Himalaya…mon amour

2 Nov

La chaine des Annapurna, Entre croyances et nature Une excitation, une effervescence et une certaine urgence me pousse a m’assoir dans cette mini voiture, un sac sur les genoux, un autre sur le toit et un compagnon allemand sur le siège arrière. Le jeune gitan porte un masque sur le nez et la bouche. Après une pétarade de noire fumée et des mots avec divers personnages, nous nous éloignons de l’aéroport, à l’embrasure du dédale de ruelles de Katmandou, 1350 m au dessus de la mer.

Tamel, quartier...touristique A chaque nouvelle arrivée c’est la même émotion qui surgit, a chaque nouveau pays, les premières minutes sont les plus riches de découverte, a chaque pas c’est un peu plus de réalité qui s’étale et me pénètre. A cet instant, tout n’est qu’inconnu, les bâtiments nouveaux défilent sans rien m’évoquer, des personnes passent sans jamais leur avoir parlé, les noms de quartiers ne retiennent pas mon attention. C’est l’univers de la première fois, du premier œil, de la première impression. C’est l’instant critique où mes préjugés de toujours se confrontent à la vérité du lieu. Peu de chose m’ont apporté une telle intensité. Parce que cette pulsion de l’œil neuf est incontrôlable, qu’elle dure souvent plusieurs heures et a ceci de remarquable que la puissance de sa bienveillance est partisane de chaque instant, que chaque toute petite chose banale et ridicule, apportant une satisfaction a votre curiosité qu’aucun livre ne vous inculquera jamais. Peut être aussi que la beauté de ce sentiment de lévitation qui ébauche avec autant de perspicacité le réel, réside dans sa nature unique et éphémère. Jamais, l’on ne retrouvera ce regard là, a cet endroit précis. Seule cette vision perçante est capable de regarder, ce regard libre de virevolter par delà la globalisation et les interprétations. Cette sensation jaillit et puis s’envole. Elle n’existe que dans le présent, dans la seconde singulière où le regard se pose. Elle ne vous laisse alors que la douce intensité d’une vie qui étend sous nos yeux les prouesses de la diversité avant de s’étouffer pudiquement.

Bouddha en centre ville Place de marché

A ce titre, Katmandou est une des arrivées des plus marquante. Ce petit taxi traverse les ruelles escarpées et très fréquentées de la capitale, sans que jamais nous ne puissions accélérer. Le soleil s’économise a mesure que nous traversons les époques. L’air est particulièrement chargé en co2 mais l’ambiance dégage quelque chose d’ancien, presque médiévale. La fraicheur me libère de 3 mois de chaleur accablante. 2h de rodéo à travers les bouchons ou les marchés, respirant les gaz d’échappements, ou frôlant du capot de vague personnage s’exprimant a cette occasion avec véhémence. Certain marchands doivent ranger leurs étalages pour bous laisser passer, certaines vaches demeurent impassible au milieu des chemins, nos roues frôlent les sacs d’épices, des cochons reniflent un caniveau bousculer par un rickshaw, les gens tapent sur le capot, cris, s’engueulent, gesticulent dans un bazar sans nom. Et moi, je souris a ce nouveau monde, me laissant guider dans un univers radical, loin de la pudeur de l’Asie du Sud-Est. Mon chauffeur m’apprend qu’il n’y a aucun code de la route au Népal. Ca ne me choque plus mais me fascine.

Un mendiant trés sympathique Vendeur de colliers de fleurs

Ces premières heures concrétisent a merveille mon désir de changement. Je me sens léger, poussé par une multitude de possibilités. Dans la fraicheur nocturne, je trouve un petit restaurant qui deviendra bien vite mon repère avant de passer une nuit calme, où les rêves s’emmêlent.

Place du marché, coin taxi rickshaw Maisons dans la vieille ville

L’organisation d’un trekking occupera mes premiers temps. Mon rêve est de voir l’Everest. Je glane des informations sur les parcours, les durées et les prix. L’industrie du trekking me propose de nombreuses prestations et d’ailleurs dés mon réveil, puisque sur le toit de l’hôtel, je déjeune avec un patron soucieux de pervertir un nouvel arrivant, entre un soleil agréablement doux, un air merveilleusement frais et le svastika, symbole cosmique millénaire, connu par chez nous comme la croix gammée. Mais ces népalais ont une façon tout a fait agréable d’organiser une conversation en dialoguant de façon personnelle, autour d’un thé ou autre mets du pays. Plus ou moins légaux d’ailleurs.

Un couturier en exil... Le choix n’est pas facile, les prix moyennement attractif, les formules nombreuses et la fréquentation des itinéraires parfois impensable. Ainsi, c’est 400 touristes/jour qui arpentent les chemins parfois dénaturés du fameux Tour des Annapurna. Une option qui ne me convient guère malgré la flagrante beauté du lieu. Un site magnifique me parlera-t-il tout autant avec une foule de personnages déferlant autour de moi ? Je n’en suis pas sur. Quand à l’Everest, la randonnée sans avion dure 24 jours. La location du coucou quand a elle augmente de façon substantielle le prix de l’activité. Alors, au calme dans cette cité qui m’amuse, je détermine ce qui est important pour moi et décide d’aller dans le Nord du pays. La région du Langtang  est parait-il superbe, d’une fréquentation 10 fois inferieur aux Annapurna et d’un prix raisonnable. Ainsi 3 jours après mon arrivé, j’embarque a l’aube dans un bus local pour un trajet mémorable, accompagné d’Asta, mon guide.

Termilae de bus a Katmandou Dans les premières lueurs de la journée, cette rue-terminale de bus est un vivier d’hommes et de femmes de tout bord, dont les activités et les costumes sont digne d’un article a part entier. L’organisation ici plus qu’ailleurs est inexistante et Asta, heureusement très attentif, parvient a trouver le bus et plus délicat, une place. Le désordre est total et les locaux habitués a ces transports anarchiques ne pensent qu’a leurs propre fesses. Même les précautions dut a l’âge de certains passagers sont oubliés aux profit du “confort” personnel. Ainsi, une vieille mamie peinant a s’assoir est reconduite sans égards, les touristes se défendent comme ils peuvent pour grappiller un bout de sièges dans l’indifférence générale, les enfants se vautrent sur leurs parents et je me retrouve derrière le chauffeur sur un tabouret fait pour un marmot de 5 ans. Comptant alors pas moins de 8 personnes me touchant d’une façon ou d’une autre, le bus démarre dans une promiscuité anatomique sans égal.

Arret pipi en chemin sur une route encore en bon état Les places sur le toits sur les sacs, me semblaient séduisante jusqu’a ce que mon guide se fasse faucher par un câble électrique durant que son voisin moins chanceux tomba 3 mètres plus bas, s’ouvrant le crane sur le chemin caillouteux, au dessus d’un précipice. Ainsi se déroula ce trajet de 12h, sur des routes qui n’en sont pas, au dessus de ravins sans fond, entre les pieds puant d’un compagnon paysan et la morve d’un ado se reposant sur mon épaule. Les douleurs récurrente au différent niveau de mon dos m’ont poussé, non avec une certaine fierté, a décerner a ce transport, la palme du pire trajet de mon voyage, au sein d’un classement déjà de bon niveau. Mais rien n’égal le contact des transports collectifs bon marché lorsqu’on veut se mêler a une population. Ces moments là valent de l’or, bien que l’inconfort soit véritablement une épreuve physique.

Un delice Une mer de nuages 9 jours de trekking dans les montagnes de l’Himalaya, sans routes, sans voitures et sans bousculade. Un délice pour les oreilles, une régénération pour l’esprit. J’ai tant désirer ces montagnes qu’elles me semblent déjà familière. Nous grimpons entre de petits villages de pierres, les porteurs et les mules, les the-house pittoresque, et les cascades glaciales des hauts sommets du Tibet. A cette latitude, le paysage change de façon radical. Une sorte de jungle tropicale se développe jusqu’a presque 2000 m, puis celle-ci se transforme en foret de conifères longilignes, aux couleurs de mousses et de lichens. L’air se fait plus frais, la chaleur du feu de bois devient plus essentielle.

village giteLa fonte des neiges eternelles tibetainesFin progressive de la foretPorteurs.

Encore l’escalade, les forets s’étirent, se clarifient pour laisser de vastes plaines embrasser les plus hauts sommets alors a peine visible. Les étendues d’herbes fraiches deviennent alors plus aride, brulées par le froid et le vent. A plus de 3500 m les parois de la vallée ne sont plus que des amas de cailloux noirs, le vent balaye d’un air glacial l’épaisse fourrure des yaks tandis qu’une brume légère monte timidement, recouvrant bien vite les cimes voisines.

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Dans cette béatitude naturelle, j’aime m’isoler. Me perdre un peu plus loin, écouter le paysage m’offrir ce dialogue secret d’un ordre naturel évident et laisser mon esprit se vider de notre dénaturalisation.

 des flans de collines pelés

Mon temps alors, gravite autour de la course du soleil, et me renvoi comme un condensé d’essentiel, un sens profond du présent: sans envie, sans ambition et sans névrose. Juste une beauté disponible dans la plus grande simplicité. Le sens profond de nos vies n’est peut être pas caché, il s’étend tout les jours devant nous sans que cela ne retienne aucune attention de notre part. Voici une chose qui m’a poursuivi de nombreuses années.

calme et envoutant

Il y aurait tant a dire. Tant de chose a faire partager. Tant d’expérience a transmettre. Les descriptions de paysages pourraient m’inspirer nombre de lignes, l’ambiance des villages, l’accueil des népalais mériterai qu’on s’y attarde. Dans la pluralité de ces circonstances, les rencontres d’autres touristes ont changé a jamais ma façon d’aborder certain sujet.

Le Cherko Ri, 4984m Il y a cette ascension difficile du Cherko Ri à 4984m. Arriver au petit matin au sommet d’une montagne plus grande que le Mont-Blanc, du pain et du fromage de Yack dans une main et un thermos de thé dans l’autre, et constater que même a cette hauteur les montagnes vous dominent, minimalise notre narcissisme existentiel tout en recentrant l’esprit sur la beauté simple, naturelle, originelle oserai-je dire. Il m’apparait alors que l’écologie est une question centrale de notre monde: pour préserver nos ressources bien sur, mais aussi afin de se réapproprier un des chemins spirituel de l’essentiel et de l’émerveillement.

De jolies formesMeme a 5000m les montagnes dominent. Au fond a gauche: le Tibet

2 jours plus tard, sur une crête plus sauvage du coté de Laurebina, des sons m’interpellent alors que je dine, blottit contre un poil, dans ce gite familial où je suis seul. Avec l’aide d’Asta, je pénètre avec précaution dans une petite maison en contre bas. C’est exactement l’idée que je me fais d’une taverne, avec une vingtaines de personnes, des tonneaux et du bois. Il m’annonce auprès d’un doyen au centre de la pièce, prés du poil. Celui ci se retourne et me demande de m’assoir prés de lui avant de m’expliquer que j’assiste a l’enterrement de son frère. Une cérémonie des morts en fait. 3 jours après le décès, les Lamas viennent chanter les louanges du défunt et lui montrer son nouveau chemin. Car le mort ne sait pas qu’il l’est.

La petite maison au dessus des nuages

Je suis très gêné d’avoir ainsi percé l’intimité de cette famille. Mais eux, sont honoré de ma présence. Les prêtres bouddhistes chantent des psaumes, agitent des clochettes dans une épaisse fumée de bois et d’encens. Puis des fagots de bambous sont enflammés. Tout le monde se lèvent et s’affairent. Je m’isole dans un coin sans comprendre cette soudaine agitation. Alors, dans un cortège de flammes, d’ombres et de braises, un autel est enflammé et les hommes le sortent a bout de bras en hurlant. Ils traversent la plaine avant de disparaitre dans l’épaisse noirceur d’une nuit sans lune. Un instant burlesque et touchant que de voir ces gens forgés par l’expérience, se compromettre dans ce jeu d’enfant. Nous n’avons alors plus le droit de sortir afin d’empêcher une probable possession de l’âme, jusqu’a ce que nous trinquions joyeusement à l’alcool de riz chaud. Une expérience hors du commun.

Laurebina, 3950 m

Quelle chance d’avoir pu assister a cette cérémonie et quel sens du partage. Il fut passionnant de vivre une tradition que je n’avais pu que lire. Beaucoup de superstitions, de rituels et de soumissions. Mais ce qui est certain, c’est de voir avec quelle dialectique ces gens abordent la perte d’un proche. Il y a une acceptation de la mort comme élément essentiel de la vie. C’est une sorte de libération ou le commencement d’une nouvelle étape. Pas de pleurs ici. Aucune place pour la tristesse. Naturellement, ces gens doivent avoir du chagrin. Cela dit, il s’en suit une célébration pas un enterrement, dut moins pas dans notre sens catholique du terme. J’ai alors eu la sensation que nos rituels chrétiens consistaient a accentuer encore la tristesse que l’on avait, en maintenant des notions d’inconnue et de tabous. Leurs visions m’a offert, sinon une meilleure compréhension, au moins une preuve de la ferveur que peut susciter la mort dans les hautes montagnes de l’Himalaya.

La danse des nuages Je contemple une nuit étoilée en décryptant ces expériences. Nous sommes loin des enseignements du Bouddha dans ces montagnes. La encore, la religion a dévié de son aspiration centrale. Néanmoins, elle offre a ces gens la philosophie nécessaire pour vivre pleinement la mort, alors même que notre occident essai d’y échapper.

paysages de haute montagne

Je suis pleinement satisfait de cette randonnée. Ces montagnes sont réellement impressionnante et l’atmosphère qui s’en dégage m’apaise et me ressource comme nul autre endroit. Je rentre sur Katmandou heureux, en ayant conscience du chemin qu’il me reste a parcourir avant d’être capable de me réintégrer en France. Une nouvelle phase vient de s’amorcer.

Ma toute premiere vue des Himalaya

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Le jongleur sans boussole

20 Oct

Au dessus de Muang Sing, au Nord du Laos.

Je traverse une nouvelle frontière terrestre. Me voila au Laos sans sortir du bus pour le contrôle, tout en payant un petit bonus à ces messieurs militaires, monnaie courante ici. Les 12h de bus ont ainsi défilée que je n’ai pas sorti le nez de mon bouquin. Mon esprit errait du coté du passage Kleber au Pakistan alors que mon corps se dirigeait vers Pakse, dans le sud du pays.

quelqu un a dit brochette ? 1, 2…..3 et je me lance sous des trombes d’eau par une nuit sans lune, dans une ville sans phare. Je nage jusqu’aux chevilles et cherche mon chemin en soulevant ma capuche, aussitôt remplie d’eau. Enfin je m’abrite, il est 21h, tout est noir, humide et vide. Première vision du Laos. Bienvenue.

Un ravitaillement a domicile lorsque le bus s'arrete quelques instants brochettes de poulet, d'oeufs, de patates mais aussi de petits oiseaux et de chauves souris Finalement, tout se passe beaucoup mieux. C’est une étape intermédiaire, histoire de couper le trajet, prendre un peu de temps. Il y a beaucoup moins de monde dans les rues, tout est beaucoup plus calme qu’au Cambodge. L’avenue principale est bien large pour contenir le maigre flot de moto. Un petit marché peu animé, des rues implacablement sombres et sans vie. Je me détend néanmoins et trouve le temps d’écrire. Seul, a nouveau.

Puis la grande remontée vers le Nord. Formidable bus couchette jusqu’a Vientiane, puis 14h acrobatique dans un bus local pour arriver a Luang Prabang, a 4h du matin, après avoir crevé deux fois et ramasser plus de personnes au bord des routes qu’un car scolaire. J’ai appris a dormir la tête droite cette fois-la, mais je n’arrive toujours pas a fermer la bouche…

Luang Prabang Le petit paradis des montagnes du Nord Laos aurait pour charmante base cette citadelle. Mais je ne m’y sens pas très a l’aise. On dirait un village des Alpes, tout y est très chère, les gens moins agréable. Je me renseigne pour une randonnée, du kayak ou une location de moto. Jusqu’a 60 dollars par jour ! Trop cher pour moi. Après deux jours, je passe ma route, toujours plus haut. Jusqu’a  Muang Sing.

Paysage de jungle au debut de la route Je préfère de loin cet endroit et m’y installe avec un couple d’allemand, compagnons d’une recherche de lits. Le marché de nuit offre toute une diversité de nourriture succulente, comme la salade de Papaya, le poulet rôti ou des brioches.

Une soupe de noodles pour le dejeuner (1euros) sur un marché, avec un remarquable choix de sauces. Adoucis par des prix plus raisonnable, je loue un scooter pour deux jours, sans trop savoir où aller, un baluchon sous le bras. A vrai dire, pour l’instant, le Laos m’ennui. Je n’y trouve pas mon rythme, mon intérêt. Je reste toujours seul. J’espère que cette excursion  va changer la donne. Je déboule sur les routes goudronnées et montagneuses, une fois n’est pas coutume. Je me rappelle mes jeunes années d’aiglons de la route ardéchoise. Je passe un col dans la brume, puis la vallée s’offre a moi. Des cultures a perte de vue, quelques collines…des hectares jaunes et vert qu’un ciel menaçant vient contraster.

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J’arrive enfin au village, a 10 km de la frontière chinoise. Je profite du marché, je trouve une chambre au dessus du restaurant de la mamie rigolote et j’enjambe mon bolide vers la campagne, a l’instinct. Sans savoir quoi chercher

petits lac au dessus des montagnesun coin charmant et coloré

La route n’est pas facile, je tourne au grés de mes envies, m’arrête prendre des photos. Et d’un coup, je débarque dans un hameau de bout du monde: chez les Akhas, une minorité ethnique de cette région frontalière enclavée. Je ralenti, je vois des enfants qui jouent sur la place a gauche. Après un bosquet a droite, je tombe sur 3 dames se toilettant seins nues dans la fontaine. Je coupe les gaz prudemment au milieu du village. Des centaines d’yeux m’observent. Des mamans donnant le sein, des enfants en haillons, des chasseurs en machettes. Mes saluts ne trouvent pas de réponses sinon une intensité de regard difficile a comprendre. Méfiance, peur, reproche….La tension est palpable, les sourcils se froncent, j’hésite a repartir.

Le village Akhas, photo prise furtivement et sans personne Finalement, je m’assoie contre un arbre et consulte une brochure, comme pour retrouver ma route. Petit a petit, comme des oiseaux prudent, tout ce petit monde s’approche, se tortille, et finalement, ose se tenir face a moi. Un jeune d’environ 13 ans semble moins effrayé, je lui tend ma brochure. Et grâce a ce bout de papier, alors qu’aucun langage ne pouvait nous rapprocher, cette publicité devint le catalyseur qui nous permit de communiquer durant 20 petites minutes a travers quelques mimiques. Les enfants étaient captivés par les photos vantant leur région, cherchant le nom de tel ou tel endroit. J’étais fasciné moi aussi. Ces gens vivent loin de tous ce qui ressemble a notre monde. Les gosses sont de vrais morveux a moitiés nus, les femmes mal fagotées mâchent des brindilles semblable a du blé, les hommes sévères, restent en retrait. Les adolescents sont les plus  facile d’accès. Je me sens à la fois curieux et gêné, d’autant plus que malgré notre proximité d’alors, aucun de ces enfants ne m’a jamais sourit. Une fois le temps de la brochure usé, tout ce petit monde se dispersa, et me laissa seul au milieu, le casque en bandoulière, sans qu’a aucun moment la barrière n’eut rompu.

Scene du marché de Muang Sing Infranchissable tradition ! Il y a comme cela, des expériences que l’on considère comme difficile mais qui redonnent une épaisseur à la réalité. Se fracasser ainsi sur les murs d’une culture sans aucune arme pour la détourner, procure une sensation désagréable mais au plus prés du réel. C’est la première fois où je me sens impuissant a ce point. Certains de ces villages ne connaissent la vie “mondialisée” que depuis les années 2000. Et a bien y réfléchir, il est certainement plus judicieux pour eux de se méfier des blancs qui déboulent en scooter sur leur pelouse.

balots de paille et barriere en bois

Après ces deux jours de vagabondage, j’entame le très  très long chemin jusqu’a Bangkok, où je dois y faire mon visa indien et prendre un avion: dans 11 jours. J’ai toutefois le temps de recroiser une connaissance du Cambodge avant de partir, qui passe la frontière chinoise, pour rejoindre le Népal par le Tibet, a travers le Yunnan. Un vieux projet, une chouette idée…un prochain voyage.

Ou méne cette route ?

En fait, je le sens déjà, a ce moment j’erre plus que je ne me dirige. J’ai perdu cette intensité, ce relief qui transforme chaque sortie, chaque repas comme une porte ouverte sur un échange. Non, les jours s’écoulent lentement et je profite de ceux ci à la manière d’un crustacé, ouvrant tout juste sa coquille pour voir sans être accessible complètement. Je rêve de montagnes dorénavant. Je sens que mon temps est révolu en Asie du Sud. Je me prépare a arriver au Népal avec une grande impatience. Je sais dorénavant que rien n’égal les splendeurs des cimes enneigées, surtout lorsqu’il s’agit des sommets les plus hauts du monde. L’Himalaya m’obsède…

étale de pates, prés de la frontiere chinoise Pimentez donc vos plats ! n ayez pas peur.... Une soirée a Vientiane accompagnée d’une mexicaine me marque par son bazar en pleine rue. Une sorte de kermesse. Une foire des années 80 avec shampoing familiale ou lessive a bas prix scander par les speakers et fête foraine !

Une frontière sombre, une attente de plusieurs heures, un voyage de somnambule et une arrivé à Bangkok, vers 5h du matin. Encore. Je me débrouille mieux que la 1ère fois et trouve une petite chambre sans fenêtre pour pas trop cher dans le ghetto touristique. Sans rire, le “Ghetto”! Ca fait rêver…  Je fais ma demande de visa, j’ai 5 jours de rab. Je saute dans un bus.

Une des rares photos de Bangkok Je les passe au vert, dans le Kanchanaburi, a 3h a l’Ouest. Je me détend et reste dans mon monde. Je passe mes journées a lire, me faire masser, manger et surfer sur le net. Je m’approche du pont de la rivière Kwai tout de même, site stratégique de la seconde guerre mondiale, histoire de voir. Sans conviction particulière.

un acceuil trés western version Disney Land LE fameux pont de la riviére Kwai Le rythme de mes journées est lent, je prend le temps de tout faire, tout a fait détendu. Et je me fais plaisir en restant au calme, m’alimentant correctement, prendre le soleil. Rien d’extraordinaire, des choses simples. Et puis, un massage Thai par jour aussi, histoire de se tonifier. On est plus prés des prises de lutte que du massage en douceur, mais ce qui est sur c’est que l’on ne s’endort jamais ! Dans l’heure qui suit on se sent bien, mais les pressions sur les points énergétiques n’est pas a proprement parler “agréable” !

 Des massages dans tous les coins de rues, n'importe ou. Ici au Canbodge

Beaucoup de kilomètres sans grande intensité ces 3 dernières semaines. Finalement, j’ai sauté de ville en ville sans trop savoir quoi chercher. A dire vrai, j’étais déconnecté de la réalité. Je restais dans mon monde, dans mes livres, sans m’approprier le réel. Je préférais façonner mon univers plutôt que de me nourrir de ce monde. Il était le décor d’un mouvement de pensée intérieur. Peut être aussi, faudrait-il avouer une certaine lassitude, une fatigue chronique du mouvement, une usure du sublime. Je suis allé très loin dans la solitude, au point même, de ne plus pouvoir rechercher qu’elle.

De retour à Bangkok, je récupère mon visa indien. Je peux alors organiser la suite de mon voyage, sceller mes dernières étapes. J’hésite entre plusieurs destinations, je n’ose pas prendre cette décision qui me ramènera en France. Le temps d’un vertige, je me revois acheter mon 1er billet vers Buenos Aires … et je décide de me rendre la où tout a commencé, jusqu’au berceau de l’humanité, pour clore ce chapitre de ma vie. Le royaume de la reine de Sabbat, de Lucy le premier hominidé et de l’Arche de l’Alliance sera mon dernier pays. Mon Afrique sera éthiopienne. Je sais alors que j’atterris à Paris le 20 janvier 2012. J’ai une date de retour. C’est le tournant des 3 derniers mois.

Ma maison aéroport silouhette  portative, Bangkok

J’en veux Angkor

29 Sep

Le Bayon, Un des temples d'Angkor Kim nous ouvre les portes de sa maison. C’est une belle villa dans un quartier résidentiel surveillé de la capitale. A chaque étage, une chambre spacieuse avec salle de bain privée, agrémentée d’ustensiles a usage unique, provenant tous d’ hôtels. Les lits matrimoniaux pourraient faire dormir généreusement 4 personnes, comme souvent au Cambodge d’ailleurs. Les plafonds sont hauts, les murs d’un blanc religieux avec quelques tableaux asiatiques de bon gout, dans un ton général très épuré. Nous nous regardons avec Eadaoin, tant de luxe et de propreté nous surprenne après le hamac dans la jungle et l’éléphant sous la pluie. Nous allons même pouvoir prendre une douche chaude. La première depuis presque 2 mois ! Nous dinons tout les 3, comme des hôtes de marque. Kim, trop heureux de nous recevoir, est au petit soin. Il prend même notre programme en main afin d’être sur que nous profiterons au mieux de sa ville bien aimée. Ce contrôle brutal désappointe un peu les 2 baroudeurs que nous sommes, mais l’intension est tellement généreuse et bienveillante qu’il ne saurait être question de lui en tenir rigueur.

Le marché central Vue du restaurant sur la capitale 

Il nous emmène au musée national. Nous flânons dans des galeries de peintures qu’il affectionne, dans les dédales du marché central avant de nous inviter à déjeuner dans un restaurant luxueux, au sommet d’un immeuble, dominant la ville à 180 degré. Un véritable sens de l’accueil. Il invite des voyageurs inconnus comme cela depuis des années et n’a jamais eu aucun problème. Un vieil adage me revient à l’esprit: Ne jamais douter de la gentillesse des gens.

central market Jardin du musée national Et le grand moment arrive. Kim insiste pour m’accompagner à l’aéroport chercher Blandine. Cette amie depuis maintenant 5 ans est la dernière française vu au pays, il y a 8 mois. Nous avons toujours eu des débats passionnants et nos parcours sont rigoureusement opposé. Cela dit, son sourire communicatif et l’affection réciproque ont toujours eu le dernier mot. Tout ceci rend  son séjour à mes cotés d’autant plus intéressant. J’ai hâte de voir comment se déroule les choses. Je sais qu’elle est une personne facile a vivre mais l’habitude de voyager seul, de me perdre dans mes songes, et de m’imprégner des lieux ne sera t-il pas un obstacle ? Ai-je beaucoup changé ? C’est tout l’enjeu de ce bout de voyage, après l’évident plaisir de partager la route avec une amie.

scene de vie dans la capitale un moine et son ombrelle, sur les grands boulevards Nous arrivons en retard, elle attend tranquillement sur le seuil, on se voit, on se sourit et on s’embrasse. Je ne viens pas de retrouver un compagnon de route mais une amie. Cette imperceptible sensation de complicité vu de l’extérieur, procure une rassurante chaleur intérieure. Pour un temps, je ne suis plus seul. Alors, nous slalomons en Tuk-Tuk nocturne dans les avenues brulante de Phnom Penh, commençant une discussion qui finira 14 jours plus tard.

un des nombreux marchés de la capitale Le lendemain, nous flânons dans les marchés de la ville à la découverte du pays, des gens, des bruits et des odeurs de l’Orient. Nous parlons sans cesse au milieu des étales, les yeux remplis d’une curiosité sans cesse sollicité. Quelle surprise de la voir ici ! Plus loin, il y a eu aussi cette visite pesante de la prison S-21, celle où 20 000 cambodgiens innocents trouvèrent la mort après d’insupportables tortures. Il y a seulement 36 ans.

interieur d'une cellule un batiment conseils aux voyageurs  une ambiance...qui en dit long

Une alchimie dont seul les voyages vous font grâce réuni pour le diner 6 personnes dans un restaurant chic, de 24 à 76 ans, de 3 nationalités différentes, avec des parcours totalement opposés. Nous échangeons autour d’une grande table ronde parfumée des mets du pays, nous parlons français, nous buvons de la bière, un concert en fond de terrasse. L’un est chimiste, l’autre psychologue: une banquière, une travailleuse sociale, un cameraman et un linguiste a multiples casquettes. Des discussions de qualités mélangeant les genres, comme les ingrédients d’un plat que l’on sait savoureux. Une porte ouverte sur des hommes d’expériences, contemporains, laissant entrevoir différents niveau de responsabilité. Des destins forts dirons-nous. Les mots sont lâchés: linguisme, Mexique, ONU, aventure, prison, recherche, origine, mission, ethnologie, histoire… Des gens que l’on aurait eu du mal a rencontrer dans d’autres circonstances et qui en fait, constitue les éléments hétéroclites d’un tableau homogène. Le meilleur bureau d’orientation ne se situait donc pas dans les institutions, mais autour d’une table de restaurant en Asie un mercredi soir, où d’atypiques récits de vie flattent les espoirs d’un jeune en quête de renouveau. Et un cognac passe. Un doux parfum de France.

Kim, 76 ans  (pas de photo de jean marc, 60ans)  Eadaoin, 24 ans Blandine et moi, 26 ansThearom, 25 ans 

Et c’est le premier départ pour Blanblan, vers le joyaux architectural khmer du pays , au 2 millions de visite annuelle, la fierté d’une nation: les temples d’Angkor.

comme si vous y etiez... Angkor Wat, temple principal Et nous partons sur les chemins..…à bicyclette…..lors de 2 journées de découvertes splendides, vadrouillant a vitesse humaine. Le site n’est pas une ville restaurée, ce n’est pas un amas de vieux temples a peine visible, mais un jardin de 400 km carré, dans la campagne de Siem Reap, parsemé de forets, de rivières, de petits hameaux, de buffles et de rizières. Puis ca et la, parfois caché par la végétation ou alors arrogant depuis l’horizon, se dressent une quarantaine de temples. 

a la lisiere d'une foret La zone Angkor

Sur nos vélos rouillés, nous avons parcouru environ 70 kilomètres  sans avoir pu reconnaitre le sanctuaire dans son intégralité. Il y a des petits restaurants partout, les cambodgiens défilent comme a l’habitude, les policiers raquettes les commerçants, les touristes déferlent par cars entier, les singes mangent des bananes, nous perdons 4 litres de sueur par jour…bref, tout va bien !

 temple principal, Angkor Vatmuraille d'entree  tetes de Bouddha   angkor wat

Les temples ont une physionomie globale assez similaire mais le lieu d’implantation, la grandeur du monument, son état de vétusté, le panorama, ses motifs ou le bon rayon de soleil qui fait la différence, constituent d’assez grandes singularités pour nous surprendre. Et cette roche noircie, ses fresques de guerres, ces têtes presque menaçante de Bouddha et ce coté toujours phallique, guerrier et orgueilleux impose le respect. Il y a Angkor vat, le majestueux, le Bayon semblable au palais idéal du facteur cheval (Drome), et ces petites tours isolées, ou cet endroit incroyable, où des arbres gigantesques se sont implantés là, comme des gardiens de bibliothèque en réunion. Et un calme. Un endroit ouvert, bucolique, enchanteur. Un mélange encore équilibré d’art asiatique au sommet et de campagne champêtre. Il suffit de passer entre les livraisons de touristes des agences de voyages. Vraiment agréable.

 le Rajavihara,le  "monastere du roi"magic rizieres

Tout heureux de nos premiers jours de voyage, nous ne cessons de discuter lors d’échanges de qualité. L’âge a rapproché nos conceptions. Nous passons une journée dans un village flottant, où les gens se servent de la barque comme d’une moto. Un endroit charmant au dessus des eaux, avec une population de pécheurs toujours aussi accueillant, aussi curieux et amusée. Et puis ces quelques minutes magique, lorsque sur une petite embarcation, nous nous engagions dans la foret noyée, au son étouffé du clapotis des rames sur les eaux. Comme la plus tendre des berceuses, cette foret vit sous 5m d’eau et nous voguons dans les hauts feuillages d’une échelle devenu humaine. Un de ces moments où l’ambiance et la force du lieu vous domine entièrement pour mieux vous apaiser.

 le village flottant La foret noyée

S’en suit une longue journée de bateau pour rejoindre Battambang qui n’éveille pas notre curiosité. Nous cherchons notre programme, nos envies, nos idées. 15 jours, c’est pressent. Dés le lendemain nous partons pour les plages du Sud, dans la station balnéaire de Sianoukville où nous ne trouvons que pluie continuelle, ville éclatée et une ambiance hors saison morose. Mais nous sommes deux, ne rien faire signifie signifie donc jacasser !

Terminale de bus La pluie ne nous suivra pas jusqu’a Kampot. Et ce fut une très bonne chose. Dés notre arrivé, nous nous organisons une après-midi PMU-patriotique. Tenu par un anglais bien portant et très convivial, le bar où nous trouvons refuge nous inonde de bières et de rugby pour notre plus grande joie. C’est une sorte de tradition depuis 2006 qu’avec Blandine, nous suivions les grands événements sportifs ensemble dans les bistros lorsque c’est possible. Malheureusement, les kiwis rabaissent nos espérances a de plus justes valeurs, mais le moment était délicieux.

la campagne vue d'ensemble

Un peu éméchés, nous continuons autour d’Angkor beer, une discussion dans le jardin de l’hôtel, jusqu’a ce que le gardien nous demande de rentrer  au milieu de la nuit. L’amour, immense et intarissable sujet, avait survécu plusieurs heures a l’assaut des moustiques mais un veilleur de nuit clôt ce déversoir sans fin. Les yeux au plafond dans le lit que nous partageons, je me sens bien entouré de voir que nos expériences exigent de nous plus qu’une simple conclusion, mais l’initiative de renverser nos acquis et de se nourrir de nos échecs, condition nécessaire de l’émancipation. Je suis heureux de partager cela avec Blandine qui, pour des raisons très différentes, est elle aussi amenée a engager des réflexions sur notre rôle ou nos limites. Un chemin qu’il est dur de rebrousser une fois que l’on s’y est engagé.

sur la route...l equipe de choc

Kampot, c’est surtout une petite ville au milieu d’une charmante campagne, non loin de la mer. C’est l’endroit idéal pour louer une motobike et dévaler sur les chemins cambodgiens comme de vrais locaux. Pour 5 dollars/jour, nous voici perdu dans les environs d’une ville, ou la police se charge de nous égarer ! Néanmoins, nous nous rendons dans une petite grotte au milieu des rizières, dans une culture de poivres, au marché au crabes. Ni les averses, ni les enfants cabochards qui trafiquent notre bolide ne nous empêcherons d’aller où bon nous semble. De nous perdre juste pour voir, d’aller au fond d’un cul de sac pour être bien sur qu’il n’y a pas une piste cachée ou de déguster le meilleur poisson grillé de ma vie, dans une paillotte, les pieds dans l’eau.

 prudence sur les routes la pluie nest jamais bien loin....  Si la mobylette donne instinctivement une impression de liberté, si le simple fait de saluer la population locale très présente au bord des routes, ou de demander une boisson par des mimes est une expérience touchante, il eut été un moment plus marquant que les autres. Celui où nous nous sommes perdu jusqu’au bout d’un chemin qui mène jusqu’à la mer. Ici, au milieu d’un horizon plat de marrés salants, nous nous asseyons sur un talus pour nous laisser distraire par le soleil couchant, étirant de longues couleurs chaudes juste derrière un bosquet de palmiers. Un instant sans mot dire, où la fine brise murmure a elle seule la beauté d’un moment simple, distribué avec parcimonie, à la mesure de notre capacité a en apprécier la présence. Et nous avions partager un silence, une chose bien difficile a communiquer, preuve d’une sincère complicité.

dernieres lueurs

Quelques jeunes locaux nous rejoignent, sans comprendre tout a fait ce que nous regardons. Et ce délicieux papy protecteur, vaillant et souple avec des yeux rieurs, qui vient s’assurer que tout va bien…en français.

IMG_0486 Aussi loin que nous avons pu allé dans ce pays, jamais nous ne nous sommes sentis seul. Il y a toujours eu une main bienveillante pour nous aider, nous guider ou juste, pour s’intéresser a nous. Il n’y a pas d’anonymat ici, nous sommes toujours quelqu’un venant de quelque part. Nous ne sommes pas des étrangers en terre inconnue, mais des gens qui découvrent une nouvelle partie de leur demeure.

scene de tous les jours

Une dernière nuit à Phnom Penh et ce temps s’achève. Blandine s’en retourne en France et je me dirige vers le Laos. D’après elle, j’ai moins changé que muri. Cette réflexion me rattache a ces dernières années, comme un rapace qui veille de loin. Je crois que le Cambodge nous laissera un souvenir a part. En ce qui me concerne, je m’endors avec ces gens les pieds dans l’eau, attentif et souriant, bercés par une vague rizière d’un vert éclatant, nous demandant quelle peut bien être le poids de ce quotidien qui de la sorte, nous accable autant.

mon coup de coeur

La joie de vivre

13 Sep

Marché de Sem Monorom Une joyeuse cohue agite le terminal de bus de Phnom Penh. Je contemple ce petit monde avant de grimper dans mon bus en direction de Kompong Chan. Une belle journée ensoleillée que seul un brouillard de pollution vient voiler. Je sens une petite brise brulante a travers les vitres du bus, je la laisse me griller le visage. Tout est parfait en cet instant. Un sentiment apaisant subtilement combiné avec une fureur de découverte. C’est dans le Ratanakiri que se poursuivra mon voyage.

1ere vue du Mekong Khompong Chan est une ville le long du Mékong, a mi chemin de ma destination. Le fleuve puissant, large et brunâtre parcoure une grande partie de l’Asie depuis les montagnes de l’Himalaya jusqu’au sud du Vietnam. Célèbre comme étant un axe majeur de commerce, un endroit mythique.

Fiesta !! En flânant le long du quai, je découvre une fête foraine. Quelle ne fut pas ma surprise ! Au Cambodge aussi, ils ont leur vogue. Je m’avance en apercevant les manèges, les stands de tir, les lumières, la fumée des barbecues, les marchands de glace et de beignets. Sur un tourniquet, de jeunes enfants jonchés sur un tigre hurlent de rire sous le regard du grand père avalant ses lunettes de liesse. Une jeune mère essaie de rassembler 3 bambins qui déambulent joyeusement autour des bulles de savon. Plus loin, un chien renifle les pics a viandes et en chipe un morceau en rasant le sol poussiéreux, encombré de détritus en tout genre. Au bord de l’eau, une sono exagère les décibels alors qu’une cinquantaine de personnes exécutent des pas d’aérobic en plein rue. De l’autre coté du trottoir, une file de moto se transforme en gradin improvisé et une foule de marchands s’occupent de la buvette. D’autre d’adultes jouent avec une sorte de lourd volant de Babington qu’ils se lancent par de somptueuses “aile de pigeon” acrobatiques.

Sceance d'aerobic quotidienne sur les rives du Mekong Et je tombe sur ces enfants qui me salut avec engouement, comme un bienfaiteur. Ils restent a bonne distance, ne cherche rien de particulier, sinon a crier plus fort que sont voisin: “Hello !” On parle deux minutes comme on peut, puis ils veulent que je les prenne en photo. Ils jouent avec l’objectif, se bousculent, se chamaillent. De les voir se presser autour de moi, s’étreindre de joie lorsque je cherche a les faire rire, s’émerveiller de bulles de savon, ou regarder une sœur avec tendresse, je me sens chavirer moi aussi comme l’un d’entre eux. J’ai été eux en fait.

Fete foraine Parce que si loin de chez moi, je saisie une notion universelle. Cette évidente proximité entre tous les êtres me tombe pourtant dessus avec la violence une pluie de mousson. Le sourire d’un enfant, la tendresse d’une mère, la découverte d’un jeux, la féerie d’un conte ou les mondes qui transitent par un carrousel ne se divisent pas en autant de nations que l’humanité en compte. Dans une très large mesure, un cambodgien de Kompong Chan est animé des mêmes gestes d’amour et des mêmes intentions  que son homologue du lac Titicaca, ou du Kanaks de village. Une telle révélation n’est pas anodine pour un jeune français parti à la découverte de la multitude du monde. Comme une coquille qu’il fallut briser, certains aprioris tombèrent. Et devant l’abdication de ce qui me semblait des barrières infranchissable entre les peuples, seul sur ce balcon,je resterai avec cette idée ce soir: des songes d’espoirs dans les yeux.

Un je d'enfant Puis c’est une longue journée de bus vers Bang Lung, capitale du Ratanakiri. De celle qui vous fatigue des l’aube, ne parvient pas a vous réveiller sans toutefois réussir a vous endormir. De ces journées qui secouent, qui vous indispose le fessier.

rue de Sen Monorom, 8 000 habs Puis tout est allé très vite car, dés le lendemain à l’aube, nous nous retrouvions dans la jungle avec 4 autres camarades pour un trekking prometteur de 2 jours. Cambodgiens, anglaise, américaine, irlandaise, allemande et français, s’enfoncèrent dans un dédale boueux bordant des rizières éclatantes, parcourant les collines vallonnées cultivées par les Mnongs. Notre guide nous explique le travail gigantesque de ces paysans, décortiquant chaque grain de riz manuellement, un par un.

Paysages cambodgien Mais je n’avais d’yeux que pour ces collines. La couleur verte du riz est d’une étincelante beauté. “Le vert parfait”: profond, dense, lumineux. Comme je n’en avais jamais vu. Les plantes en bouquet frétillent sous les douces brises de la matinée, faisant onduler les collines verdoyantes d’un mouvement tranquille, comme si cette terre rouge suivait elle aussi la danse du vent. Quelques crient de perroquets me sortent de la contemplation de ce bout de campagne, comme on sort d’un rêve affectueux: avec le désir innocent de garder cette félicité dans les plus profonde essence de l’âme. Chimère d’une émotion indomptable et pourtant impérative, qui trouve sa naturelle beauté dans l’éphémère alors que l’homme ne rêve que d’éternité.

Des beautés fragiles Ces journées au cœur de la nature sont vivifiante après les fastes de la capitale. Une troisième fois dans mon voyage, je marche sur un humus délicat, sous une voute de chlorophylle. Recouvert par la végétation, l’atmosphère est accablante. Notre interlocuteur local nous apprend le nom des plantes, des oiseaux…des insectes, des araignées et des rampants. Mon chapeau jaune attire les papillons comme une fleur tandis qu’au bord du sentier, de bien étrange plantes ferment leurs feuillages au moindre effleurement. Tout est vivant.

rive d'un ruisseau Suite au pique nique bucolique au bord d’un ruisseau et une marche digestive, nous arrivons à notre campement. Cette fois, pas de village ou de cabane. C’est un hamac qui nous servira de lit, autour d’un bon feu.  Par delà une petite butte, un bras de rivière coule vigoureusement par une cascade, enlacé de bambous et de lianes. Assuré de la sécurité de son cour, nous plongeons avec délectation nos corps trempés de sueur dans cette eau tiède. Jacuzzi naturel, saut de lianes en lianes, découverte des poissons croqueur d’orteils, rien n’est trop providentiel pour nous contenter jusqu’a ce qu’un serpent tombe d’un arbre au beau milieu du campement. Atterrissage sans gravité !

un amis ludique mais venimeux ! Une fascination et une peur effroyable nous tétanise alors que visiblement, les serpents tombent du ciel là où nous allons dormir. Néanmoins, grâce à quelques gorgées de vin de riz et repus d’une soupe cuite a l’étouffée dans un grand bambou rôtissant sur le feu, je trouves le sommeil rapidement.

de mignones petites bouilles Avant de regagner le village, nous nous arrêtons dans une cabane abritant une famille Mnong, une minorité ethnique d’origine vietnamienne. Le sens de l’accueil est aussi développé chez ces gens que l’absence de propriété privé. Personne ne s’étonne alors, que 8 personnes arrivent dans votre maison et s’installe pour le déjeuner. C’est une cabane sur pilotis de bambou et de branche. Le couloir est a même la terre tandis qu’il n’y a pas vraiment de mur. Seul un étage, la chambre a coucher commune je suppose, est préservé des eaux en cas de cru et les seuls meubles sont ceux de la cuisine: une étagère et un reste d’évier au dessous d’un tuyaux d’eau provenant du ruisseau a proximité. La mère nourrit au sein une petite fille de 2 ans pendant que les deux grands frères jouent aux cartes sur une natte. Le père a la silhouette effilé, taille de fines lamelles de bambous pour en faire des paniers. Aussi pauvre que souriant, ils sont les garants d’une tranquillité millénaire qui tourmente mes sens d’occidental.

Centre de Bang Lung De retour, notre sympathique petit groupe éclate, alors que je flâne encore quelques jours dans Bang Lung. En dehors de mes camarades, je n’ai vu que 2 touristes en 5 jours. Le centre ville s’organise autour d’un marché pittoresque que j’ai la gratifiante impression d’être le premier blanc à découvrir. Les regards fondent sur moi a chaque parasol que je dépasse plié en deux, les gens se donnent des coups de coudes pour me dénoncer et les enfants me saluent volontiers après un instant de stupéfaction. Un blanc est dans la place ! Mais surtout des sourires unanimes, des gestes de salut, des attitudes bienveillantes. Toutes les générations de cambodgiens se comportent avec un grand respect, doté d’une curiosité amusante. On se sent réellement accueilli, comme si des centaines de gens retrouvaient le sourire sur votre passage. Mais le plus beau, c’est qu’ils paraissent être comme cela tout le temps !

Place du marché Lors d’une soirée, je fais la connaissance de Kim au restaurant, un vieux cambodgien qui m’invite aussitôt a diner. Nous nous lions rapidement d’affection et je porte une curiosité toute particulière a cet homme ayant vécu en France, travaillé en Afrique avant de rentrer dans son pays d’origine qu’il avait du fuir 40 ans plus tôt, laissant derrière lui des parents qui ne revit jamais, à la merci des Khmers Rouges. Sa bonne humeur naturelle et son expérience m’offre l’occasion d’un compagnon de route de 50 ans mon ainé, qui ne manque pas de me faire découvrir les réjouissances gastronomiques de son pays, comme les escargots à la cambodgienne où les tripes à la mode de Bang Lung. Une expérience…controversée. Son portrait ne serait pas complet sans parler de la générosité qui anime chaque cambodgien et il me propose de m’héberger dans la capitale, si d’aventure j’y retournai.

Mme Légumes Un endroit vivant et touchant

A Sen Monorom, village de 8000 habitants prés de la frontière vietnamienne, je retrouve Eideen l’irlandaise, avec laquelle j’avais marché quelques jours auparavant. Nous n’avions tissé que  peu de lien dans le nord, nous avons fait plus ample connaissance à l’est. Il pleut énormément. En fait, presque continuellement. L’air est plus frais aussi. Alors on prend du repos, je flâne dans ce qui restera le marché le plus rural de mes pérégrinations au Cambodge, nous rencontrons d’autres voyageurs, nous abusons délicieusement du vin de riz jusqu’a ce que nous décidions de profiter de la réputation du lieu. En effet, selon une tradition ancestrale, cette province est le territoire des dresseurs d’éléphants, art dans lequel ils sont passés maitre.

petit village aux elephants Ce fut une journée très drôle malgré la pluie. Alors dans un petit village de terre battue ou des fillettes de 5 ans dessinent sur le sol a l’aide d’un couteau de boucher, nous vîmes descendre d’une butte Tang, notre éléphant. Le mastodonte marche d’un pas sur, sans élégance mais avec une puissance placide. Son maitre est un jeune cambodgien qui assis sur la nuque du géant, le dirige a la voix où au pied, en lui grattant l’oreille.

Un nouveau moyen de transport Et nous avons pu découvrir la campagne champêtre du Modulkiri a dos de géant. Quelle impression ! Les éléphants d’Asie ne sont pas très grands a proprement parlé, mais une fois sur leurs dos, on sent de puissants muscles se tendrent a chaque pas, sous une cuirasse plissée, agrémentée de gros poils noirs ici ou là. Sur cet animal, on perd bientôt sa stature humaine et l’on reste impressionné par ses gargouillis ou ses reproches, son balancement, la dextérité de sa trompe ou l’entêtement sans borne du filou pour l’herbe grasse des lisières de bois, guidé par un estomac jamais rassasié. Le moment fort de la journée fut sa baignade, dans une eau gonflée des dernières pluies. S’accrochant comme nous pouvions sur le cuir râpeux d’une bête de 2 tonnes pour ne pas sombrer dans la folie des rapides, nous éclatons de rire à la joie du pachyderme nous gratifiant d’un barrissement de soulagement, et ne paraissant pas lutter contre le courant qui nous aurait brisé les os.

Une balade pas comme les autres Après de si belles expériences dans un pays si agréable et si touchant, nous fonçons avec Eideen vers Phnom Phnen, répondre à l’offre de Kim et accueillir demain, mon amie de Paris.

La vue d'éléphant !

 

La séduction volatile

3 Sep

Palai Royal de Phnom Penh, Cambodge Les cafés Thaïs ont cette particularité d’être extrêmement fort, passés à l’ancienne dans une chaussette et adoucis au lait concentré sucré, donnant un aspect de cocktail en dégradé et une saveur singulière, que seul la fatigue sait apprécier. Et à ce compte ci, la petite cuisine sur roulette où je me trouve, assis entre un trottoir noir et un caniveau où flotte quelques restes de légumes dans une eau lugubre, m’offre l’opportunité de me réveiller tranquillement après une nuit où, dans les 12h d’un bus de nuit, j’ai failli commettre, par 4 fois, un meurtre à l’encontre d’une anglophone d’1m60 ne voulant pas que je baisse mon dossier. A la grâce d’une hésitation, dans le choix d’un étouffement, d’une strangulation ou d’une lapidation à coup de boulettes de brioche, mort particulièrement atroce vous en conviendrez, elle garda la vie.

Fresque bouddhiste, representant "l'enfer" Bref, fidèle à la fois précédente, je n’ai aucune idée d’où je me trouve, dans les ruelles labyrinthiques de Bangkok. Mais mon café est mon ami.

un boui-boui de trottoir, bon marché et authentique. Un petit café ? Je trouve mon chemin avec une chance déconcertante, et j’organise alors ma toilette dans les commodités de l’aéroport. Le moussant brunâtre disparait peu a peu à l’aide de petits jets d’eau frénétique, tel un raton-laveur et sa palourde. Et après quelques lignes de B.Chatwin sur l’instinct naturellement nomade de l’homme, j’embarque pour le Cambodge avec la sensation vertueuse d’effectuer le voyage originel.

un moyen de transport tout a fait particulier. Je n'en ai vu qu'ici. L’arrivée sur la capitale est la plus étonnante vue d’avion que j’ai pu observé. La convergence du Tonlé Sap et du Mékong, grossit par la saison des pluies, inonde les champs a perte de vue. C’est une terre noyée qui se déploie jusqu’à l’horizon, avec de pâles reflets de soleil, ternis par les nuages bas. A la suite de cette délicieuse vision d’albatros, je ne savais pas encore que j’allais passer 24h tour à tour dans le rôle du pigeon et de la linotte.

Une enseigne dans un garage, entre des slips et de l'huile de vidange. Un charme local Ainsi en 2h, je me fais escroquer d’environ 15 euros par un chauffeur de tuk-tuk qui jouant habilement sur des taux de changes fictifs rentabilise sont trajet, par une sorte d’usurière hideuse et débraillée, qui derrière un rideau de plexiglas aux affiches coquines, me prend 8 euros de commission pour 30 euros de change, et par un conducteur de moto-taxi qui après m’avoir fait perdre le Nord, fait doubler ma note pour un retour….de moins de 100m. Vérification prise sur internet, je repense devant la bière de l’oublie, au “Rrou-Rrrou” du pigeon si cher à mes amis depuis une certaine embardée marseillaise, signalant la bonne farce dont on venait de me fourrer. L’avantage lorsqu’on se fait arnaquer en Asie, c’est que ca ne coute pas trop chère.

Nota Bene: Ne plus arriver si tard dans un pays se couchant si tôt, en n’ayant aucune idée de la valeur de la monnaie locale, sans un sous en poche.

Au detour d'un temple

Assagie par une bonne nuit de repos et engourdie par ces frivolements d’Aves , je m’envole à la découverte de Phnom Penh et me rendant au distributeur automatique de billets, je reste figé un moment, épouillant mon sac sur le devant d’un hôtel, cherchant dans ma mémoire quelle linotte s’était emparée de ma tête, avant d’arriver à cette conclusion navrante: je n’avais plus ma carte bleue. Comment est-ce possible ? Quelle sorte d’oiseau de mauvaise augure aurait pu s’introduire dans une de mes chambres microscopiques durant mon sommeil pour ne prendre que celle-ci, sans aucun bruit? Non, j’ai du la faire tomber dans la rue, en picorant des billets. On a beau ne concéder aucune négligence, parfois elles vous rattrapent. Et ce “Noooon” craché sans retenue devant un policier amusé, me fit définitivement sentir que si j’arrive a voler de mes propres ailes, mon ramage ne se rapportait alors plus à mon plumage.

Un palai, des gardiens... Pas question pour autant de remettre mes plans, et je vais visiter dans la foulée le palais royal, avec ce qu’il me reste de deniers. Et j’entre pour la première fois dans l’univers Khmers. J’apprend qu’ils furent jadis, le peuple de plus puissant et le plus créatif d’un temps où leurs frontières englobaient le Laos, le Vietnam actuel et une partie de la Thaïlande. L’époque Angkorienne.

L'idée d'une certaine élégance La visite est assez succincte mais les bâtiments ordonnent une certaine noblesse raffinée avec ses toits en pointes, sa vénération sans mesure pour l’or, tout autant qu’une candeur colorée, décidemment la mesure juste des grandeurs sud asiatique. Cette notion suprême de richesse me fait penser que la mienne est dorénavant inaccessible, et je rentre à mon hôtel prématurément.

Le symbole de l'independance, des moines et une charette balailleuse. La ville quoi !L’improvisation ne s’improvise pas.” Louis Jouvet

Voila une phrase que nous répétait souvent Luisa Gaillard-Sanchez, metteur en scène de la Compagnie Janvier, lors de nos répétions avant les matchs. En voyage, il en est de même. Pour voyager sereinement, sans plan prédéfinis, sans organisation préétablie, il faut selon moi,  avant de s’y engager, avoir anticiper un certain nombres de situations problématiques et si possible, y trouver une solution. Par avance. Dans mon répertoire mental “désagréments”, je cherche “carte bleue perdue”. Réponse concordante: “travel-cheque”. J’en extirpe 5 de la doublure de ma ceinture et je m’empresse d’aller les changer contre du liquide dans une banque officielle. J’ai un répit de 2 semaines au moins. En dernier recours, il y a toujours Western Union. Mais assez de noms d’oiseaux !

Une des vues les plus colorées de la ville. Un jeu d'enfant presque. de ma chambre d'hotel Ces 24h de la poisse, il en faut bien, s’achève par une bonne nouvelle: une amie de Paris viendra me rejoindre, presque sur un coup de tête, dans deux semaines, pour m’accompagner durant 15 jours. Nous échangeons alors un coup de fil organisateur. D’ici la, c’est décidé, j’irai dans le Ratanakiri, province du Nord-Est, région de tigres et de jungle, presque oublié des touristes sur la route du Laos.

petit marché au centre de la ville En attendant, je flâne encore un peu dans les ruelles quadrillées à l’américaine de “La colline grand mère”, Phnom Penh. Lors de mon arrivée en tuk-tuk dans des avenues surchargées, je fus noyé dans une vague de motos vrombissantes. Partout, la motobike impose ses trajets ondulatoires et licencieux. Et si les conducteurs ont le casque vissé sur la tête, il laisse en revanche à leurs passagers le soin de se faire décoiffer au vent. Ainsi, jusqu’à 8 fesses de petits cambodgiens peuvent s’entasser sur ces mobylettes, avançant parfois par la seule grâce de Dieu. Les gaz doivent agir alors comme une drogue, car j’ai eu l’impression d’avoir glisser sur une patinoire de goudron, entrainé par la danse acrobatique de milliers de figurants.

Au feu vert: une embardée a deux roues ! En plus de savoir danser à mobylette, qualité non négligeable, ces personnages bon enfant savent aussi être inventif et à chaque instant,on peut apercevoir des trésors d’ingéniosités: les blocs de glaces empilés à l’arrière. 3 personnes, 2 valises, 1 parapluie et un sac de riz sur un seul siège, une carcasse de vache dans un sidecar, des tuyaux de 4m portés en équilibre comme un Lancelot vengeur, ou une cargaison de nouilles assorties par des poulets, têtes en bas, allant plus vite qu’ils n’eurent pu jamais voler. Une fois, j’ai cru être victime d’un coup de chaleur, lorsque je vis passer un homme seul, avec à l’arrière de sa pétrolette, une dizaine de matelas d’une hauteur de 4m, sérieusement harnachés. Je fus effaré par son habilité a garder l’équilibre lorsqu’il leva un bras pour saluer un cousin. C’est à ce moment là, je crois, que j’ai avaler une mouche asiatique.

une grande artére Les rues pourraient être sordides. Les bâtiments ne sont pas attrayants, ni innovants, ni colorés. Les vestiges de l’occupation française obsolète, les ordures s’entassent parfois, sous des tribus de rats. Mais l’ambiance qui y règne est d’un contraste saisissant d’avec cette description réductrice. Partout, les gens sont dehors, les gens parlent, rient, jouent, mangent, discutent. L’un s’arrête en plein milieu d’une rue pour crier la commande qu’il viendra récupérer le soir. Les chauffeurs de l’embouteillage ainsi crée, s’encanaillent de cigarettes ou d’une brochette de bœuf. Quelques jeunes à l’affut d’une circulation moindre, tendent alors un filet dans une ruelle pour y jouer au volley. Et ils lèvent ainsi la toile a chaque moto qui s’y présente, comme le mouvement d’une Ola. On ne s’énerve pas comme cela dans “La perle d’Asie”. On est oisif même.

ils travaillent longtemps mais ils savent vivre ! Et il faut bien rectifier après mes petites arnaques du début, que si certains peuvent grappiller quelques dollars sur une prestation, les gens sont honnête et très sympathique, pour peu que l’on ne soit pas naïf. Les marchés ruissellent de produits frais, de couleurs et d’odeurs. On y mange pour 1,5 US dollars et je m’y engouffrerai des heures si les parasols de leurs petites statures me permettaient de marcher droit.

mille légumes un rendez vous du quotidien  Bref, chaque moment du quotidien dévoilent des attitudes et des mœurs captivantes. Il suffit de regarder, assis à la terrasse d’un restaurant, entre une soupe de noodles et un poulet au curry a vous réchauffer les oreilles.

Plus tard, j’ai lu une phrase de Nicolas Bouvier qui convient parfaitement à ces premiers jours au Cambodge:

“Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations.” L’Usage du Monde.

Poissons ? Des personnages a tout les coins de rues Ce pays s’annonce passionnant. J’ai déjà été séduit par sa capitale et l’idée de m’investir dans le cœur de son pays, enflamme une nouvelle mèche de curiosité et d’affection sincère. La découverte dans ces instants prend une dimension nouvelle, parce qu’elle n’est plus liée a une activité mais partisane de chaque seconde. Et malgré mon engouement, j’étais encore très loin du compte….

des moeurs singulieres

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Le sens du vrai

28 Août

Un homme captivant

Je m’essuie le front avec ma manche. La sueur m’aveugle. Je lève les yeux et ne vois que des panneaux en Thaïlandais. J’avance un peu, mon guide à la main mais je ne décrypte rien nommant les rues. Les trottoirs sont étroits et la foule de marchants et de passants m’empêche d’avancer avec mes sacs. Leurs yeux bridés les empêchent-ils réellement de me voir, où font-ils exprès de me foncer dessus ? Arrivé au bout d’une rue, j’observe de grands bâtiments quelconques, d’un gris dégoulinant de pétrole sous un soleil de plomb. Je suis perdu. A l’évidence. Déjà, 1h que je tourne ainsi, agars. Quelques jeunes prostituées à la voix glaireuse et au dos courbé m’indiquent des directions, sans comprendre tout a fait ce que je cherche. Un lit, juste un lit. Un de ces moments où l’on est désorienté, accablé par la chaleur et dans l’impossibilité de prendre de bonnes décisions. Je viens de boire 2 L d’eau et il y  a autant de transpiration sur mes habits. Cette ville est un labyrinthe crasseux et étouffant. Puis, un occidental s’approche de moi et me demande si j’ai besoin d’aide. “Oui, j’aimerai dormir !” Un kilomètre plus loin, je trouve une Guesthouse mignonne dans mes prix, loin de l’agitation bruyante et des vapeurs d’essences. Je viens d’arriver à Bangkok, après 17h de voyage.

L’idée de rester ici ne me traverse même pas l’esprit, et je reprend la route dés le lendemain. Vers le Nord. Tout juste ai-je le temps de discuter avec un couple de français, partis le même jour, du même endroit que moi il y a 7 mois exactement, mais vers l’est. A la mi-parcours, nos chemins se croisent ici, à la moitié du monde vu de France. Surprenant anniversaire.

Je pénètre dans la gare ferroviaire à 8h et j’avance d’un pas décidé avant de stopper net au milieu du hall. Je sens une chose étrange autour de moi. Tout est statique. Les vapeurs d’une nuit trop courte ne se dissipent que difficilement. Que ce passe-t-il ? Un attentat ? Un décès impérial ? Toute la populace s’est stoppé nette, comme si l’on avait arrêté le temps. Ca y est, ai-je franchis une nouvelle dimension ? Ai-je le pouvoir de stopper le temps en me grattant le nez ?Ils sont tous droits, les mains le long du corps, tournés vers un écran géant. Les policiers ont le sifflet à la bouche mais ne soufflent pas, les marchands attendent leurs monnaies mais ne la réclament pas et les trains prés à partir ne bougent pas. L’écran projette des moments de la vie de RAMA IX, le chef d’état le plus ancien et le plus riche de la planète. Les policiers, dans une embardée dictatoriale, sifflent la fin de la première mi-temps, et la vie reprend son court. Je viens d’assister à l’un des deux hommages journalier du peuple au Roi. Thaï-Land respire ainsi quotidiennement, dans deux bouffées d’air monacale.

XAMA IX et sa reine L’on m’avait tant vanté ce train Thaï pittoresque, plein de vie, avec ses sièges en bois, ses passagers entassés et ses odeurs de cuisine portative que je suis déçu de ces 12h de trajet en 2éme classe, traversant des paysages refusant de me parler. Un métro en direction du XIIIéme arrondissements de Paris ne m’aurait pas dépaysé d’avantage. Mais enfin, les voyages ont cette facultés de transformer l’ennuis en apprentissage, et même si l’on ne fait rien, on ne perd jamais son temps. Je passe mon voyage avec Bruce Chatwin qui dans Le chants des pistes, narre son aventure en Australie, décryptant les traditions aborigènes qui créèrent le monde en chantant.

vision d'un tuk'tuk. mon premier A Chiang Maï, rebelote. J’erre au milieu du marché artisanal du dimanche sans trouver un lit à ma portée. Il y a des fois comme ca où les choses simples se compliquent d’elles-même. Je trouve gite à ma convenance et réussi a glaner une pitance de riz avant que la ville ne s’endorme, grâce à un gardien d’hôtel de 17 ans, marchandant pour moi chez un concurrent et s’assurant que son labeur fut récompensé par un sourire chaleureux.

Temple de Mae Hong Song

Je comptais partir à la rencontre des montagnes et des gens depuis cette ville phare du pays mais je constate l’uniformisation de l’offre, dans une sorte de parc a bestiaux. J’explique mes envies et pour toute chose authentique, 5 agences me proposent le même séjour, au même endroit, dans un petit parc sur mesure made in occident à 150 touristes/jour. Non merci les filles, j’irais plus loin.

Par contre, la journée fut plaisante et je rentre enfin en contact avec la culture Thaïlandaise. Je cours les temples bouddhistes surtout, je m’imprègne de la sérénité et de l’architecture des lieux si chaleureuse. Pour la première fois, je laisse courir mon regard sur les détails au lieu de me laisser impressionner par l’harmonie, les formes, les couleurs. Puis je prend du recul pour comprendre le tout. Je me balade dans les jardins d’un conte enfantin, où tout est a une place judicieuse, sans surcharge. Tout est plaisant aux yeux, et le coulis des fontaines régale les oreilles.

 un air solennel ? penses tu !

Alors en plein shooting photo, un moine à l’étoffe d’un orange lumineux vient me tapoter l’épaule. Ce jeune homme de 20 ans, m’aborde dans un but si simple qu’il parait suspect. Il veut juste parler, pratiquer son anglais et connaitre ce pays m’ayant doté d’autant de barbe. Nous restons debout dans une allée durant 1h au moins, échangeant des informations sur la tradition des Monks contre des gratouillis juvéniles dans une pilosité faciale de 4 mois. Il m’explique que chaque thaïlandais doit en théorie devenir moine au moins une année dans sa vie, se raser la tête, portée la toile orange, méditer au levé et au couché du soleil et vivre sans biens matériels, en ne se nourrissant que d’énergies spirituelles et de charité.

Merveilles de couleurs et de formes Quand à moi, je lui décris tant bien que mal l’audace de la cathédrale de Strasbourg, le mystère obscur de celle de Clermont-Ferrand, l’allure de Notre Dame de Paris, ou la blancheur immaculée des églises orthodoxes d’Helsinki ainsi que la perfection de la Basilique Saint-Pierre au Vatican. Je ne manque pas de rajouter que la chrétienté, si elle développa un art lumineux, n’en était pas moins austère dans son architecture, parfois sinistre, et les dogmes curatifs qu’elle prône, avait privé les prêtres que j’ai côtoyé de toute candeur ou flegme bien placé. Rapprochés par nos différences, il me laisse lui faire un portrait avant que je lui apprenne que ce qui ressemblait le plus a leur tradition culturelle chez nous était le service militaire. Il eut l’air dépité qu’une société accorde une place aussi marginal à la spiritualité et eut grandement besoin de se changer les idées en me tirant la barbichette, un sourire de petit garçon sur les lèvres…

Le jeune moine L’initiative individuelle doit a mon sens prendre le pas sur les conventions collectives, et je prône depuis lors un “voyage d’un an en solitaire obligatoire” afin d’acquérir cette connaissance de soi si nécessaire mais dont personne ne parle jamais dans nos contrés, pourtant toute entièrement tournée vers l’individus. Rendez vous en Mai 2012 !

Bouddha  Je mets donc en place mon plan A. Partir dans un village isolé, perdu dans les montagnes de l’Ouest, à la frontière birmane. Mae Hong Song sera ma place authentique ou ne sera pas. Mais plus de temps pour un plan de replis, un avion m’attend. Le trajet chaotique de 8h de minibus mis mon estomac a rude épreuve après avoir cédé imprudemment a un chausson au poulet, aussi gras qu’insipide. Et je ne vous conte pas mes voisins d’infortunes, rendant leurs déjeuners dans un sac plastique, dont la moiteur ambiante rendait toutes les nuances.

quelle architecture vivante ! IMG_8605

Je ne fut pas déçu. L’arrivé dans cette ville de 5 000 âmes m’empli de la satisfaction d’avoir persévéré. Je ne croise que peu de visiteurs, et m’empresse d’organiser une randonnée dans la jungle vers un village perdus dans les collines, sans routes et sans électricité. Je touche au but.

La jungle asiatique Nous sommes un groupe de 3 seulement. Mes compagnons que l’on m’avait assurés espagnol ou français peut être, sont deux gaillards californiens de mon âge. Je ravale le castillan que je me hâtais de pratiquer pour revenir a ce bon vieil anglais. Notre première journée de marche est plaisante sans m’enflammer. Il est juste merveilleux de se retrouver en contact avec cette nature profonde et généreuse, ces sous bois humides sous une canopée de 20 ou 30 m. La végétation est changeante et seul un botaniste accompli pourrait faire une différence d’avec l’Amazonie. Seul les sons ne nous trompent pas. La jungle amazonienne est la seule a abriter un son qui m’a étourdi.

Sur les cretes des sous bois chargé

Nous escaladons la montagne, mes compères américains sont de bons compagnons et nous sympathisons bien durant les pauses. Bientôt, nous atteignons une crête sur laquelle nous déjeunons du riz et du porc dans un sac plastique devant des montagnes  couverte de végétaux . Nous marchons avec un guide, un interprète et les quelques villageois qui nous suivent, machettes à la main et carabines sur l’épaule. Pas de tigres ici, mais des ours et des contrebandiers.

Les collines. au dela, la Birmanie Nous arrivons au village vers 16h après une marche vivifiante. On nous installe dans l’une des 3 cabanes, sur une natte de bambous ornée d’une moustiquaire. Nous partageons de bons dialogues avec Ten, notre interprète, autour de litres de thé qui nous poursuivrons toute la nuit.

Un village perdu Dans les lumières évanescentes du jour, je prend mon appareil photo à la découverte de la famille qui nous héberge. Les cabanes de bambous sur pilotis, les porcs, les poules et les chiens qui trainent partout. Et ces gens qui cuisinent au feu de bois, qui s’abritent de la pluie sous des tonnelles de feuilles, les pieds dans la boue. Ils discutent entre eux des récoltes, du prochain voyage à la ville, des trocs qu’ils pourront faire. Et ces visages si marqués par le labeur, endurcis par une vie inconfortable et sale a notre sens. Et cet homme dont les rides illuminent le visage et dont les 50 ou 60 années dernières n’ont pas courbés le dos, dégage une simplicité authentique. Je les observe discutailler. Ces moments qui seraient d’un ennuis mortel en d’autres circonstances me ravissent jusqu’à m’absorber tout entier. Et soudain je comprend que ces gueules dessinées, que ces pommettes saillantes sont le résultat d’une autre usure que celle du pauvre: ses traits ont pris le pli du rire, et maintenant il m’apparait que tout son être est sculpté dans ce seul but. Je suis témoin d’une notion du vrai, du bonheur et du sens de la vie. Selon nos critères ils n’ont rien mais eux disent, qu’ils n’en voudraient pas plus.

Formidable expression Puis Ten nous demande si nous voudrions manger du poulet pour le diner et nous lui assenons que le plus simple sera le meilleur. Sitôt traduit, notre vieil homme fonce derrière le baraquement, gesticule dans une nuée de plumes et revient avec une poule tenue fermement par les pattes avant de saisir sa machette et de lui couper la tête sous nos yeux, sans autre forme de procès. Nous mangerons bien du poulet ce soir, et du frais !

Aussitot commandé, aussitot égorgé ! Le diner est un festin. Une sorte de banquet épicurien regorgeant de nourriture. Désireux de nous faire partager leur tradition culinaire, ils nous ont préparé 3 plats différents, agrémentés par de goulus portions de riz blanc. Bouillon de poulet, gingembre, soja, épices et anis, voila ce que j’ai pu identifié, mais comme je l’ai dit précédemment, la cuisine asiatique est avant tout une question de texture. Nous mangeons tous les 9, autour d’une table basse débordant de boustifaille, assis sur de petits tabourets en bois. Le repas s’éternise autour d’échanges culturels passionnant. L’Europe, l’Amérique et l’Asie avaient rendez vous ce soir, dans un village dont je tairais le nom, de peur que la description d’un lieu si préservé ne parvienne a trop d’oreilles.

maison de paille. Mais pas de loup... Ten est très curieux et nous pose 1000 questions naïves sur nos institutions et nos traditions. Nous parlons d’histoire, de religion, de nos rêves,  d’actes marquant de nos quarts de siècle. Comme une table ronde des continents, nous décrivons chacun notre tour comment nous avons vécu les attentats du 11 septembre 2001 par exemple, de 3 coins de la Terre. Puis Ten parle de la France que je n’aurais su mieux rêver depuis que je l’ai quittée. L’Amérique nous envie notre tempérance et nos plats régionaux, quand à l’Asie, Ten ne parle que de faire la route des vins et de nos femmes si libérées ! Puis il me dit avec une conviction profonde, comme si sa maigre fortune ne l’empêchait pas de rêver, qu’il ira en Europe. J’ose lui demander pourquoi malgré l’émoi qu’il a ainsi laissé échapper. “Je veux voir la neige” me répondit-il.

photo d'illustration d'un simple canal d'iirrigation. durant la randonnée, mon appareil photo était au chaud dans mon sac a dos, dans une housse étanche. Quand meme ! Le deuxième journée de marche fut une de mes plus belles journées de treking. Nous retournâmes à la ville par la rivière. Nous ne l’avons pas longée mais littéralement “marcher dedans”. Plus excitante, cette journée nous a valut quelques peurs lors de jeux d’équilibres, de rochers glissants et de courants puissants de saison des pluies. De l’eau jusqu’aux hanches, nous traversions des dizaines de fois les courants, aidé par nos cannes de bambous, au fond de cette vallée étroite à la végétation luxuriante. Je repense alors avec amusement aux randonnées en Nouvelle-Zélande, si prévenante et sécurisée. Il y aurait eu 5 kilomètres de barrières assurément, des panneaux et des listes de rassemblement. Ici, juste la foret et l’homme avec tout les dangers innérant à l’expérience, sans lesquels la nature n’a plus de sens. Nous arpentons le chemin des villageois, celui qu’ils utilisent depuis des décennies. Rien d’arrangé ici, rien de superflu.

L'équipe De retour a l’hôtel, je repense a ce que j’ai vu ici. A ces gens d’un autre temps, reproduisant des gestes ancestraux. Ils ont cette simplicité envieuse que j’ai pu déjà voir dans les Andes. Simplement heureux. Heureux d’être ici et maintenant, heureux de vivre. Ce qui me frappe, c’est le contact direct qu’ils ont avec les choses. Ils mangent un poulet, ils vont l’égorger. Il veulent des bananes, ils cherchent un arbre et cueillent le fruit. Ils mangent le riz qu’ils cultivent, tuent le cochon ou la vache qu’ils élèvent. La foret est leur supermarché. Ils ne prélèvent que ce qu’ils consomment et la nature est généreuse pour eux et ne se renouvelle que pour mieux les satisfaire. Pas de dénaturation ici, que du contact et des choses simples.

en pleine discution...sur la terasse... Ils faut se méfier de la vision trop superficiel du voyageur qui ne peut creuser très profond. Mais dans ces conditions, on peut tout de même se permettre quelques réflexions: Possédons-nous un confort, des protections, des choses, des télévisions et des travails nous ce sont eux qui nous possèdent ? Constituent-ils un réel progrès ? Nous rendent-ils plus heureux ?

Une simple cabanne et des veilleurs Nous longions une rizière avant de monter plus haut dans les collines. Soudain, nous apercevons une famille assis sur une estrade de bambou a discuter au dessus de leur champs. Nous demandons à Ten ce qu’ils pouvaient bien faire ici toute la journée. Il nous répondit: “ Ils surveillent leur riz pour qu’il pousse mieux. Ce sont des animistes.”

une riziere

 

Mon paradis

20 Août

 

Ikay Bay C’est sur une plage isolée que mon esprit repose. Les tourments de Patong ont renversé ma position d’observateur. Je ne serais jamais objectif. Mais surtout, je suis impuissant. Les yeux rivé sur l’océan contrarié, je cherche un moyen de fuir ce monde dont je ne veux pas. J’ai pu aller au delà du premier regard, et maintenant ? Que puis-je faire de ce que j’ai vu sinon m’abandonner l’ivresse de la mélancolie ?

Soudain, une idée vertueuse surgit de mon esprit accablé. L’océan reflux devant moi les idées d’une morale bafouée, écrasée. Seule la fuite est possible, le combat est inégal. Alors n’écoutant que l’instinct de révolte et terrifié par ce que nous avons crée, je vais aller de l’avant. Droit devant. Je pars dans la jungle équipé d’une machette, et coupe des bambous que j’estime solide. Je les traine en plusieurs fois sur les rivages avant de les tailler. Je cours en ville pour récupérer des bidons et de la ficelle. Je travaille une nuit durant à l’élaboration de mon grand projet. L’ultime. Sciellant, piquant, coupant, harnachant sans relâche. Dans l’énergie des causes perdues. A l’aube, je suis prés. Je laisse derrière moi mes sacs, mes livres, mes espoirs déchus, et je prend la mer sur mon radeau de fortune, à la recherche d’une terre où l’homme n’aurait pas déversé son poison.

Le grand depart Les premiers moments sont libérateur. La brise marine flatte mon visage, l’horizon m’attire vers un indéfinissable frisson d’aventure. Là, seul au milieu de l’océan, je me sens libéré des immondices de mon âme. Mes sens n’ont jamais été si éveillés, si prompte a franchir les extrêmes. Ma volonté n’avait jamais auparavant eu cette force, s’immisçant dans tout mes gestes.

La liberté ! Passé l’euphorie du 1er jour, et malgré ma libération satisfaisante, je me confronte à la rigueur de ma condition. Mon fil de pêche n’obtient pas un grand succès auprès des poissons locaux, que je mange de toute façon cru. Mon embarcation flotte plutôt bien, mais le soleil tape si fort que je reste dans l’eau une grande partie de la journée. Les 10L d’eau potable s’amenuise a une vitesse effrayante. Seul la nuit est resplendissante, fraiche, calme et envoutante. Je suis seul au monde, entre ciel et mer, bercé par les courants. Je m’endors faible et déshydraté, à l’aube d’une mort précoce. Pour une idée.

Je divague, je rêve…Je me sens partir, mon corps est insensible. Je suis incapable de mouvement. Tout juste puis-je tourner la tête pour ne pas me bruler le visage. Je perds connaissance, après 4 jours…

ou suis je... Une culture inedite ? Je me réveille soudain. Un mal de tête a vomir. Je suis sur une plage déserte. Je me souviens d’une agitation autour de moi, des ombres qui virevoltent, des mots que je ne connais pas. On m’a donné a boire et des fruits sont éparpillés devant moi. Il y a une sorte de mausolée en noix de coco aussi. Je lève les yeux et j’aperçois à flan de colline, quelques bungalows essaimés, dans un calme monacale que seules de douces vagues viennent briser sur l’échine des cailloux. Sur une pancarte en bois je peux lire: “Bienvenue à Koh Tao, ile préservée des tourments.”

Un lieu isolé Evidemment, mon arrivé à Koh Tao ne s’est pas déroulée comme cela ! Ca aurait eu un certain cachet cela dit et le mérite des extrêmes. Mais si j’ai bel et bien été choqué par ma précédente expérience, mon chemin ne s’arrêtera pas la. Au contraire, la proximité avec une certaine réalité, aussi navrante soit-elle, renforce encore un peu mes idéaux. Je sais trop combien de nombreuses petites choses respectables se font à travers le monde pour me laisser étourdir par le désespoir.

J’ai donc pris 2 bus et un bateau de nuit avant d’arriver au port de Koh Tao. En chemin, je fais confiance aux Thaïs pour me guider. Je ne sais pas ou je dois changer de bus, ou trouver le bateau mais qu’importe. Ils le savent pour moi et ne parler de toute façon pas anglais ! Au crépuscule, je découvre une sorte de grande péniche, où 150 matelas d’école primaire sont amoncelés cote à cote.

definition de boite a sardinnes ! Après de multiples errances successives, j’arrive sous une chaleur étouffante dans la Yang Family, une petite crique isolée des sites touristiques, parsemée de quelques cabanes. Nous sommes une dizaine dont presque uniquement des français. Je suis accueilli comme si je connaissais tout ces gens, et c’est presque le cas. Je prend mes aises dans un bungalow isolé, en bord de jungle, où je vis avec Gimly et Capitaine Crochet, un gecko de 25 cm et une tarentule de la taille de ma main. J’imaginais rester 3 jours, je n’en suis parti que 2 semaines plus tard…

Capitaine crochet. Les choses ont été claires entre nous. Il restait dans la salle de bain, et je le laissais vivre ici. Il y a des étapes comme celle ci, qui marque un cap dans un voyage aussi long. Une pause dans l’irrésistible errance de mon année, un endroit où je me sens bien et où je peux consacrer tout mon temps a…prendre le temps. Physiquement, on pourrait dire que je n’ai pas fait grand chose mais en réalité, mon esprit fut rarement aussi prolifique qu’en ces instants. Dans un cadre protégé, je vis des journées humaines sans me soucier des heures. Je mange lorsque j’ai faim, j’écris si je veux m’exprimer, je me baigne lorsque j’ai chaud,  je parle si je veux rire, je lis quand je cherche du sens et je plonge lorsque je veux du silence en observant la danse des dizaines de poissons multicolores autour de moi qui s’ébattent sur les rivages. Rien de moins. Je pense que tout un chacun  devrait se donner l’opportunité de vivre comme cela au moins une fois dans sa vie, de se donner des perspectives, d’améliorer sa compréhension, de décortiquer chaque sentiment, seul face a soi même.

Un bord de mer sauvage Depuis quelques temps, une nouvelle perception dans mes déambulations me guide. J’ai la certitude de comprendre un peu mieux les engrenages qui me font avancer, je constate l’exactitude de cette pensée et profite des rencontres sur mon chemin pour me compléter ou m’éclaircir. Certaines énergies s’attirent et nous font  vivre des choses à un instant donné, rencontrer des gens a un moment précis, dans un but précis. Il n’est pas question de destin, mais d’état d’esprit. Tout ceci a une certaine logique, une suite continue qui répond a une question. En avoir conscience, c’est se mettre dans de bonnes dispositions pour avoir une partie de la réponse. “Tu ne peux pas emprunter le sentier avant d’être toi même le sentier” disait Gantama Bouddha. C’est à dire d’être quelqu’un a travers qui, transit quelque chose.

Petits bungalows pour 5euros/jour Après avoir diner sur les quais avant d’embarquer pour Koh Tao, je rencontre un couple de français d’une cinquantaine d’années. Ils sont sympathique, et ont les traits des gens qui ont vécu malgré leur style, plutôt décontracté. Ils me font penser aux babas cool de “Into the wild” de Sean Penn. Nous partons et alors que la nuit absorbe les dernières étincelles de la ville, je retrouve l’homme a l’arrière du bateau, que je nommerai Franck.

des gens de passage qui croisent notre route Je réfléchis a ce que j’ai vu a Patong, et alors que rien ne le présage, je prend le risque de confier a cet homme mes ressentiments personnels sur la question. Il m’écoute presque indifféremment avant de s’exclamer après une bouffée de tabac: “Nous, on les cassait les macs.” Mon étonnement fait place à la curiosité, et il s’empresse de m’expliquer. Franck fut marin un moment. Il arpenta les mers du globe pendant 5 ans. Il y a 40 ans me dit-il, Bali n’était qu’un village et Punta Arenas un troquet. Quelle époque merveilleuse pour voyager. Puis, il se fait braqueur avec sa bande de motard, et sillonne les villes d’Europe à la recherche de menu profit. “Une existence intense et insouciante, où le risque se mue en exaltation” me confie-t-il. C’est à ce moment là, qu’ils se faisaient “protecteur” des prostitués lorsque leurs macs devenaient injurieux. Tout comme Jacques Mesrine, qu’il rencontrera. Puis, un braquage qui tourne mal, 23 ans de prison sans mot dire, une rédemption. Le récit de sa vie me replace dans une juste proportion, un ordre de grandeur plus judicieux. Je fus surpris de voir, qu’effectivement, les rencontres arrivent a un moment précis, pour des raisons précises. Cet homme avait des choses a me révéler sur l’objet de mes pensées d’alors. Sans cette conscience, je n’aurais jamais osé lui parler d’une idée aussi personnelle.

Arrivée à Tanotee Bay

Comme lorsque je suis arrivé sur l’ile. J’hésitais entre plusieurs options, mal réveillé. Puis un café et une idée claire. Je désigne un point sur la carte: “J’irais là, c’est ici qu’il va se passer un truc dingue !” Je me sépare donc de Franck et de sa femme, et arrivé sur Tanotee Bay, je tombe sur Marjorie et sa bande, connu deux semaines plus tôt à Kuala Lumpur ! Une intuition…

Tanotee bay

Tout comme les livres qui viennent plus a moi que je ne les choisis. A chaque fois, ils justifient ou expliquent une sensation jusqu’alors ineffable. Il en va de même dans notre vie sédentaire quotidienne, mais les voyages révèlent ce mécanisme, le catalyse. Il est très rassurant de vivre cette expérience, alors de ce point de vu, il est plus facile de se perdre dans notre vie sédentaire usuelle qu’en voyage. C’est un formidable révélateur de pensée.

Lorsque tout est flou Plus concrètement, je suis entouré de Gilles, Anne, Yoann, Violette, Tom et Amandine. Noelia, Gregory et ses parents, avec l’intrépide petite Lili, 2 ans. Chacun sa provenance, chacun son but. Et nous nous sommes retrouvé ici, par bouche à oreille. Oui, parce que je suis venu sur les conseils de Julien, rencontré à Kuala Lumpur, qui connaissait donc Anne et Gilles. Tom aussi, le moniteur de plongée. Il y a donc une continuité et pour cette raison il n’y a pas eu d’intégration, juste une suite. Un séjour a un endroit peut conditionner plusieurs semaines de voyage.

A l'arriere d'un pick up, taxi local Nous partageons nos journées tranquilles, des soirées, des jeux. On m’appelle Clochette ou Robinson. Nous sortons en ville, parlons de divers sujets autour d’un feu sur la plage. Nous sommes partis à la découverte des planctons fluorescents en pleine nuit. Comme si vous nagiez dans une poussière d’étoiles. Puis, la Full Moon sur l’ile voisine, une fête sur la plage connue mondialement. Une bonne bande de copain quoi. Chacun apporte sa petite touche.

Full Moon PartyFeu sur la plage 

Cette ile est touristique mais c’est un endroit préservé. Il nous faut marcher une heure pour rejoindre la ville. Mama Yang veille a son petit monde sous un œil maternel, conservant une ambiance décontractée et bon marché. Un petit tourisme encore synonyme d’échange. Ickay bay demeure protégée, sans affluence. Pas de bruit sinon ceux de la jungle, pas de lumières a part celle des astres. Un bonheur. La nuit le croassement roque d’effrayantes grenouilles brisent le chant des grillons. Les poissons regorgent sur les rives, l’eau est parfaitement fraiche et claire, les jus de fruits sublimes, la nourriture exquise, dont le fameux massaman, dont je recherche vainement l’équivalent depuis.

Petite soirée entre pote... merou attitude Mon petit coin de paradis. Mais la réalité n’est pas loin. Dans les obscurités de la nuit, au loin, s’élance de trop nombreux bateaux de pèche, et sur les rives, des traces de goudrons envahissent selon les marées, notre délicieux coin de paix.

sympathique ! Après ces deux semaines vivifiante, je dois reprendre la route, inlassablement. j’ai soif d’aventures et de rencontres. Ces thaïlandais m’échappent encore, je veux aller vers eux. C’est donc vers le Nord que j’irais à la découverte de ces gens, qui n’utilisent pas de papier hygiénique !

Fin de journée sur Ickay bay

 

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