apaisante. Il y a dans l’air une nostalgie ancienne, un quelque chose de vénérable. Et camper au sommet d’une colline abritée nous a permis de contempler un beau ciel étoilé. Une expérience sereine et salvatrice.

camping sauvage Rentré sur le continent, nous embarquons dans l’heure pour Puno, au Pérou. Dans quelques instants, nous allons passer la frontière. Je me suis attaché a ce pays malgré certaines difficultés sociales. Impossible de ne pas céder à la magie de ce charme andin, haut en couleur, et de ces paysages diverses à couper le souffle. On ne peut jamais tout voir, mais ici plus qu’ailleurs, j’ai cette frustration malicieuse d’avoir raté des choses. L’avenir est un long passé…

terre de superstitions

 

Mon aventure amazonienne, exploration

25 Avr

Un endroit mysterieux Une fois à Trinidad, je fonce dans un hôtel. Je trouve une chambre sombre au rez de chaussée, sans vue. Mais allez savoir pourquoi, je m’y sens bien. Comme un cocon. J’ai besoin de me faire un petit quotidien, comme à la maison, de m’étendre sur un vrai lit. Ce voyage m’a fatigué. Je sens que je n’ai plus de rythme. Mais la perspective d’une liberté retrouvé me redonne un peu de vigueur.

Eglise de Trinidad Je passe trois jours dans cette bourgade tropicale où je me sens bien. Je suis solitaire de fait. Je ne rencontre pas de touristes ce qui n’est pas pour me déplaire mais les contacts avec la population se font rare également. Alors je me promène, je me pose aux terrasses des restaurants, sur les places, dans les parcs. J’observe les gens et je m’invente des histoires. Tout le monde se déplace à moto ici, un charme local. Il n’est pas rare de voir des familles entière sur une pétrolette. Et je crois que l’industrie du casque n’a jamais trouvée Trinidad. Je souris en décryptant des attitudes, des gestes, des regards. Il y a quelque chose d’universel dans la nature humaine, dans sa sociabilité. Dans une atmosphère inédite, une foule personnages défile devant moi, comme dans le métro parisien a une époque. Je trouve ça passionnant.

Petits stands le long de la place centrale J’écris beaucoup encore une fois. Je me ressource en vérité, dans un rythme tranquille, tropical. Je me recrée un chez moi dans cette chambre isolée, je parle longuement avec Sarah, je regarde des films, je paresse. Je profite de l’incroyable opportunité d’avoir internet dans mon lit….une merveille.

Puis viens l’heure du départ. Je voulais m’arrêter en chemin dans la réserve biosphérique du Beni mais l’accès me semble trop hasardeux et le temps me manque. La suite me donnera raison. Je file donc tout droit vers Rurrenamarque. Mais dans un premier temps je ne trouve pas la gare. En fait, quelques stands se cachent dans un marché couvert…. évident. Mais tout est fermé. Je prospecte et l’on m’apprend que toutes les routes sont fermées aux bus a cause de la crue saisonnière des rivières. Je trépigne de bonheur. Il ne me reste que l’avion. Je suis dépité. Je sors la tête basse et je tente ma chance dans une dernière agence qui se vante d’aller à Rurre. Bingo ! J’achète aussitôt un billet onéreux pour le lendemain. Nous devons nous y rendre avec une “camionetta”, ce que je suppose être un 4×4, en 12h. J’ai trouvé ma porte de sortie mais je saluerai au passage quelques comportements boliviens qui ne se sont sentis concernés par mon problème en aucun cas et qui ne m’ont aidés en rien.

Au petit matin, j’attend devant la compagnie. Devant la foule qui s’y presse, j’imagine plutôt un trajet en minibus. Nous sommes 17 et je crois que quelques personnes déménagent vu le volume de la cargaison. J’observe autour de moi, la camionetta a du retard. Je me sens comme le premier européen au milieu d’un transport rural bolivien. Puis le transporteur arrive. A cet instant, je suis partagé entre une stupéfaction bien légitime et la douce émotion de gouter au véritable transport bolivien. Comme un préjugé d’avant qui rejaillit. Car le véhicule qui vient de se garer, n’est rien d’autre qu’une camionnette à bétail ou à légumes, au choix. Je rigole dans ma barbe en me demandant comment les gens et les marchandises pourront rentrer…Et la magie bolivienne opère. En quelques minutes, les sacs sont entassés sur le planché, les chaises, les tables et les bouteilles de gaz sur la bâche du toit et les gens assis sur les cabas, en tas. Dans cette animation pittoresque, un nuage de fumé noire s’échappe de l’arrière, et nous valdinguons à travers la ville. Je suis collé contre la cabine, les jambes pliées, un arceau en métal dans l’épaule, assis en équilibre sur une casserole, face au dos velus d’un homme gras, ayant trouvé refuge sur un pied de table pointu. Mes frères bovins de l’instant sont tranquilles mais se questionnent  tout comme moi. Comment tenir 12h dans ces conditions ?

La camionetta ! La question ne se posa pas longtemps, car quelques minutes plus tard le moteur de la carriole tousse, crache et s’étouffe. Nous sommes planté là, en plein milieu de la route, devant mon bateau ! J’hurle de rire devant le comique de la situation. Réalisant dans quoi je me suis fourré, je prend à la dérision cette nouvelle aventure déambulatoire. Je comprend que nous n’irons pas a destination en 12h et que tout le monde s’est fait duper.

Il serait bien trop long de vous énoncer tout les rebondissements de cette affaire. Mais sachez que nous sommes arrivé à Rurrenamarque en deux jours après avoir utilisé 3 camionnettes, 4 barques, 3 voitures, un minibus et une moto. Rien que cela. Voila le sort des gens qui veulent emprunter une route coupée ! Mais il fallait le faire. L’entreprise nous a vendue un trajet qu’elle ne pouvait pas assurer et cette supercherie souda les passagers. Unis comme un syndicat derrière deux bonnes femmes revendicatrices, j’ai alors fait partie d’une bande, si opprimée soit-elle. Les gens me parlaient, m‘expliquaient ce qui se passait et me demandaient mon avis. J’étais le Gringo de la camionnette au milieu des femmes qui allaitées, des paysans en affaires et des locaux vivants dans les bois.

Quelqu'uns de mes compagnons, en attendant une barque...  La sécurité ne fut jamais une préoccupation, et les barques rasaient les flots dans ces forets noyées alors que je priais pour ne pas tomber à l’eau. La solidarité était une excuse toute indiqué pour aider ces braves gens si chargé. Et voila le gringo a l’arrière d’une moto tape cul avec mes sacs, une bouteille de gaz et un enfant sous le bras, sur une route qui n’en était plus une. Ou bien,  de la boue collante jusqu’aux genoux, en traversant des rivières pied nus chargés comme des lamas, essayant de ne pas déraper la où les 4×4 s’enlisaient. L’Amazonie se révèle être surtout une aventure de transport. Mais c’est la tout le charme !

La route et ses taxis motos une des barques, avec la route au premier plan ce qu'il reste de la route Toujours la route ! Je me revois, planté au milieu de la réception d’un hostel à Rurre, couvert de boue, pied nus, mes chaussures autour du coup demandant hospitalité et lavoir. Cette image me fait encore sourire aujourd’hui. Pas de voyage ennuyeux ici, on avance à la sueur de son front. Je fini la soirée avec le chauffeur de mon taxi a faire la tournée les bars a karaokés, heureux de pouvoir passer une soirée a chanter “La cancion del mariachi” comme des boliviens, avec eux. J’ai pu les approcher un peu, et j’ai gouter au charme de cette nature maitresse, au détour de centaines de marécages, surveillés par de discrets caïmans et de nombreux volatiles.

La jungle se rapproche... Dans la très touristique Rurrenamarque, je ne reste que le temps d’organiser une excursion dans la jungle. Enfin. Je pars pour trois jours de randonnée dans la forêt, avec deux anglais pour compagnons. Apres 3 heures de bateau, nous arrivons au campement sauvage, au beau milieu de nul part. Déjà, les sons et la végétation luxuriante m’enchante.

Le campement Il y a tellement longtemps que j’en rêvais, il a fallut se donner du mal pour y arriver. Durant ces trois jours, nous avons randonnée autour du campement avec notre guide Eriberto, un homme née dans un tronc d’arbre. Capable de discerner un son parmi 100 autres et de dire de quel animal il s’agit, où il est et ce qu’il fait. Nous avons traqué les phacochères jusqu’à les approcher a moins de 3 mètres, sans les voir. Tarentules, aras, singes, insectes, serpents et fourmis étaient notre quotidien. Notre guide nous a appris beaucoup de choses sur ces petites bêtes, dangereuses dans la plupart des cas, voir mortelles. Les immenses colonnes de fourmis passent au milieu des arbres a curare dont on peut encore apercevoir les marques des indigènes sur le tronc. Les lianes nous ont servit de balançoire et nous ont donné une eau pure et fraiche. Nous avons découvert les vertus médicinales de quelques végétaux ou bien ceux qui servent à faire la peinture. Et pour finir, nous avons péché le piranhas au poulet, au bord d’un rio tranquille, où tortues et caïmans nous guettaient furtivement.

L'arbre qui marche Notre guide perdu dans la foret Autour du campement Un arbre a curare pas si petit que ca !  Jungle, un des rare endroit un peu dégagé Sous les 30m de canopée, une végétation trés dense

Dans cet oasis verdoyant, il y a une profusion de faune et de flore unique au monde. Il est incroyable de réaliser que toutes les espèces vivantes ont inventés de multiples stratégies pour survivre: épines, venins, couleurs, strangulations, camouflages. Certains poissons sont venimeux, les fourmis donnent de la fièvre et les arbres parasites s’attaquent aux autres espèces jusqu’à la mort. Ce qui prouve bien, que nous sommes dans un des milieux les plus hostiles du monde. Tant de films, tant de documentaires ont façonnés ce désir de nature insoumise. Un rêve depuis tout jeune que je réalise ici, avec prudence.  Ne jamais marcher pied nus, ne jamais se découvrir, ne pas s’accouder aux arbres, toujours regarder avant de poser le pied ou de s’assoir. Une vigilance de tout les instants. Et la nuit venue, sous la moustiquaire, la chanson de la foret prenait toute la place, une intensité incroyable, un foisonnement de vie.

La lumiere peine a entrer  un maré boueu petite clairiere Le riviere a piranhas Un arbre et son parasite Un parsite devenu arbre apres avoir tuer son hote

De plus, cette configuration m’a mis dans une position incongrue. Mes amis anglais ne parlaient pas espagnol et le guide ne parlait pas anglais. Alors me voici, durant trois jours a faire le traducteur ! J’ai ici une pensée pour tout mes professeurs de langues depuis toujours, dépressifs et souvent rompu à mes barbarismes et autres inventions  linguistiques. Je ne crois pas que l’un d’eux lisent ces lignes mais il est probable qu’ils ne me croiraient pas ! Je n’y croyais pas moi non plus ! La jungle a réussie la où l’éducation nationale a échouée !

De retour en ville, je saute dans un bus sous une pluie tropicale, après une bonne soirée festive, en direction de La Paz, plus haute capitale du monde.

Petit dejeuné dans une paillotte traditonnelle sur la route de La Paz

Mon aventure amazonienne, introduction

16 Avr

 

Berge du Rio Ichilo L’Amazonie, la jungle verdoyante, l’incroyable diversité de faune et de flore auréolée par de mystérieuses citées d’or perdues, ont toujours fascinés les aventuriers téméraires. Beaucoup ont d’ailleurs sous estimés les nombreux dangers de ces contrés passionnantes. C’est donc à mon tour d’aller chercher mon aventure en Amazonie, avec beaucoup plus de modestie et de bien meilleures intentions. C’est l’endroit où je décide de me perdre en Bolivie, loin des sentiers battus, et de rencontrer, enfin, ces boliviens si timides et réservés. Du moins, je l’espère…

Tout commence à Sucre, lorsque je décide de mon parcours. Je prévois de rejoindre un petit port dans le centre du pays afin de monter à bord d’un bateau de marchandise. Puis en quelques jours, de rejoindre Trinidad, la plus grande ville du Beni.  Ensuite de me rendre à Rurrenamarque à l’ouest pour découvrir la jungle, puis de rejoindre La Paz. Le tout en 10 jours. Voila le plan.

A l'aube sur la riviere Je vais donc à l’office du tourisme de Sucre pour recueillir quelques informations mais mon interlocuteur reste sans voix, et sans solution. Il ne connait pas ce port et ne sait pas comment s’y rendre. Il ne m’apprend rien, je devrais me débrouiller seul. J’ai alors le sentiment d’être sur la bonne voie,  le parfum d’un nouveau défi m’enivre d’une douce euphorie.

Le lendemain, je prend un bus de nuit. 12h plus tard, j’arrive à Cochabamba au levé du jour, somnolent après une nuit difficile. J’ère dans les rues de cette ville moribonde, je me perd, je suis amorphe, englué dans des pensées désespérantes. Je ne sais comment faire. Qu’il est dur de sortir des sentiers battus ! Puis un taxi me dépose dans une rue remplie de petits autocars, reliant des destinations locales. Apres avoir longuement réfléchi et déambulé, je monte dans un bus en milieu de matinée pour une destination inconnue. En effet, les bus ne vont pas à Puerto Villaroel directement mais la dame me dit que le chauffeur me fera signe de descendre à un moment donné, puis je pourrais prendre un autre moyen de transport pour ma destination finale. Sans comprendre tout les ressorts de mon trajet, je monte dans ce vieux bus inconfortable pour 8h de voyage. Sans le savoir, je viens d’apercevoir les derniers touristes pour les deux prochaines semaines.

Je somnole aux sons des marchands qui vendent quelques potions miracles, et des paroles échangées avec un vieux monsieur rachitique me parlant espagnol et aymara. Les paysages changent. Des hauts sommets arides, nous descendons progressivement. Les montagnes sont recouvertes d’une épaisse végétation, entourée de brume, les plantes deviennent plus grasses, la terre rouge et boueuse, l’atmosphère chaude et étouffante. Je repense au film “Gorilles dans la brume”…

Montagnes tropicales Stop ! Le chauffeur me dit de descendre au milieu d’une rue chaotique et me parle de taxi un peu plus loin. Je suis là, seul, planté avec mes sacs au milieu de ce marché gigantesque, sous une chaleur écrasante. Je regarde filer le bus, mon dernier repaire.  La rue est remplie de voitures à l’arrêt klaxonnant sans discontinuer. Les motos essayent de se frayer un chemin au milieu des passants désordonnés. L’ambiance est bruyante, oppressante. Les stands sont posés sans organisations particulière, il y a de tout, partout.

Une rue bolivienne, La Paz Toute cette excitation ne me rassure guère. Je suis partagé  entre un sentiment euphorique, me disant, surement à tord, “là, je jour vraiment à l’aventurier”, et un sentiment d’étouffement et de doute. Est-ce que je ne prend pas trop de risque ? Difficile à évaluer. J’avance prudemment. Je me surprend à chercher des touristes, quelques chose auquel me raccrocher. Mais rien. Les stands défilent, les gens me dévisagent. J’aperçois un petit singe en laisse sur l’un d’eux. Si la Bolivie de manière générale est dépaysante, ce qui m’entoure alors est un monde inconnu. Pas de doute, je suis seul au milieu du Chapare, une zone où un occidental n’est pas forcement bien vu en raison des campagnes anti-coca mené par les Etats-Unis, dans cette région mère du trafic de cocaïne. Je monte dans un taxi et je file à travers de nouveaux paysages, où les maisons en bois côtoient palmiers et fougères.

Etendage tropical L’air chaud et poussiéreux bat mon visage, je me détend. Je repense avec amusement a mon instant de panique. Bientôt, le chauffeur sympathique me dépose à la capitainerie de Puerto Villaroel. Je suis arrivé. C’est en fait une base militaire. Je rencontre un homme qui m’informe qu’un bateau militaire transportant 30 000L d’essence part après demain. Parfait, je prend rendez vous avec le capitaine le lendemain. Soulagé, je m’installe et profite de la chaleur tropicale un moment. Deux hommes viennent m’aborder coup sur coup. je parle avec chacun d’entre eux. Les gens m’ont l’air plus accécible. Ces contacts m’enchantent. Je suis exactement là où je voulais être. Je profite tranquillement de cette fin de journée dans ce petit port bolivien. Les prochains jours s’annoncent prometteurs.

Puerto Villaroel J’en profite ici pour faire une parenthèse et vous faire partager une constatation surprenante. Le premier des hommes était un paysan ivre. Amical, il n’en restait pas moins saoul, lourd et susceptible. En de nombreuses reprises, et particulièrement celle-ci,  l’ expérience accumulée derrière un comptoir  m’a servie. Je sais trop comment ces situations peuvent vite dégénérer et je les connais. Beaucoup de moment où ces mois de travaille me permettent aujourd’hui de sentir les atmosphères, d’essayer de juger les personnes de confiance ou non, d’appréhender au mieux chaque problématique. A 18 ans, lors de mon premier jour de travail au bar “Les Colonnes”, Christophe, le patron d’alors, m’averti d’une chose:  “Le bar, c’est l’école de la vie. Tu verras. Tu vas découvrir beaucoup de la nature humaine”. Je ne saurais vous dire combien il avait raison et je vérifie tout les jours cette affirmation et les années suivantes n’ont fait que renforcer ce sentiment.  Grâce à Criquet aussi à “Ardech’Café”. Fort de cette expérience de serveur, plus utile qu’il n’y parait, je me sens aujourd’hui confiant pour gérer une certains nombre de situation et limiter les risques et les pièges. Comme quoi…

Le Boldito  Finalement, après moultes rebondissements, je pars le surlendemain avec un bateau de marchandise privé. Le “Boldito”. Nous sommes 6 à bord et nous devons mettre 24h pour atteindre Trinidad. Mais en raison du niveau bas de la rivière Ichilo, il n’en sera rien. Il nous faudra trois jours plein pour en apercevoir les berges. Un voyage éprouvant psychologiquement. Les paisibles rivières Ichilo puis Mamoré ressemblent plus à nos fleuves qu’a nos rivières à truites. A bord, le confort est sommaire: je dors dans une cabine sans vitres, sur une paillasse de foin recouverte d’une bâche plastique. Sans douche, sans eau potable.

Ma demeure Pont supérieur Avant arriere bannanier

L’ambiance est pesante. Il y a le capitaine au visage agréablement rond et typique, sa femme, le second, le jeune matelot à l’œil vairon et l’infâme cuisinière cannibale, aux traits de vieux catcheur tombé du ring. Les gens n’apprécient guère ma présence et ne me parlent pas. Ils répondent a mes questions par de brèves phrases. J’ai d’abord mis cela sur le compte de la barrière culturelle, j’espérai qu’aux fils des jours les choses changeraient. Mais en 3 jours, personne ne me demandera mon prénom. L’annonce des repas  résonne jusque dans les entrailles, par les coups atroces de manche à balai sur la carlingue. Le petit déjeuner regorge de délicieux foie en sauce ou, encore plus alléchant, de la soupe de tête de poisson. Apprécier la gastronomie locale a sa juste valeur…

Le capitaine Je me sens mal. Indésirable. Je pensais avoir un contact privilégié avec ces gens mais je me suis heurté a un mur infranchissable. Plus tard, je conclus que je suis simplement mal tombé.

Fin de journée Moskitos 26 /Willy 43. Tant que le bateau navigue, la brise brulante éloigne les insectes. Mais la nuit venue, alors que nous sommes amarré, impossible de résister à l’invasion. Donc, après le diner de 17h, je me retrouve sous ma providentielle moustiquaire française, vers 18h30.  Les soirées sont longues et moites. J’imaginais pouvoir écouter les sons nocturnes envoutant de la jungle, mais c’était sans compter sur le générateur à pétrole, sonnant comme une pétrolette au pot d’échappement rouillé. Alors recroquevillé sur ma paillasse, je dors d’un œil, surveillé par un essein de moustiques avide de sang tournant au dessus de moi. Je décrète l’état de siège et la guerre fut terrible mais je m’étais juré d’en faire tomber plus que le nombre de piqures de ces vampires assoiffés.

L'invasion peut commencer... Je suis un peu mélancolique. Il n’y a pas grand chose a faire à bord d’un bateau et les jours se ressemblent. Le lendemain est semblable à la veille. Alors j’écris jusqu’à m’en faire mal à la main, je scrute le paysage monotone et lointain. Je reste perdu dans mes pensées de longues heures en mâchant de la coca.

3 jours sur un bateau...  J’apprend la patience, l’introspection. J’imagine de folles histoires dans cette jungle que je ne peux approcher. Anacondas, caïmans, singes, serpents, mygales, jaguars….Je rêves de ces rencontres mythiques, les yeux perdus dans les méandres de cette eau marron. J’ai hâte d’y pénétrer mais pour l’heure, je me contente d’en observer les contours. Il y a de nombreux oiseaux aux cris parfois stridents. Ils vont et viennent comme un ballet volatil.

raie d'eau douce. Et oui ! Barbecue de poisson chat Je me nourris de petits instants, essayant de savourer la chance d’être en Amazonie: la pèche d’une raie, une grillade de poisson au bord de l’eau. Parfois, quelques lueurs prenaient place dans le ciel en fin de journée avant l’invasion frénétique d’insectes volants.

Crepuscule Et le dernier soir, comme pour conclure ce voyage et me montrer une meilleure facette, un couché de soleil inspirant. Alors dans un endroit plus dégagé, je peux admirer les couleurs chaudes du ciel, changeant lentement. Nous sommes amarré et le lancinant moteur de bétonnière laisse place au calme, qui prend de l’ importance, tranquillement. Je contemple ce paysage, j’engrange l’instant éphémère lorsque trois dauphins de l’Amazone viennent jouer autour du bateau. Les souffles de leurs évents rythme ce chant naturel enchanteur. Haut dans le ciel, des perroquets passent en jacassant bruyamment. Un spectacle reposant. Voila ce que je suis venu chercher. Quelques secondes de quiétude.

Un moment calme Le soir du troisième jour, je pars en soirée avec le second en moto pour rejoindre la ville mais au bout d’un quart d’heure, plus de route ! Le passage se fait par une passerelle navigable, mais le chauffeur ne répondra jamais à nos klaxons. Je peux entendre la ville, j’en aperçois les lumières, je flaire la fête qui s’y déroule. Mais nous faisons demi tour. Une nuit de plus enfermé sur ce rafiau. Le lendemain, un ami du capitaine venu déjeuner me dépose en moto à Trinidad. Enfin. Je suis sale, collant, désorienté, fatigué de rien faire et seul.

solito

Sucre et Potosi, la Belle et le Clochard

10 Avr

Potosi Il était une fois, au centre des hauts plateaux de l’Altiplano, deux villes qui furent mêlées à de bien grande entreprises dont elles n’ont pas tirées avantage. La première dut nourrir trop longtemps la deuxième, dont la chute fut aussi brutale que l’ascension.

Je suis la riche Potosi,Trésor du monde…Objet de convoitise des Rois

Potosi vu d'un balcon

 Voici mon premier blason, lorsque je fus construite, à 4070 m d’altitude. Vous ne me connaissez pas ? Pourtant, je fus la ville la plus grande d’un monde, après les capitales du vieux continent. J’ai fait votre richesse, votre gloire, vos joyaux et vous ne vous souvenez pas de moi ? Il serait de bon ton de rétablir mon honneur, pour votre plus grand bonheur d’occidentaux à ornières.
Lorsque le vieux et bienveillant continent découvrit les Amériques et décida par la même d’instruire ses autochtones à coups de fusils, les espagnols virent leurs efforts de cupidité couronnée de succès lorsqu’il découvrirent le Cerro Rico, une montagne où l’argent débordait littéralement sous l’effet de la chaleur. Ils me construisirent a son pied, et exploitèrent la plus grande mine du monde d’alors. Le précieux métal finança l’empire dont les créances profitaient a ses voisins. On dit que l’on a extrait assez de minerai du Cerro Rico pour construire un pont en argent jusqu’en Espagne. Mais je ne l’ai jamais vu. La vérité est moins glorieuse: le Cerro Rico est rouge, taché de sang.
Le Cerro Rico En trois siècles d’exploitation, prés de huit millions de personnes succombèrent dans mes entrailles. Le travail provoquait tant de mort, par accident ou à la suite de silicose, que des milliers d’esclaves africains foulèrent mon sol pour pallier aux milliers d’indiens fainéants. Afin d’augmenter la productivité, les colons eurent l’excellente idée d’instaurer des roulement de travail de 12 heures. Les mineurs demeuraient sous terre , sans voir la lumière du jour, durant 4 mois, mangeant, dormant et travaillant dans les mines. Dans un enfer où il pouvait faire jusqu’à 45 degrés. Lorsqu’ils sortaient, on devait leur couvrir les yeux pour que le soleil ne les aveugle pas…

allant tour des mines

 Aujourd’hui, je peine a contenir mon lourd passé. Je suis triste malgré mon agitation. Je suis délavée, vidée, brisée. Les étrangers sont tolérés mais pas accueillis. Mes habitants sont agars, pauvres, méfiants. Assommés par des années de durs labeurs sans récompense.  Tout juste peuvent-ils subvenir a leurs besoins. Je suis Potosi, le clochard, ravagé et pillé.

Gallerie

 Les kilomètres de galeries abandonnées qui ont façonnées la montagne ont rouverte par des coopératives d’ouvriers, sans patrons, sans obligations, sans coups de fouet. Je suis fier de cela: de ces hommes courageux qui continuent d’exploiter notre seule richesse et qui n’hésitent pas a donner leurs vies, pour quelques bolivianos. Aujourd’hui encore, leurs conditions sont précaires et les maladies toujours présentes.

Mineurs avec son sac de coca

 Après une dizaines d’années de labeur a respirer la poussière de silice, gaz arsénique, vapeurs d’acétylènes, dépôts d’amiante et dérivés de détonateurs d’explosif, mes mineurs se meurent. Souvent. Mais que faire d’autre ? Comment survivre sinon en creusant ? En nous contentant des miettes laissées par le vieux contient. Notre sol est riche mais nous n’en profiterons donc jamais ?

Tapis de gravas Machines qui sépare le minerai de la pierre broyeurs moulin a cianure, mercure et autres

En ce moment, encore, les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe, investissent. Non pas pour nous aider, mais nous déposséder. Toujours. Nous ne retrouverons jamais notre époque florissante dévastée par des empires assoiffés de fortunes, mais personnes n’enlèvera l’honneur de mes ouvriers, flattant le diable tout les jours, pour ne pas être happés.

Idole vénérant le diablo et protegeant les mineurs

Quand a moi, je suis Sucre. Lorsque ma voisine devinrent la ville la plus peuplée des Amériques, je dus subvenir a ses besoins alimentaires. Je lui dois mon développement. J’étais son grenier à blé car mon climat et mon altitude me permettent de cultiver. Je ne lui tiens pas rigueur de ses années de servitude. Nous étions alors contrôlées par des forces que nous maitrisions pas. Alors, voyant chaque siècle la pression l’accabler un peu plus, je restais impuissante devant cette humiliation. Mais, le mépris nourrit l’orgueil, le patriotisme, la révolte.
Reunion d'un syndicat de mineurs C’est en mon entre, que Simon Bolivar déclara notre indépendance, en 1825. J’avais réussi a sauver Potosi des veines de l’avarice.  Aujourd’hui fière et distinguée, je demeure le cœur de la nation et la capitale constitutionnelle du pays malgré les 192 gouvernements qui dirigèrent mon pays.  Mon architecture coloniale préservée, construite autour de jolis patios vous séduira, les idées progressistes de mes universités emmènent mon pays vers une plus grande ouverture d’esprit. Je suis la Belle, novatrice et dynamique. Réputée pour être la ville la plus sur du pays, l’ambiance y est cordiale. Mes marchés titanesques recèlement de merveilleux trésors: des fruits, de délicieuses cuisines locales et des objets artisanaux. Les gens sont joyeux, plus moderne, plus ouvert qu’ailleurs. Je crois qu’il fait bon vivre ici, sur les flancs d’une vallée de basse montagne, a deux pas de la réputée Cordillera de los Frailes, sanctuaire du tissage Jalq’a.
Nos deux citadelles sont a jamais liées. Solidaire, nous ne gardons pas les même traces du passé mais nous marchons vers un avenir meilleur, main dans la main, comme des sœurs.
Notre force est de ne pas avoir opposées nos idées noires, mais d’être restée unie comme La Belle et le Clochard……

Les precieux minerais: plomb, zinc et argent

Si je pousse ici la rhétorique, c’est que le sujet s’y prêt. Je voulais tenter de vous immiscer dans mon état d’esprit, lorsque je m’y suis rendue. Je suis cet “occidental à ornières”, je ne connaissais pas ces villes avant de m’y rendre. Comment ignorer l’importance capitale de Potosi pour notre chère France ?  Je m’en voulais. Il n’y a rien de pire que l’oublie. J’ai aussi été effaré de voir comment un pays aussi riche en minerais, en pétrole et en gaz est toujours considéré comme le pays le plus pauvre d’Amérique Latine. Dans un autre monde, les pays possédant la technologie aideraient les pays moins développés a exploiter intelligemment leurs richesses. Non ? Suis-je idéaliste ? Je me suis senti responsable du passé colonial de notre contient et il m’a semblé le lire dans les yeux des gens. J’étais mal à l’aise. De même, la rencontre avec les mineurs fut une expérience poignante. J’étais bouleversé par le courage de ces surhommes, qui poussent à quatre, jusqu’à deux tonnes de pierres, sur des charriots défraichis, dans une atmosphère irrespirable. Les mineurs n’ont parfois que 8 ans. Un jour, un vieux monsieur m’aborde dans la rue et me dit: “nous sommes tous pauvres ici, mais nous sommes riche d’autre chose…”. Il ne m’a pas expliquer de quoi il parlait, surement voulait-il le garder secret, pour ne pas que je lui vole. Pardon si ma sensibilité historique et politique vous ont ennuyés mais voici comment j’ai visité les villes des hauts plateaux de l’Altiplano bolivien.

Un labeur inhumain, un petit hommage

La porte bolivienne, royaume du surréel

5 Avr

Vallée de las Rocas L’extrême Nord de l’Argentine ressemble de plus en plus à la Bolivie au fur et a mesure que l’on se rapproche de la frontière. Une transition en douceur. La Quiaca respire la poussière et l’agitation des villes frontalières. Chaque pas est un peu plus dépaysant. Je découvre un autre monde, de l’autre coté du pont. Je lève les yeux sur le panneau frontalier en disant au revoir à l’Argentine, et je fais le pas suivant, celui qui ouvre une autre page. Je ne me retournerai pas. Je suis bien trop fasciné par ce qu’il y a devant. Après de longues mais faciles formalités d’entrées, je remonte l’avenue principale en direction du terminal. Je change mon argent dans un kiosque, sur le trottoir, comme j’achèterai une glace. Les passages sont étroits tant les rues sont pavés de marchands, de stands, de passants. Il y a cette ambiance, ce type indien, cette crasse, ce doux parfum d’Amérique Latine colorée. Ces premiers moments de découverte sont toujours marquant. Et j’arrive au terminal un sourire béat sur le visage.

Un homme heureux La encore, plus rien à voir. Le terminal est un hangars, les compagnies de bus ont des stands de bois au milieu des vendeuses de glaces, de saltenas, jus de fruits, briquets ou peignes. Et que sais-je encore. Une braderie permanente a ciel ouvert. Les employés scandent les destinations de bus à la crié et viennent m’aborder, ou plutôt se ruer sur moi. Dans cette merveilleuse ambiance chaotique, je monte dans un bus vieillissant, avec une cargaison de 500 kg de riz en soute et une secte de dame au chapeau melon sur les genoux.

Palette de couleurs au dessous d'une lagune 2h plus tard, j’arrive à Tupiza, un gros village. Je pose mes valises dans un alojamiento en face de la station et je découvre les joies de la Bolivie pour le voyageur européen que je suis. Dans ce genre de motel, je loue une petite chambre pour 2,5 euros la nuit. Pour la première fois depuis mon départ, je vais dormir seul dans un hôtel, pour deux fois moins chers qu’un camping en Patagonie ! Je sors rapidement pour ressentir un peu l’atmosphère de ce nouvel horizon. Premières flâneries, premiers marchés…premières impressions.

Kollpani, à 4250m Je m’apprête à visiter la région du Sud-Ouest de la Bolivie renfermant de merveilleux secrets, et pour cela, au risque de me trahir, je suis obligé de passer par une agence et d’acheter une excursion. Il n’y a pas d’autre alternative. Loin de m’enchanter, j’appréhende au contraire énormément. Mais je me renseigne auprès d’autres touristes, je vais voir plusieurs agences, je prend le temps de réfléchir avant de me décider, le plus tard possible.

Jeep dans le salar d'Uyuni J’embarque le lendemain avec trois autres français. Et les lieux que je m’apprêtais a voir nécessité ma langue maternelle pour les partager. Il y a Guylaine du Finistère, une petite bonne femme au caractère bien trempée d’une cinquantaine d’années, partie pour un an renouvelable. Anne et Adrien quand a eux, forment un joli couple de Parisiens et arpentent les routes des cinq continents en vélo couché. Un capital sympathie comme ils disent ! (cf lien) Sans oublier Martin notre guide jovial et attentif, et Joana, la cuisinière. Un groupe idéal, ou nous avons pu partager nos sentiments, et philosopher sur notre responsabilité de touriste envers ces peuples captivants.

2011-04-03 Jeu sur le salar (1) Merveilleuse Bolivie aux joyaux exceptionnels. Chaque moment nous apportait son lot de cadeaux. 4 jours de déambulation en Jeep au confins du Sud Lipez. Indescriptible. Les pistes malmènent le véhicule, traversant rivières et pentes douloureuses et nos logements de fortunes se contentent du minimum, sans chauffage ni eau chaude. Mais en a ton besoin lorsqu’on se nourrit de contemplation ?

Laguna Colorada Comment vous décrire ce que je n’avais pu imaginer ? Cette “aventura” fut une révélation. Depuis plus de deux mois, j’ai eu l’occasion de voir des lieux exceptionnels, de me laisser porter par un sentiment admiratif ou de me sentir inspiré par des endroits envoutant. Mais ici, c’est encore autre chose. J’avais l’idée d’une cascade avant d’aller à Iguazu, j’imaginais à peu prés que qu’était un glacier avant de me balader à El Chalten et j’avais anticipé l’aridité des plaines Patagonne avant d’en manger la poussière.

Montagnes nuancées Mais je n’avais jamais été préparé aux montagnes de multiples couleurs sur des centaines de kilomètres, aux bans de sables rissolant d’infinis nuances. Au bout de l’horizon, de prestigieux volcans écrasent de leurs majestés les déserts de gravas, déjà à 4500 mètres d’altitude. Ni les lagunes blanche, jaune, verte ou rouge n’étaient venues à mon esprit, ni les geysers aux vapeurs de souffre.

Laguna Colorada Laguna verde lac d'eaux chaudes Geysers Pas plus que la sculpture naturelle de l’arbre de pierre ou du désert de Dali. Voila un personnage tout trouvé pour décrire ce lieu. Regardez un de ses tableaux et vous écumerez un peu l’univers du Sud Lipez.

Lagune aux cimes enneigées colline à la roche rose Desert de Dali L'arbre de pierre 

Alors au dessus du niveau du Mont Blanc, nous nous sommes prélassés dans une source d’eau chaude naturelle. Une baignoire à température idéale, devant un paysage a couper le souffle.

Agua Thermales Incroyablement diversifié et très riche, on dirait que la nature s’est éprise d’un délirant artiste créatif mégalomane. Etonnamment, ce lieux préservé ne fait pas naturel tant il est unique. Les animaux qui y résident, ne font que renforcer ce sentiment: sous le flegme nonchalant des Flamands Rose, les vigognes élancées coursent élégamment les Nandous qui leur rendent le change.

Renard des sables Vigognes Flamands rose sur la laguna colorada Nandous Lors de ce doux rêve, alors que la nuit entreprit sa conquête, je fus absorbé par les plus beaux ciels étoilés de ma vie. Incomparable. La pénombre laisse place a des millions de points scintillant jusqu’à l’horizon. Comme sous un dôme arrondi. Ici, au royaume du surréel, il n’y a plus de place pour l’obscurité, la nuit n’est que lumière…

Apercu du ciel étoilé Durant l’expédition, nous avons traversé des villages perdus, ou les gens vivent simplement de l’élevage de Lama ou de la culture de Kinoa. Les maisons en torchis donnent un peu d’humanité en ces lieux parmi les plus difficile de la planète.

San Pablo de Lipez Ici, entre 3500 et 5000 mètres, impossible de cultiver quelconque végétal ou d’élever vaches ou moutons. Le moindre changement climatique, et le village tout entier est en péril. Comme il y a deux ans, où l’abondante neige fit dépérir bon nombre de Lama sans pâturage. J’aperçois aussi les premiers ravages de la colonisation espagnole.

ruines de village ruines de village

Un village mort, en ruine depuis des siècles après que ses habitants furent empoissonnés dans la mine d’or voisine. Ici sont mort les derniers Incas, exploités jusqu’à la faim. Consternant.

Levé de soleil sur le salar Les noms d’El Sillar, Licancabur, Arbol de Piedras ou Laguna Colorada nous amenèrent au spectacle final: le salar d’Uyuni. En lieu et demeure de cette ancienne mer intérieure, il n’y a qu’une étendue de sel de 12 106 km carré. La plus grande du monde.

exploitation de sel Avant de dormir dans notre hôtel de sel, notre charmant guide nous amena jusqu’à ce lieu mythique, pour le couché et le levé de soleil. Même l’affluence de touristes bruyants n’a pu dérobée la magie symétrique du salar.

Couché de soleil sur le salar Recouvert alors d’une fine couche d’eau, il reflète parfaitement le ciel, nous laissant contempler un spectacle sans horizon. L’absence  de repère donne presque le vertige. Depuis des jours, il est incroyable de voir comment les paysages changent radicalement en quelques heures et nous en prenons toute la mesure devant le salar.

Un camoin passe... Comme si une force aspirait l’horizon, le Ciel et la Terre se marient inconsciemment jusqu’à ne faire plus qu’un. L’impossible union de deux mondes se réalise sous nos yeux. Un moment qui n’a pas d’égal.

 Sel sechant en tas et leurs reflets Couché de soleil sur le Salar Aux dernieres lueurs du jour Aube Levé de soleil Un pique nique, ca vous dit ?

un instant

Je manque de mot pour vous le faire partager tant l’émotion fut percutante, mais je peux avouer secrètement, qu’aux derniers rayons de soleil,  je n’ai pu retenir une larme. Que le monde est beau !

 Jeu sur le salar

Sur la route de la Bolivie, l’esprit des Andes

29 Mar

Un symbole de l'independance Je me prépare a effectuer mon plus long trajet de bus pour rejoindre le Nord Ouest de l’Argentine. 32 h.  Au final, je serais resté trois jours à Puerto Iguazu, pour trois jours de bus. On ne peut pas dire que les cascades étaient vraiment sur mon chemin. Mais c’était inoubliable.

Formation rocheuse comme le facteur Cheval en Drome, Purmamarca Après avoir vu une demi douzaine de films americains, avoir mangé des repas enrubannés de cellophane, compter les 87 points rouges sur le siège de devant et dormi aussi bien qu’un veilleur de nuit, c’est les pieds boudinés que j’arrive à Salta.

Il est difficile de se loger ici car c’est un weekend de 4 jours et il y a un concert d’un artiste très populaire, Indio. Malgré tout j’ai de la chance, je dégotte une auberge pas chère, même si c’est le pire dans laquelle j’ai pu mettre les pieds. Le concert amène une population de jeunes sauvageons déchainés. Je passe une première nuit agitée. Il apparait alors clairement l’inversement proportionnel entre la grandeur des villes dans lesquelles je me trouve et les relations humaines que je parviens a me créer. Autrement dit, je me sens bien seul entouré de gens.

Ceci dit, la ville est agréable et possède un fabuleux musée. Retraçant une coutume inca capitale, il expose deux momies d’enfants offerts à la montagne.

En effet, les incas vénéraient la nature et leurs dieux représentaient certains de ces éléments. La Cordillère des Andes était donc un lieu tout trouvé pour s’attirer les faveurs du Dieu de la montagne. Au printemps, ils vénéraient la Pachamama, déesse de la fertilité. Unifiant les peuples conquis par l’empire, chaque provinces amenées des enfants choisis avec soin à Cuzco, centre des cérémonies.  Après un rituel convenu, chacun rentré dans son village natal mais en ligne droite. Le trajet pouvait durer des mois. Les multiples obstacles augmentés encore l’importance symbolique du rituel. Une fête s’en suivait au terme de laquelle les enfants, enivrés d’alcool de maïs, étaient enterrés dans leur sommeil, pour ne jamais se réveiller, offert à la montagne. C’était un honneur d’être ainsi sacrifié. Dans l’esprit des Incas, les enfants ne mourraient pas vraiment mais rejoignaient leurs ancêtres, assurant bienveillance et prospérité, depuis les cimes.

environ de Tilcara Ainsi, une expédition en 1999 découvra 3 enfants prés du pic de Llullaillaco, un volcan de 6739 m à la frontière chilienne, en faisant le site archéologique le plus haut du monde. Le froid, la faible pression atmosphérique, l’absence d’oxygène et de bactéries contribuèrent à une conservation presque parfaite des corps, pour nous donner un aperçu sans égal de la religion et de la culture inca, 500 ans plus tard. J’ai été émerveillé et touché. Une soudaine proximité temporelle, entre deux mondes.

Vestige précolombien, Pucara Je reprend malgré tout la route avant l’aube. Je commence a grimper l’altiplano, qui m’amènera jusqu’à La Paz, entre 2500 et 6000 m d’altitude. Je m’arrête une après midi à Purmamarca, un petit village d’artisans tisseurs, au pied d’une curiosité d’Argentine, la montagne aux sept couleurs.

Montagne aux sept couleurs Montagne aux sept couleurs Montagne aux sept couleurs Montagne aux sept couleurs

Très interloqué par les paysages que je parcours, je laisse mon imagination divaguée, au grés de ce délire sédimentaire. Je n’avais jamais imaginé qu’il existait de pareil paysages. Puis je flâne sur la marché artisanal.

 

Les gens sont plus tipés, plus timides aussi. Les villes sont moins structurées, les bâtiments moins hauts. Des marchands ambulants vendent tout et n’importe quoi, il y a des stands partout sur les trottoirs, aux multiples couleurs.

Marchands Ici, règne les penas, des restaurants musicaux, non pas sans rappeler les pubs irlandais, dans un style néanmoins très différent. Des villages plus authentiques émane un parfum andin encré dans des traditions ancestrales. L’ambiance a changée, bercé par des croyances mystiques.

Protection de la garganta del diablo, Tilcara En fin de journée, je rejoins Tilcara où je déniche un dortoir dans une maison de famille, pour 4 euros la nuit.

Tilcara Encore une fois, l’accueil argentin prend tout son sens ici. Il y a bien sur les ruines de la forteresse de Pucara, vestige précolombien, ou bien les champs de cactus dominés par des montagnes déchirées aux couleurs changeantes, ou ses canyons…mais je retiendrais bien plus encore ces instants chaleureux passés autour des asados, à partager avec argentins, chiliens et péruviens des histoires de nos pays, nos idées, nos préjugés. Parmi les plus conviviaux.

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Après avoir dégusté de la viande de lama, René le maitre de maison, joue un air de flute dans un silence respectueux.

René a la flute andine Alors, à 3000 mètre plus prés des étoiles, je me laisse imbibé par cette culture que je crois entrevoir. Je suis ailleurs. Un autre univers m’ouvre ses portes.

Quartier de Humamarca Un air de Bolivie flotte déjà ici. Je me rapproche de ce que Dany, à Iguazu, m’a décrit comme “El corazon de la America del Sol”. Demain, je passerai la frontière à La Quiaca, au confins de l’Argentine, à 5171 km d’Ushuaia…

Cactus geants

Mots clés Technorati : ,,,,,,

Les chutes d’Iguazu, la volonté céleste

22 Mar

Les chutes d'Iguazu De Bariloche, je rallie les 500km qui me séparaient de Neuquen en une journée de stop. Les paysages changent, les moyens de transports défilent. Quatre véhicules plus tard, je me retrouve dans une position délicate.

Sur la route de Neuquen Ce brave routier m’a laissé au bord d’un rond point, en pleine zone industrielle, devant un concessionnaire BMW, gardé par deux caniches nains. (!) Il est 23h. Respirer un grand coup et évaluer la situation. Je vais grappiller quelques informations auprès de la station service. Quelles sont mes options ?

1. Camper au bord de la route: c’est une zone industrielle au bord du périphériques d’une ville comme Lyon, il n’y a pas d’herbes et beaucoup trop de passage. Et, le type de la station s’inquiète quand à ma sécurité.

2. Marcher jusqu’à trouver un endroit caché ou refaire du stop au petit jour: encore une fois, mon ami le pompiste me prévient du danger de marcher seul, de nuit, avec tous mes sacs, dans cette zone.

Bien bien…il ne me reste qu’à trouver un camping…mais il n’y en a pas ici. D’après mon guide, il n’y a qu’une auberge de jeunesse dans cette ville peu touristique mais à plusieurs kilomètres. A cours d’alternative, je prend  un taxi, pour la première fois. Arrivé devant l’adresse de l’hostel, une pancarte annonce que l’auberge n’est plus ici. Il est minuit, je suis fatigué et incertain quand a mon avenir immédiat. J’ai besoin d’aide. J’aborde alors un voisin, qui m’informe de la nouvelle adresse de l’auberge, à l’autre bout de la ville. Encore une fois, il me parle de danger et m’indique une route plus longue mais plus sur. J’avance alors sur mes gardes dans cette ville décidemment si dangereuse. 30 min après, je trouve enfin l’hostel,et l’unique lit de libre. Fin de la journée. Ouf.

Peu avant Neuquen Fidele a l’enseignement d’un grand maitre chinois dont le nom m’échappe, je prouve par cette anecdote qu’il y a toujours du bien dans le mal. En effet, je rencontre immédiatement Daniel qui me prend sous le bras. C’est un argentin vivant comme beaucoup, en tant que résident permanent à l’auberge, rempli d’hispaniques. Neuquen qui devait être simplement l’étape d’une nuit, se transforme le lendemain en asado convivial typique argentin. Seul au milieu de ce cercle presque familiale, au bord d’une rivière, dans un parc, nous passons la journée du dimanche à manger de la bonne viande grillée, vidant quelques chopines de bière, vin et Fernet-Branca en jouant au volley. Sirotant un maté, je me sens encore une fois privilégié: une journée au cœur de l’Argentine. Aucune tradition n’est plus universelle ici que le barbecue.

Cordoba vu des toits Mais le routard ne peut s’éterniser, et je roule jusqu’à Cordoba, la plus belle ville coloniale du pays, plus de 1000 km au Nord. 15h de bus après, je découvre cette cité finalement décevante, au centre du pays. La ville est jolie sans être belle, l’auberge est remplie d’anglophones, en cercle fermé. Ils ont eux aussi cette tendance très british et méprisante, de ne parler que dans leur langue. Je reste en retrait de ces gens, sympathique par ailleurs, qui survolent le pays sans s’attacher à le comprendre. Me semble-t-il. Seul le musée de la mémoire, en hommage aux disparus lors des dictatures des années 70, la discussion sur un banc avec le “papy pigeons” et la sortie nocturne avec deux argentines, parvient a relever l’intérêt de ces trois jours.

avenue San Martin, Cordoba De là, je prend un nouveau bus sans regrets, à destination de Puerto Iguazu. Les 25h de trajet sont longues, très longues…J’ai sympathisé avec un couple d’italo-argentin vivant en Espagne. Ils sont artisans, et voyagent en travaillant sur les marchés. Une fois a destination, nous louons un appartement. J’évite donc les auberges aux nombreux services mais plus chère et loin du pays. Une pause dans la petite guerre que je mène depuis quelques temps à l’anglais. Je refuse de le parler.  Selon moi, il est trop difficile de pratiquer, et d’apprendre, deux langues en même temps, et puisque je parlerai la langue de Shakespeare tout le reste de mon voyage, il est bien normal de s’attacher au castillan pour l’heure.

avec Stefania et Dany Ici, ce n’est déjà presque plus l’Argentine. La terre est rouge et poussiéreuse, l’air humide et chaud, les villages sont construits de taules et les forets denses sculptent des paysages radicalement différents de ce que j’ai pu voir jusqu’alors.

Comptant parmi les sites les plus époustouflant de la planète, les chutes d’Iguazu s’inscrivent dans un cadre fascinant, a cheval entre le Brésil et l’Argentine: deux parcs nationaux composés de forets tropicales humides, abritant une faune et une flore très diverses. Leurs puissances, leurs tailles et le bruit qu’elles émettent en fond un spectacle inoubliable.

Les chutes d'Iguazu Selon la légende guarani, celles-ci furent crée par un dieu de la foret en colère. Caroba, un guerrier indien, avait enlevé une jeune fille du nom de Naipur, dont la divinité s’était épris. S’échappant à bord d’un canoë, le dieu fou de rage fit s’effondrer le lit de la rivière devant les amoureux, en formant les chutes abruptes ou Naipur tomba, s’immortalisant en rocher. Caroba survécu sous la forme d’un arbre, au pied de sa douce pétrifiée.

Naipur et Caroba   Je compte me rendre des deux cotés des chutes en commençant par le Brésil. Un énorme complexe touristiques très cadré m’attend. Si je me suis senti à l’étroit au Perito Moreno, j’ai carrément suffoqué ici avec une affluence incroyable. Mais le spectacle est au rendez vous. Sur plus de deux kilomètres, le lit du fleuve Rio Iguazu se rompt brutalement avant de confluer avec le Rio Parama, un des fleuves des plus puissant de la planète, L’énorme rivière au cours tranquille se transforme soudain en une déferlante d’eau. 80 mètres plus bas, le Rio s’écrase sur les rochers dans un bruit sourd, soulevant d’énormes nuages de pluie fine agrémentés, au grés du soleil, par de délicat arc-en-ciel. Le Brésil offre des vues panoramiques mais reste du coup assez loin des chutes en elle même. Sans aucune possibilité de randonnée.

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       Profitant d’une panne de réveil, je me rend le lendemain au jardin des colibris lors d’une journée tranquille. Fascinante petites bêtes, peu farouches et joyeuses.

Un Picaflores En Argentine, le parc est bien plus intéressant. Plus vaste, il offre des chemins de randonnées tranquilles au sein de la canopée tropicale, s’élevant jusqu’a 30 mètres de haut, Cette jungle presque impénétrable fourmilles d’insectes, de reptiles et de mammifères comme le charmant coatis, cousin du raton-laveur. Les nombreux oiseaux font vivre la foret au mille et un sons de leurs chants.

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Tantôt, les parcours surplombent les chutes, tantôt ils déroulent juste au pied de celles-ci,  que l’on peut effleurer du bout des doigts, dans un nuage de gouttelettes. Puis, un petit train serpente jusqu’au chef d’œuvre de la nature, la gorge du diable. Sur 1 kilomètre, des passerelles enjambent le cours d’eau pour déboucher sur un gigantesque gouffre, où je jette une bonne partie des eaux. Il est impossible d’en voir le fond, tant les millions de litres d’eau forment d’énormes nuages.

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Je reste un long moment devant la puissance inouïe de la nature, tétanisé a l’idée que ce spectacle perdure depuis des temps ancestraux. Mais d’ou vient toute cette eau ? Il est incroyable d’imaginer que le débit de ce flot s’étale depuis des millénaires. Ce lieu n’a pu existé que par la volonté d’un Dieu ancien, tellement il allie beauté, délicatesse et puissance. De même, la différence est frappante entre le cours d’eau si paisible en amont et la colère rugissante de la Garganta del Diablo.  Je me suis resté sans voix à la vue de cette cascade qui se jetait sous mes pieds. Un vertige dans le monde tropical.

La Garganta del Diablo Je repars de ce lieu céleste avec des images impérissables. Seul l’affluence touristiques et l’exploitation qui en découle m’ont privé de liberté. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

Un sentiment touristique Ceci dit, comme pour rappeler que malgré tout, l’homme ne pourra jamais dompter la nature, lors de mon passage aux Cataratas d’Iguazu, deux touristes ont péris lors d’une excursion en bateau, happés, sans doute, par le Diable lui même. Ce tragique accident restaure un peu d’humilité face à notre éternelle arrogance.

Une derive

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Au fil de la Route 40, des paysages, des figures…

13 Mar

La route 40 Pas de nouveaux paysages ici. Simplement des expériences enrichissantes saupoudrés de hasards bénéfiques, une ambiance. En soi, mon objectif. J’ai réussi a me perdre, loin des sentiers battus. Peu de photos également car les histoires que j’ai à conter ne peuvent pas se montrer, seulement se vivre…

les plaines PatagonesJe me suis donné 5 jours pour arriver à Bariloche et parcourir les 1200 km en stop. C’est donc en autonomie que je pars d’El Chalten, après avoir dit au revoir aux Incahuellas.  Le début fut plus difficile que prévus. Après 24h, une nuit au bord de la route, un vent de face à faire reculer un lama et des tonnes de poussières ingurgitées , je suis  à 100km du point de départ. Je me suis embarqué dans une expédition ! La route 40 parcoure tout le pays du Nord au Sud. Certain tronçons sont goudronnés, beaucoup d’autres non. Sur certaines parties, il ne passait pas plus de trois voitures par heure. Le stop c’est un peu le jeu du “tout ou rien”. Ca peut être très enrichissant comme très difficile. Et la magie de la chose, c’est qu’on ne peut jamais savoir à l’avance !

IMG_2568C’est un peu après Tres Lagos que je rencontre Irene et Raphael, un couple de suisse allemand. Sans que nous le voulions, nos chemins vont se joindre durant 5 jours. Par un jeux de fabuleux hasards et destins croisés, nous avons finis  ensemble les quelques 1000km qui nous séparé alors de la région des lacs, à El Bolson et non Bariloche. Une ville plus petite à la réputation hippie.

Petit concert hippie à El Bolson Durant ce périple, nous avons été pris en stop par le très loquace Ricardo, un vieux paysan vivant isolé mais qui n’a pas oublié le sens de l’hospitalité. Il nous amène chez lui, nous offre le maté puis nous invite chez des amis pour diner et dormir. Il y a eu Juan, un routier aux allures de David Charvey avec qui nous avons parcouru 600 km dans une journée avant de fêter ça au restaurant. Et beaucoup d’autres….

Le territoire de Ricardo Nous avons traversé les plaines infinies de Patagonie qui nous ont offert leurs plus belles lumières, découvert des localités poussiéreuses aux allures de Far west, oubliées des touristes. Bruce Chatwin, un célèbre écrivain-voyageur , décrit ces villes comme “des carrefours insignifiants, avec des routes partants dans toutes les directions, et menant nul part.” (En Patagonie, 1975) Comme c’est vrai ! Car, c’est aussi un voyage dans le temps, à la rencontre de ces argentins si sympathiques qui m’échappaient jusqu’alors. De ces hommes qui vivent souvent seuls, isolés dans des domaines gigantesques. De pures joies d’aventuriers…

 

L’arrivée à El Bolson fut sans transition.  Mon Dieu, la civilisation !! Un très agréable marché artisanal vient agrémenter cette petite bourgade décontractée. D’autant plus que c’est le carnaval… Je retrouve un peu de chaleur ici, autour des barbecues que nous organisons jusqu’à tard dans la nuit.

 

2 jours plus tard, il a bien fallu partir. Germain, routier de son état, m’emmène dans son camion de farine jusqu’à Bariloche. Je parle tout juste assez castillan pour lui faire la conversation durant le trajet, armé de mon dictionnaire. Je ne fais que passer dans la grande ville. Je vais plus au Nord, à Villa Agostura pour louer une bicyclette durant 3 jours, parcourir les fameux 110 km de la route des 7 lacs.

Mais ce fut un revers cuisant ! Une première vraie galère. Deux jours de pluies et un vélo cassé eurent raison de moi, sur une route moins spectaculaire que prévus. Faire du stop sous la pluie, dans la boue, avec un vélo cassé sous le bras, c’est un peu comme courir avec des lacets attachés. Ca n’est pas pratique et on se lasse vite! Je suis trempé mais un chauffeur de bus à pitié de moi et me sauve de la noyade, moyennant paiement.Un vélo et un sac de 15kg sur la route des  lacsJe pars de cette ville déçu où je me suis pris un instant pour une vache à lait dans la région des lacs. Une usine à touristes méprisante, loin de la chaleur humaine du cœur du pays. Les gens ne sont pas les même dans les régions touristiques. Et paradoxalement, je participe un peu plus à cette perversion.

Je me réconforte en m’offrant une auberge panoramique à Bariloche, à la consonance trop américaine. Avant de remonter vers le Nord, sans trainer. Le temps passe et je dois rejoindre la Bolivie. Mais avant, un détour immanquable vers les chutes d’Iguaçu, à la frontière du Brésil. La route est longue…mais j’ai eu ce que je voulais en Patagonie. Du contact, des histoires, des souvenirs. J’emporte avec moi un morceau de la gentillesse de ces gens, dans une plaine d’humanité.

Aucune retouche pour cette devanture de bureau de tabac !

Parc Los Glaciares, le bruit du silence

27 Fév

Le Fitz Roy

Le parc du Torres marque un tournant dans mon voyage, un mois après le départ. J’ai pris des repères, je me situe mieux, le temps du rodage s’achève. Je monte dans un dernier bus pour repasser la frontière argentine mais ensuite j’abandonne le mode de vie auberges-bus pour celui de campings-stop.

stop dans les plaines patagonne

D’abord, pour mes finances car l’hébergement et les transports constituent les plus grosses dépenses et que je peux plus tenir le rythme. Mais surtout parce que je suis en manque de contact avec le pays: lassé des auberges communautaires pleines d’européens, ras le bol de ne faire que croiser les argentins sans pouvoir leur parler. Je ne veux plus traverser les plaines et villages derrière des vitres mais les arpenter. Je veux revenir de Patagonie avec une histoire, pas des souvenirs. En cela, le stop constitue le meilleur moyen de transport à mon sens.

photo prise a l'arrachée Je m’attaque maintenant au Parc national des glaciers, dernière étape patagonne, qui renferme de nombreux trésors. On y accède par deux villes différentes. Un samedi soir vers minuit, j’arrive à El Calafate, porte d’entrée de la zone Sud, vers le plus impressionnant glacier de la région, le Perito Moreno.

IMG_1598 C’est à ce stade que je rencontre trois françaises avec lesquelles je vais découvrir le parc durant 2 semaines. Elles ont le projet de suivre la cordillère des Andes durant deux ans, d’Ushuaia à Quito. De sensibilité écologique, elles se documentent sur la gestion des espaces naturels, complète la collection photographique des fleurs d’altitude pour un jardin botanique et vont à la rencontre de peuples autochtones. Mathilde, Sara et Cécile m’offrent une vision plus technique des parcs et des espaces protégés.(cf lien: incahuella)

Apero au mirador des condors Deux jours après mon arrivé, je me dirige vers le Perito Moreno, à 80km, en stop. Après 2h30 d’attente, une famille chilienne me propose de monter dans leur voiture. Nous sympathisons, et ils finirons aussi par me ramener avant que je comprennes qu’ils étaient mes voisins de tente !

Le Perito Moreno D’abord nuageux, le temps se découvre pour me laisser contempler ce colosse: 22 km de long, 4 de large et 60m de haut. Il est impressionnant par ses dimensions mais encore plus par son activité. En effet, c’est un des glaciers les plus stable du monde et son avancé constitue un spectacle incroyable. A seulement 200m, je peux observer les chutes de blocs de glaces et de tours entières dans l’eau laiteuse en contre bas dans un vacarme roque et cassant. Il en tombe plusieurs pas heure. Le son est plus marquant que la vue. La glace qui se rompt, les blocs qui dévalent les flans avant de tomber lourdement dans l’eau dans un raz de marrée. Une démonstration de puissance. Ceci étant dit, la facilité d’accès, l’aménagement des berges en grosses passerelles métalliques et l’affluence ne contribuent pas vraiment à l’émotion. Rien de semblable ici au glacier Grey, plus sauvage, plus authentique. Il fallait le voir, j’ai été content d’y aller mais le conditionnement sans liberté du touriste m’a quelques peu refroidi…

 

Le lendemain nous repartons sur la route. Nous constituons deux groupes de deux. Rendez vous à El Chalten, les derniers arrivés payent la bière ! Nous atteignions notre but après être monté dans un bus aménagé en boutique de matériel pour policiers et deux picks-up, en seulement 2heures de plus et 30 euros de moins que les transports en communs.

De la benne d'un pick-up Plus rien à voir avec le bus, c’est plus excitant ! Et je vous assure que voir défiler les paysages hypnotisant de Patagonie dans la benne d’un picks-up est une expérience aussi drôle que libératrice. Je me sens soudain vivant. Lors des derniers kilomètres, nous apercevons le majestueux  Fitz Roy, point culminant du massif donnant lieu à de nombreuses randonnées.

Le massif du Fitz Roy 8 jours plus tard, nous en avions fait le tour. De paysages variés en glaciers somptueux, nous avons vécu en pleine nature, au rythme du soleil, sans montre, sans notion de jours. Je me suis rapproché de ce coté authentique que je recherchais. Une petite centaine de kilomètres plus tard, j’ai pu observer de nombreux animaux: lamas, lapins ou aigles. Un couple de pic vert nous a laisser les observer à quelques mètres et au levé du soleil, lors d’un petit déjeuné bucolique, pas moins d’une demi douzaine de condors décollent au dessus de nos têtes. Magique…Seul le puma reste introuvable…

 

Les anecdotes sont nombreuses, notamment la fois où j’attache ma poubelle a un arbre pour la protéger des renards mais ce sont les aigles qui l’ont dépecée…par deux fois ! Et aussi, une certaine tendance a me faire dérober mes affaires par d’autres voyageurs. Au palmarès, un pot de succulent dulce de leche, un paquet de biscuit et ma lampe frontale ! Peu ennuyeux mais agaçant tout de même.

Nous avons marché sur des sentiers escarpés lors de montée éprouvante au bord de pentes glissantes, j’ai pu voir le glacier Viedma, le plus long des Andes, dans un panorama immaculé d’une étoffe blanche.

Le glacier Viedma et ses moraines Nous avons traversé une rivière glacée pied nu, contre le courant, et sans pouvoir marcher durant de longues minutes à cause de nos pieds insensibles. Grâce à la rencontre d’un guide qui nous indiqua un autre chemin, j’ai pu réaliser un rêve déchu: marcher sur un glacier. Sans guide, sans équipement, sans agence et sans danger. Nous nous baladions dans de douillets sous bois pour arriver à la mystérieuse Laguna Capri. Une étendue d’eau transparente, sans vent, sans bruit, sans interférence. Un silence impressionnant. Il prenait tellement d’importance que nous n’osions parler qu’a voix basse, de peur de profaner ce calme absolue. Et lorsque je tendis l’oreille, il m’a semblé, un instant, entendre le bruit du silence. Gouverné par El Chalten, la montagne qui fume, les dernières lumières de la journée, façonnent un étonnant effet miroir, un jeux de l’irréel, entre ciel et terre.

Effet mirroir

Si la météo a été plutôt favorable, les derniers jours à El Chalten sont pluvieux et froid. Il est tant de partir, vers le Nord. Mais je n’arrive pas à me détacher de ce rêve du nom de Patagonie. Il me reste 1200 km avant d’atteindre Bariloche et la région des lacs, avant de sortir ce cette région mythique. Mais en stop, tout est possible…

on avance comme on peut !

Torres Del Paine, la révélation glacée

14 Fév

JEUDI 10 FEVRIER

Le massif du Torres del paine

Arrivé à Puerto Natales après une journée de bus et de nouveaux passages frontaliers, je m’octrois une journée de repos et d’organisation dans une auberge modeste et familiale tenue par des dames. Un bonheur de douceur et de tranquillité. Je sympathise avec Christophe un suisse et nous préparons ensemble la randonnée de 5 jours qui nous amènera dans le parc national Torres Del Paine, un autre domaine classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Un havre de paix pour les guanacos (lamas), oies sauvages, pumas et autres condors. Ces deux derniers sont discrets et mes efforts furent vain pour en approcher, tout juste apercevoir la silhouette du plus grand des rapaces, au loin.

les vents faconnent la végétation C’est un endroit fabuleux battus par des vents violents. De prestigieuses montagnes et glaciers entourés d’immenses plaines à l’herbe verdoyante où paissent tranquillement les guanacos. Arrivé en bus, il nous a fallu ensuite prendre un bateau pour rejoindre le point de départ du trek. On pouvait déjà imaginer ce qui nous attendait la bas. Le parcours effectue un W entre les rochers, chapotés de neiges éternelles. 

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L’eau est d’un vert-bleu irréelle dut à la fonte des glaciers et les vents d’une force incroyable. Il faut beaucoup d’attention pour ne pas se faire déséquilibrer. Il faut le vivre pour le croire, lors d’une journée calme, ils se situent autour de 100km/h. Les conditions climatiques sont difficiles ici et camper n’est pas une toujours aisé mais la chance nous sourit et ce fut 5 jours exceptionnels que nous a offert dame nature.

Nous nous séparons assez rapidement avec mon petit suisse mais la marche est surprenante. Je longe un lac dans de petites collines aux sous bois dégagés et bucoliques jusqu’à apercevoir au loin, une merveille: aujourd’hui, je vous offre le glacier Grey ! 

Le glacier Grey

Durant plus de 3 heures je marchais avec ce mastodonte de face, chaque pas m’en rapproché un peu plus. Le campement juste au dessus donne un point de vue incomparable, une chance. Je me suis alors posé de longues heures en observant cette immense étendue de glace qui avance perpétuellement, en écoutant ses craquements et restant ébahie lorsque les blocs se détachent et tombent lourdement dans l’eau gelée dans un bruit assourdissant. Le couché de soleil n’a fait que compléter un peu plus la poésie et la force brute de la nature, un moment inoubliable à seulement 200m d’altitudecouché de soleil sur le glacier

Peut être manquait- il une certaine personne auprès de moi à cet instant. Je ne pensais pas voir ce genre de spectacle ici, je suis stupéfait. Il est difficile, même après plusieurs jours de définir les émotions à contempler un tel spectacle. Les mots qui viennent sont sagesse, beauté, simplicité, force, limpidité, nature, tranquillité, pureté, humilité. Il y a un ordre naturel, une cause a ce qui nous apparait. Il ne nous appartient pas d’en définir les contours, juste de s’adapter et de respecter. C’est un endroit où le songe se mut en rêve et il est facile de se perdre dans l’imaginaire d’une vue aussi inspirante.

le glacier Grey

 

Ce fut le premier jour, et le plus marquant. Ceux qui suivirent m’ amenèrent entre les montagnes, aux sommets de miradors d’où l’on peut contempler la baie. Au plus prés de torrents puissants, qui déversent des tonnes de glace fondue à vive allure. Proche des cascades, il fut agréable de se rincer le visage dans une eau limpide et froide ou de remplir sa gourde de ce nectar si pur et naturel.

 

Après 80 km parcouru, je clos cette aventure en me levant à une heure indécente pour arpenter de nuit les flans des fameuses trois tours et de contempler le levé du soleil. Un temps s’achève sur les plus belles couleurs. Cet endroit me repose et m’inspire. J’ai été aspiré. Déjà prompte à l’introspection, je trouve ici une force et une diversité qui m’encourage à continuer, encore.

Les 3 tours

Ushuaia, l’orgueil d’un homme

12 Fév

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Il s’avère que le rêve d’Ushuaia est bel et bien français ! Et l’émission du même nom y est pour beaucoup. De même que le gel douche, mais le rêve était plus…masculin dirons nous!  Cela dit, bercé dans mon enfance par ces reportages, émerveillé par tant de découverte, je ne pouvais pas faire l’impasse sur cet endroit mythique. Raccrocher un peu d’expérience à ce nom, empreinte de liberté sauvage et d’extrêmes de tout horizon. IMG_0665Nous sommes en Terre de Feu, au delà de la Patagonie, tout au bout de l’Amérique Latine, à quelques kilomètres du Cap Horn, si redouté. Savez vous pourquoi ce nom ? Il y a quelques décennies de cela, vivait en ces terres un peuple de l’eau, les Yagans.   Dans une organisation proche des éléments depuis des millénaires, ils arpentaient ces immenses étendues au climat extrêmement rude, nus, avec pour seule protection de la graisse animal. montage_1Lorsque les colons arrivèrent en ces lieux mythiques, ils distinguèrent en premier lieu les feux autour desquels les Yagans se réchauffaient. Ils l’appelèrent naturellement, Terre de Feu….Un nom qui fait honneur à ce peuple respectueux et organisé dont la fin fut, comme presque à chaque fois, tragique. Il ne reste actuellement qu’une vieille femme sur ces terres, dernière représentante d’une ethnie décimée.2627365954_def580a257 Brève d’histoire mise à part, Ushuaia est une ville à taille humaine reposante et calme. L’air y est frais, les rues paisibles. IMG_0670 Il fait bon vivre ici. Je m’y suis senti bien tout de suite. Sur les rives du canal de Beagle, de petites maisons en bois font face aux impressionnantes montagnes où repose les neiges éternelles. Une plénitude, une sérénité, nous sommes au bout du monde, dans la ville la plus au sud des continents, avant l’ innaxecible Terre d’Adelie.

Notre arrivé tardive ne nous empêcha pas de finir notre journée sur une nouvelle chance, celle de trouver une chambre de libre, pour nous 5. Cette étape venait de seller un groupe qui durera 5 jours avec Yves et Josiane les québécois, et JB et Jérôme les parisiens. IMG_0714 Nous sommes partis ensemble durant deux jours dans le parc nationale “Tierra Del Fuego”. Première randonnée, premier contact. Les paysages sont reposants, de tranquilles rivières coulent au rythme des vents, même s’ils nous épargnent pour l’instant. IMG_0792 Tout ici est modelés par ces souffles souvent puissant. Je retrouve une simplicité recherché depuis mon arrivé même si le parc est très aménagé.

Puis, après le départ de mes camarades, je suis monté au glacier Martial, à 8km d’Ushuaia. Là, des français m’avait indiqué une cabane perdue dans la foret qu’ils avaient construit. J’y suis resté une nuit, perdu. A cet instant je me dis: ” Personne ne sait où je suis…” IMG_0916 Mais au lieu de m’effrayer, cette pensée me libère et me ravie.  La marche, autour du glacier qui s’en suivit fut décevante. Je redescends en stop le lendemain et le réceptionniste de nuit de l’hostel où j’étais me prend, IMG_0941

 

ce qui me permet d’y rester la nuit, sans payer, avant le bus de 4h30, pour Punta Arenas au Chili. Je me dirige alors vers ma première vraie randonnée, sur les pentes du Torres Del Paine.

J’ai du mal à quitter Ushuaia. Parce que j’avais un gout d’inachevé dans la bouche. Je voulais me perdre en pleine nature mais je n’ai pu que me balader sur des allées organisées. Les autres sentiers sont peu connus des touristes et les agences les gardent précieusement pour leurs clients. Si je n’ai rien trouvé de fabuleux ou d’exceptionnel en ces lieux, ils ont cependant en eux la puissance, la beauté et la sérénité des endroits emprunt d’émotions. Ils m’ont inspirés le respect et l’humilité que chacun doit avoir envers la force des éléments. Et il ont forgés l’orgueil d’un homme qui est allé, tout au bout du monde.

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Jusqu’au bout du monde

2 Fév

Samedi 29 janvier

En Route ! Je pars de Buenos Aires mercredi. J’aspire a plus de tranquillité. Je voulais gouter aux joies des soirées argentines mais mon budget ne me le permet pas.  On économisera en Bolivie !

Mon objectif est d’atteindre Ushuaia. Mais la route est longue, et dans un premier temps je vais m’arrêter à Puerto Madryn. A Mi-chemin, aux abords de la penisula valdes. Une réserve classée au patrimoine mondial de l’UNESCO grâce à sa faune très riche. Elle accueille de nombreuses baleines durant une moitié de l’année. Si elles sont parties en décembre, il y a beaucoup autres choses à voir. Vers 12h, je monte dans le bus pour 22h de trajet.

Ils sont très confortables, spacieux et climatisés. les supers bus Rien à voir avec une cage à poules ! Le trajet passe plutôt vite entre les repas, la rédaction de mon carnet de voyages, des articles du blog, quelques cours d’espagnols et l’organisation de la suite du programme. Baroudeur, c’est un boulot à plein temps ! Les paysages sont désertiques et monotomnes.   Durant le trajet, je ne vois…rien. Des plainesLa pampa jusqu’a perte de vu et tout juste un village ou deux. Vers 8h30 le lendemain, j’arrive à destination. Le temps d’un petit café, et je repars pour Puerto Piramides, plus petit et au centre du parc national. 1h de plus.

Puerto Piramides Arrivé là-bas, c’est un dépaysement totale.  Je passe d’une agglomération de 13 millions d’habitants a 250 ! Je m’installe dans un petit camping familiale. ma maison Fini l’ambiance backpacker, ici il n’y a que des familles argentines, ce sont les grandes vacances d’été ici. Apres quelques glanages d’informations, je me cantonne vite à un périmètre très restreins étant donné que je ne fais pas dans les excursions, que je suis seul et que les distances ne m’offrent pas la possibilité de louer un vélo.  Tant pis pour les pingouins et les éléphants de mer. J’en trouverai plus tard sur ma route. Je me pose au bord de l’océan. Je rêve. au bord de l'ocean Et dire que c’est ma même eau qu’a Biarritz ! Le problème principal d’être seul, en dehors de se parler à soi-même, c’est que personne ne garde ton sac quand tu vas aux toilettes ou te baigner ! Au loin, grâce aux jumelles,  j’aperçois des formes sur la plages, je décide d’aller voir de plus prés. Sac au dos, je pars dans la pampa aride. Je tourne et retourne un moment, sous un soleil qui brule la peau. Puis, j’aperçois enfin ce que je suis venu voir.

Magnifique. Non pas un mais une colonie entière de lions de mer. Les Lions de Mer Je reste un moment a les observer au milieu de cette ambiance rugissante. Je me sens comme un gamin. Je rentre finalement au camping sans avoir parlé a grand monde mais heureux. J’échange quelques mots avec un gallois puis une argentine anglophone avant de dormir, à quelques mètres de la plage.

Du coup, je ne reste qu’une journée et des le lendemain je reviens sur mes pas et trouve un bus 3h plus tard pour Rio Galleros, plus de milles kilomètres plus bas, à la limite de la frontière chilienne.

Arrivé samedi matin, avec des amis français et québécois, nous  trouvons a l’arraché des places pour le dernier bus de la journée en partance pour Ushuaia, en comptant sur les annulations et les retards de correspondances. Une chance ! Mais nous n’avons aucune réservations dans un endroit très prisé des touristes. Nous sommes 5 et personne ne sait où il va dormir…

C’est ainsi qu’en 4 jours, a 3040km au sud de Buenos aires, après avoir traversé le chili, passée plus de 50h dans 6 bus différents, avoir franchi le détroit de Magellan en bateau et m’être fait contrôlé 7 fois mon passeport, que j’arrive a Ushuaia sans notion de temps, tout au bout du monde. En Terre de Feu…

Au bout du monde

BUENOS AIRES, l’autre Europe

31 Jan

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Mardi 25 janvier

Comment imaginez vous Buenos Aires ? Que vous suggère ce nom ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

IMG_0044Avant de venir ici, j’avais une image érodée de la ville malgré les derniers livres que j’ai pu consulter lors de ma préparation. Je voyais une ville bruyante, étouffante, très polluée mais surtout sale, violente, faites deIMG_0067 vieux bâtiments aux façades brulées par les pots d’échappements et aux toits en taules. Une vie nocturne animées bien sur mais où il faut resté prudent à toute heure, gangrenée par la criminalité galopante.

Heureusement que je voyage, heureusement que je ne suis pas resté sur ces idées. Si elle demeure polluée et bruyante, comme nombres de grandes villes, elle a plus l’allure d’une jolie ville européenne. A vrai dire, à ma sortie de l’aéroport, et dans les quelques minutes qui suivirent, alors que je faisais IMG_0120 prudemment mes premiers pas en Amérique Latine, je l’ai comparée à Paris et Miami. Je me souviendrai longtemps de ces sensations, lorsque la porte de l’avion s’ouvre et que la première bouffée d’air s’engouffre dans ma gorge, quand je pose le pied sur le sol argentin où lorsque je sors de l’aéroport et rigole tout seul en regardant le ciel, entrain de me dire que le soleil qui chauffe ma peau est celui d’un pays dont j’entend parler depuis des années. J’y suis. Enfin ! Durant les prochains jours, je vais devoir recoller les morceaux, et mettre en relation tous ces mots IMG_0018 et ces idées avec mon quotidien et me dire régulièrement : “Je suis a Buenos aires, Je suis a Buenos aires…”

La capitale argentine représente a elle seule toute l’histoire de ce pays et tient bon nombre de ses traditions de l’Italie ou l’Espagne. L’avenue la plus large du monde , l’avenida de 9 de julio, reflète ses ambitions et les buildings rivalisent d’architecture au bord des quais de puerto madero ou dans le centre d’affaire du microcentro. La maison rose défi le congres, de l’autre coté de la jolie avenida de mayo. Les quartiers chics de riccoleta ou parlermo n’envie rien a leurs pays d’origine.

Et La Boca, la nostalgie d’une vie bohème tombée en désuétude. Mais il y a aussi cette exubérance latine et ce gout pour les arts de la table. J’y ai mangé la meilleure pièce de bœuf de ma vie, juteuse, épaisse, fondante, goutue…Un régal lorsqu’on découpe délicatement 4cm de chair rougeâtre, gorgée d’herbe de la pampa. Les cafés sont exactement comme chez nous. Quel plaisir de boire un expresso, assis à la terrasse d’un petit bistrot ancien ou une bouteille de 1L de Quielmes, bière légère et rafraichissante .  On y déguste aussi de délicieux ampaladas, un petit chausson fourré à la viande ou des glaces servies dans de petits pots en polyester. L’ambiance est détendue, les gens parlent forts, font de grands gestes, les marchands ambulants  crient a tu tête. Au loin, entre les forains de la rue piétonne de Florida, on aperçoit une démonstration de Tango…

Une ville intéressante donc pour une transition en douceur, aux mœurs proches des nôtres. Je loge dans une auberge du quartier de San Telmo, où se joue les meilleurs spectacles de tango de la ville. C’est lors de mon premier repas que j’ai commandéIMG_0015 “el bife del chorizo”, une pièce de bœuf de 400g. Durant 5 jours, j’ai arpenté au grés des rencontres les rues de la villes, le musée des arts de l’Amérique du Sud où les berges du delta du Tigre, au Nord de Buenos Aires, une ville où l’on se déplace en bateau, sur une eau marron chargée en fer, venue des forets tropicales du Nord.

J’ai testé dés le 1er soir, les bars branchés et boites de nuit de la capitale  avant de me perdre d’ailleurs, seul durant 2 longues heures. Mais la vie est plus chère que prévus et un budget de 3O euros par jour est restrictif et pour tout dire, intenable.IMG_0232 Puis les spectacles de tango de El Caminito, en pleine rue où le marché aux antiquaires de Defensa.

J’ai joué prudemment au touriste, parlant anglais ou français la plupart du temps. Ceci n’empêcha pas un pickpocket de s’emparer de mon téléphone et de mon tabac ! Mais on dit qu’on n’est pas vraiment allé en Amérique latine si on ne s’est rien fait voler, alors…J’ai rencontré bon nombre de voyageurs, tout comme moi, de tout horizon. Il y a Jean Luc qui relie Ushuaia à Quebec, Melanie et Laura parti pour 3 mois à travers le continent ou Serguei le russe. Il y a une quête dans chaque voyage,. Nous nous sommes croisés, mais tout le monde poursuit sa route. Je vais partir en direction du Sud, avec le désir de transformer ce qui n’est encore que des mots, en souvenirs.

CARNET DE VOYAGE, El Caminito ou l’art de l’émotion

22 Jan

Buenos Aires, quartier La Boca, Dimanche 22 Janvier 2011

caminito_jpg Il fait encore un peu plus chaud qu’hier. Avec 5 autres français nous décidons d’aller à La Boca, un site touristique de renom au milieu d’un quartier chaud de Buenos Aires. Une guide argentine nous en a parlée comme d’un endroit peu rassurant, où il faut aller, en bus, juste devant El Caminito, le quartier touristique, surveillé par la police et des milices locales. Et ne jamais, s’éloigner des trois petites rues d’un quartier plus grand qu’ un arrondissement parisien. Une française résidente, nous accompagne pour nous guider. Nous laissons tout à l’hostel, sauf quelques pièces de monnaies et photocopie de passeport. Et nous filons, en cette fin d’après midi, vers les spectacles de rues et les maisons colorées. Le bus nous faits traverser la zone “interdite”. Le spectacle est affligeant. Ordures, chiens errants, enfants sales ou nus fouillants les poubelles, des hommes et des femmes fatiguées poussent de lourd cadis et charrettes d’ordures dont ils espèrent tirer un peu d’argent. Quelques magasins en désuétudes abritent des gens assis, l’air agars, attendant un je ne sais quoi. Quelques jeunes nous targuent du regard. Je crois que  l’humilité est le premier sentiment qui monte en moi. Devant cette misère, devant mon aisance. Je suis triste de ne rien y pouvoir tout en sachant que de toute façon, personne ne voudrait de mon aide.

Puis notre bus s’arrête, au bord du Riachuelo. De l’autre coté s’étend la plus grande favelas du pays, un endroit où il n’y a ni bus, ni eau, ni électricité, ni policiers. Une zone franche, de non droit. Avant de m’enfoncer vers El Caminito où il règne une ambiance de fête, je jette un œil sur ces toits en taules. Un autre monde, qui ne m’est pas accessible.

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C’est dimanche de fête ! Une foule considérable vient assister aux spectacles de Tangos, visiter le quartier ou déguster une bière bien fraiche entre amis. Les rues sont prisent d’assaut par les terrasses en plastique et les musiciens. Les bâtiments ne sont pas hauts mais de  couleurs vives. Jaune, bleu, vert, rouge. Tout coloré, en petite parcelle. De nombreux pantins sont accrochés aux balcons représentant des stars du Pays. Mendoza, Eva Perron ou Maradona. On dirait une ville de legos, un jeu d’enfants. L’intérieur est chaleureux, comme une maison de poupées.  A Peine croyable. Ces ouvriers utilisaient le surplus de peinture des bateaux pour en recouvrir leurs maisons de taules. Je trouve cela émouvant. De même, un peu plus loin, le petit parc en béton où les enfants jouent au ballon. Ici, joué El Dieu lorsqu’il était jeune, Maradona lui même est issue de ce quartier et a rendu célèbre dans le monde entier le club des Boca Junior.

Finalement, nous avancions détendu. Effectivement,la zone paraissait sur, assez pour ne pas nous sentir mal à l’aise du moins. Au détour d’une des rues, je reste sans voix. Je m’approche doucement de ce qui va conclure mon plus grand coup de cœur à Buenos Aires, un spectacle de tango de rue. Sur la devanture d’un bistrot, un homme entonne un air plein de mélancolie. Alors un couple sortie de l’embrasure de la porte et s’élança sur le parquet de bois. Les pas, la musique et leurs gestes si précis, si intenses, si sensuels. ..Je vois en eux l’émotion du coup de foudre, je ressens la passion d’une rencontre, l’effervescence du désir mais aussi la tragédie, la souffrance et la séparation. Il se dégage quelques choses de cet instant  bohème qui m’arracha une larme. Je vis pour ces instants, profondément humains.

Nous nous sommes installés en terrasse, sirotant une bière dans une ambiance légère, au milieu de ce quartier qui m’a apporté tant d’humanité. Les touristes s’en vont, les cafetiers remballent leurs terrasses. La nuit tombe, il est temps pour nous de rentrer. La Boca reprend le peu de chose qui lui reste.

Avant le départ…

21 Jan

Les dernières semaines furent plutôt chargées. Il est définitivement certain que je ne sais m’organiser que sous la pression. A la dernière minute en somme… Papiers, administrations, justificatifs, santé, rapatriement, appareil photo, assurances, sac à dos, devises, traveller chèques, objets à emporter et surtout, à ne pas emporter !! Une tache a plein temps. Malgré les contre temps administratif, je pars pour Paris le 13 janvier, avec un sac fait à la va-vite de 22kg.

Une fois a la capitale, c’est ma banque qui me pose problème et me retarde. Je dois acheter un certain nombre de chose, dont des devises, puis organiser, condenser, peser, alléger, équilibrer, étanchéifier…..Grace à un peu de concentration, je suis presque prêt la veille du départ en sachant que je partirai avec un sac de 20kg et non de 15kg comme je l’imaginais.

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Tout ceci, sans jamais avoir pensé a ce que je ferai en arrivant, une fois la douane passée…

Alors en de brefs instants, je repense a ces nombreuses heures passées à travailler au bar, à ces rêves d’adolescent sur le point de se réaliser, à ces préjugés que je vais faire tomber, à ces gens que je vais rencontrer et à ceux que j’ai laissés. A tout ce que je vais voir…. Une excitation toute contenue m’apaise pour cette dernière nuit en France, parce que je sais que c’est aussi à ma propre rencontre que je vais.

IMG_0011 Mon avion décolle dans 18h, nous sommes le 19 janvier 2011.